Bibliothèque botanique EMILE BURNAT Catalogue IV** •Vrovient de Livres pro\eiiant rie la bibliothèque botanique (rEmile Burnat ( IS"2S-iy20), insérés en octobre 1920 dans la bibliolliè(ine dn Conservatoire botanique de (ienève, ronrorniénicnt à l'Acte de donation d'Kinile Itm-nat en date des 2J et 25 janviei' 1911, !^ V. CUPL^f' A ] ■ i A BIBLIOTHÈQUE PU CONSERVA.vJi^ii. BOTAHlQijiL; DE GEÎïBVÏiî _ %6 .iLSS'h' SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE Paris. — :iii|iiimcrie de L. Martinet, rue Mignon, 2, BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ BOTAxNIQUE DE FRANCE FONDÉE Li: 23 AVRIL 1 8 5 .'i TOME THOISIEME NEW»' YOKK B<)TAMCAL OAKDEN PARIS AU BUREAU DE LA SOCIÉTÉ RUE DU VIEUX-COLOMIMER , 24 DUPLICATA DE i:^^) BIBLIOTHEQUE DU CONSERVATOIRE BOTAIv'IQUE DE GENEVE VENDU EN 1022 lîsc m LISTE DES MEMBRES wt^^k. DF LA SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE I (avril 1856), AC/IRD (A.), pharmacien , à Uugles (Eure). AMBLARD (Louis), rue de l'Ouesî, 36, à Paris. AUSSURE, (Alphonse d'), étudiant en médecine, rue St-Jacques, 171, à Paris. AVICE DE LA VILLEJA\, médecin aide-major. (Correspondant à Paris: M. Puel, boulevard BeaumaixJtais, 72.) BAILLON (H.), docteur en médecine, rue Taranae, 7, à Paris. BALANSA (B.), rue Suger, 1, à Paris. BALL fJoHN), membre du parlement britannique, Slephen-Greens , à Dublin (Irlande). BARAT, professeur au lycée impérial d'Alger. BARRAU (Adolphe de), docteur en médecine, à Carcenac, près Rodez (Aveyran), BAUDRIMOIVT, pharmacien en chef de Thospice Sainte-Eugénie , rue Saint- Victor, 22, à Paris. BAUDRY (Frédéric), ancien bibliothécaire de l'institut agronomique, rue de la Paroisse, 12, à Versailles. BEAUTEMPS-BEAUPRÉ (CHARLES), substitut du procureur impérial, à Troyes (Aube). BILLOT (Constant), professeur au collège de Haguenau (Bas-Rhin). BWET (Alfred), interne en médecine, à Phôpital la Riboisière, à Paris. LAKCIIE (Isidore), vice-consul de France à Tripoli (Syrie). — (Correspondant à Paris : M. Puel, boulevard Beaumarchais, 72). BOISDUVAL , docteur en médecine, rue des Fossés-Saint- Jacques, 22, à Paris. BOISSIER (Edmond), à Genève (Suisse). BOXHOMME (Jules), naturaliste, à Milhau (Aveyron). BORDÈRE, instituteur primaire, à Gèdres, près Luz (Hautes-Pyrénées). BORINET (Edouard), docteur en médecine, rue de la Calandre, 27, à Paris. BODCHARDAT, professeur à la Faculté de médecine, rue du Cloître Notre- Dame, 8, à Paris. BOUDIER, pharmacien, à Montmorency (Seine-et-Oisc). BOUIS (de), docteur en médecine, rue Saint-Louis, ZiZi, au Marais, à Paris. BOULOLMIÉ (louis), rue du Vieux-Raisin, 26, à Toulouse. BOURGEAU (Emile), naturaliste voyageur, rue St-Claude, l/j,au Marais, à Paris BOLRGUIGIMAT, préparateur à la chaire de paléontologie du Muséum, rue Saint- Guillaume, 2, à Paris. BOUTEILLE, à Maguy-en-Vexin (Seine-et-Oise). "^ BOUTEILLER (Ed.), professeur, à Provins (Seine-et-Marne). BOUTIGIVY, garde général des forêts, à Lourdes^(Hautes-Pyrénées). BRIGE (Georges), chef de bureau au ministère de la maison de l'Empereur, rue « des Écuries-d'Artois, 13, à Paris. ^"*BR01>1DEAU (Louis de), à Reignac, commune de Moirax, près Agen (Lotet- cr: Garonne). ■—1 // Jj SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. BROIMGNI ART (Adolphe), membre de l'Académie des sciences, etc., au Jardin des Plantes, à Paris. BROU (l'ai)bé), ciné à Oulins, par Anet (Enre-el-Loir). BROVVIV (Robert), président de la Société Linnéenne de Londres, associé étranger de rinstitut de France, Deanstreet, 18, à Londres. BRUTELETTE (B. DE), à Abbeville (Somme). BUREAU (Edouard), rue de la Sorbonne, hôtel Rollin, à Paris. CADET DE CHAMBIA'E (Edmond), rue du Faubourg-Poissonnière, 31, à Paris. CALLAY (A.), pharmacien, au Chêne (Ardennes). CALMEIL (le docteur), médecin en chef de la maison impériale de Charenton, près Paris. CAROIV (Henri), à Bulles (Oise). CARUEL (T.), au musée d'histoire naturelle de Florence (Toscane). CAVEKTOU (Eugène), pharmacien, rue Gaillon, 20, à Paris. CHAROY (Alcide), agent-voyer de la ville d'Aumale (Algérie). CHASTAIVET (A.), à Mussidan (Oordogne). CHATIIV (A.) , professeur à l'École de pharmacie , rue du faubourg Saint- Ilonoré, 208, à Paris. CHAVm (l'abbé), curé à Compesières, près Genève (Suisse). CHEVALLIER, chef d'institution, rue Villeneuve, 12, à La Rochelle. CHOISY (le professeur), à Genève (Suisse). CLARIWAL, colonel d'arlillerie, à Metz. CLOS (D.), professeur à la Faculté des sciences, au jardin botanique, à Toulouse. Membre à viei COMAR (Ferdinand), interne des hôpitaux, rue de Poissy, 1, à Paris. CO\'TES le baron Gustave de), maison Laurencin, à INice (États sardes). COSSOIV (Ernest), docteur en médecine, rue du Grand-Chantier, 12, à Paris. COUDRAY (Louis), avoué, à Chûteaudun (Eure-et-Loir). ' COURTAUT (Henri), sous-chef à l'administration des Domaines, rue de l'Ouest, 35, à Paris. CRETAIIVE (Alexis), interne en pharmacie, quai de Béthune, 26, à Paris. CROUAM (lliPPOLYTE), pharmacien, rue de la Fraternité, 6, à Brest. CUIGNEAU (Th.), docteur en médecine, Allées-Damour, 16, à Bordeaux. DAEIVEIV (l'abbé), aumônier de la chapelle Saint-Louis, à Dreux (Eure-et-Loir). DARRACQ (Ulysse), pharmacien, à Saint-Esprit (Landes). DARRIEUX (Arsène), docteur en médecine, à Sain t-Jean-Pied-dc-Port (Basses- Pyrénées). DEBEAUX (Odon), pharmacien aide-major, à l'Iiôpilal militaire de Boghar, par iVlédéah (Algérie). DECAISSE (J.), membre de l'Académie des sciences, etc., au Jardin des Plantes, à Paris. DE CAIMDOLLE (ALPHONSE), à Genève (Suisse). DÉCÈS (Arthur), interne en médecine, rue Taranne, 9, à Paris. DELASTRE, rue de l'Hospice, 23, à Poitiers. DELAUMAY, manufacturier, à Tours. DELESSERT (François), membre de l'Académie des sciences, etc., rue Mont- martre, 172, à Paris. DELLA SUDDAriLS (Georges), pharmacien, à Constantinople. (Correspondant à l'aris: M. L, Soubeiran, quai de la Tournellc, hl.) LISTE DES MEMBRES. Hj D£LOIVDRE (AUGUSTE), à Graville-llavre (Seine-Iiiférieuic). DELONDRE (AUGUSTIN), r lie des Juifs, 20, à Paris. DEMOGET (E.), élève en pharmacie, rue des Juifs, 12, à Bar-lc-Duc (Meuse). DERBÈS, professeur à la Faculté des sciences, rue des Minimes, 10, à Marseille. DEROIJET, membre du conseil général d'Indre-et-Loire, rue des Fossés-Saint- Georges, Zi, à Tours, et rue Cliabannais, 1, à Paris. DESMAZIÈRES, naturaliste, à Lambersart, près Lille. DES MOULIXS (Ch.), membre de plusieurs académies, rueeihôtel de Gourgucs, à Bordeaux. DEZAIVIVEAU (ALFRED), étudiant en médecine, rue Férou, 11, à Paris. DORVAllLT, directeur de la pharmaeie centrale des pharmaciens, rue des Marais-Saint-Germain, 23, à Paris. DOUMET (E.), député au corps législatif, maire de Cette (Hérault). DOURS, docteur en médecine, à Péronne (Somme). DOVERGIVE, pharmacien, à Hesdin (Pas-de-Calais). DUBOC (EDOUARD), rue des Gobelins, 28, Ingouville, au Havre (Seine-Inférieure). DUBY (le pasteur), à Genève (Suisse). DUCHARTRE (P.), docteur es sciences, rue de Sèvres, IZi, à Paris. DUCLALX, vice -président du tribunal civil, à Laval (Mayenne). DU COLOMBIER (MAURICE), directeur du télégraphe, à Metz. DUCOUDRAY-BOIJRGAULT (L.-H.), rue Cambronne, 2, à Nantes. DUFOUR (LÉON), docteur en médecine, correspondant de Tlnstitut, à Saint- Sever-sur-Adour (Landes). DUHAMEL, employé au ministère de la Guerre, rue Saint-Honoré, oOl, à Paris. DUM0L1IV(J.-B.), à Saint-Maurin, par Puymirol (Lot-et-Garonne). DUIVAL (FÉLIX), professeur à la Faculté des sciences de Montpellier. DUPUY (l'abbé), professeur d'histoire naturelle au petit séminaire d'Auch (Gers). DUQUEIVELLE (EDOUARD), étudiant en pharmacie, rue d'Enfer, 21, à Paris. DURIEU DE MAISOIVNEUVE, directeur du nouveau Jardin des Plantes, allée des Noyers, 28, à Bordeaux. DUSACQ, libraire-éditeur, rue Jacob, 26, à Paris. DUVAL-JOUVE, inspecteur d'Académie, rue des Veaux, 3, à Strasbourg. EBRAIV (Arthur), pharmacien,rue des Pénitents, 2, au Havre (Seine-inférieure). ÉLOY DE VICQ (LÉON), place de la Placette, à Abbevilie (Somme). FABRE (J.-H.), professeur d'histoire naturelle au lycée d'Avignon. FAIVRE, docteur en médecine, professeur au collège Stanislas, rue Bonaparte, 72, à Paris. FAUCIIIER (P.), pharmacien, à Nérondes (Cher). FÉE, professeur d'histoire naturelle à la Faculté de médecine de Strasbourg. FERAUD (Hippolyte) , percepteur des contributions directes, à Carpentras (Vaucluse). FERMOIVD (Charles), pharmacien en chef de la Salpêtrière, à Paris. FERRER (LÉON), étudiant en pharmacie, rue de l'Ecole-de-médecine, à, à Paris. FOURiVIER (Eugène), étudiant en médecine, rue Bonaparte, 20, à Paris. li'OVILLE (Achille de), interne des hôpitaux, à la Pitié, à Paris. FRA\QUEVILLE (ALBERT DE), rue Palatine, 5, à Paris, et au château de Bisanos, par Pau (Basses-Pyrénées). FROGÉ (Georges), pharmacien, rue Saint-Honoré, 388, à Paris. ÏV SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. GAILLARDOT (C), médecin de l'hôpital de Saikla (Syrie). — (Correspondant à Paris : M. Puel, boulevard Beaumarcliais, 72.) GALLICHER (Pacl), qnai de la Mégisserie, 26, à Paris. GARIVIER (Almire), interne en médecine, à lliôpital des Enfants malades, à Paris. GARREAU (Louis), interne en médecine, à l'hôpital de la Charité, à Paris. GAY (Claude), boulevard Bonne-Nouvelle, 25, h I^aris. Membre à vie. GAY (Jacques), rue de Vaugirard, 36, à Paris. GENTILHOMME (E.), piiarmacien, à Plombières-les-Bains (Vosges). GERMAIN DE SAI\T-PIERRE, docteur en médecine, rue Pavée-Saint-André, 3, à Paris, et au château du Bessay, canton de Bornes (Nièvre). GIDE (Casimir), libraire-éditeur, rue Bonaparte, 5, à Paris. GIRALDY, boulevard Cbave, 90, à Marseille. GODRON, doyen de la Faculté des sciences, rue de la Monnaie, 6, à Nancy. GOGOT, docteur en médecine, rue des Trois-Pavillons, U, à Paris. GOMBAULT (Urbain), interne en médecine, rue de Constanline,3Zi, à Paris. GOIMOD (Eugène), élève en pharmacie, rue de Sorbonne, 20, hôtel Rollin, à Paris. GONTIER, docteur en médecine, rue Saint-Honoré, 36Z|, à Paris. GRAVES (Louis), directeur général des forêts, rue de Verneuil, 51, à Piiris. GREI>JIER(Ch.), piofesseur à la FacoUé des sciences, rue de la Préfecture, 1/i, à Besançon. GROENLAND (Jean), rue Saint-Germain-rAuxerrois, 65, à Paris. GLBLER, agrégea la Faculté de médecine, rue de Seine, 12, à Paris. GLÉNIOT (Alexandre), étudiant en médecine, rue Férou, 11, à Paris. GLÉPIN, docteur en médecine, rue des Lices, ti^à Angers (Maine-et-Loire). GUEYDON DE DIVE», à Manzac, par Saint-Astier (Dordogne). GUIART, pharmacien en chef de l'hôpital de la Pitié, à Pciris» GLIDI (Louis), à Pesaro (États de l'Église). GUILLON (Anatolr), sous-inspecteur des coutributions iudirectes, à Villeneuve- d'Ageu (Lot-et-Garonne). GUYOT-RESSIGEAC (CHARLES), caîHtaine d'artilla-ie, à GrenoWe. IIÉNON, inlierprète militaire, à Batna, province de Constantine, (Algérie). IIENNECART, aiicsen député, rue Neuve-des-Matburins, kî, à Paris. HENSLOW, professeur à l'Université de Cambridge (Angleterre). IlÉRÉTIEU , inspecteur des contributions directes , à Montauban (Tarn-el- Garonne). HÉRICART-FERRAND (le vicomte), rue Sainte-Calherine-d'Enfer, 1, à Paris. HÉRINCQ, attaché au Muséum d'histoire naturelle, rue Guy de k» Brosse, 11, à Paris. HERLING (A.), rue des Petites-Ecuries, 53, à Paris. HOOKER (sir William), au jardin botanique deIKew, près Londres. HOWARD (John Elliot), à Tottenham, près Londres. HUBERT, pharmacien, à .... (correspondant à Paris: M. Ptiel, boulevard Beau- marchais, 72). HDGLIENIN (AUGUSTE), à Chambéry (Savoie). IRAT (Albert), substitut du procureur impérial, à Cahors (Lot). JACQL'EL (l'abbé), curé à Liezey, canton de Gérardmer (Vosges). JAMAIN (A.), docteur en médecine, rue Mazarine, 20, à Paris. JAMIN (Pierre), directeur du jardin d'acclinialation de Beni-Mora (Algérie). LISTE DES MEMBRES^ T HAUBERT (le comle), ancien ministre, rue Saint-Dominique, 67, à Paris,, et au domaine de Givry, par La Guerche-sm-Aubois (Glierj. JOLIEIV, docteur en médecine, rue Dupuyircn, 10, à Paris. JORDAN (Alexis), rue Basseville, 10, à Lyon. JOUFFROY-GOIWSAIVS {M. DE), rue de la Préfecture, 20, à Besançon, et rue de l'Ancienne-Comédie, 21, à Paris. JOUVIN, professeur à l'Ecole de médecine navale, rue Saint-Louis, 88, à Uoclie- fort-sur-mer (Charente-Inférieure) . Jl}LLIE!V-CROSI\IER, conservateur du Jardin des Plantes, rue d'Illiers, 54 6îs, à Orléaî>9k KIRSCHLEGER, professeur à l'Ecole supérieure de pharmacie de Strasbourg. KRÉMER, docteur en médecine, pharmacien eu chef, à Sldi-Bel-Abbès, pro- vince d'Oran (Algérie). KRESZ, docteur en médecine, rue des- Bourdonnais, IZi, à Paris. L.ABOURET (J.), hôtel de l'ancienne sous-préfecture, à Ruffec (Charente). LACROIX (l'abbé de), à Saint-Romain-sur-Vienne, par les Ormes (Vienne). LACROIX, pharmacien, à Mâcon (Saône-et-Loire). LAGRAIVGE, docteur en médecine, rue Garancière, 6, à Paris. LAGRÈZE-FOSSAT (ADRIEN), avocat, à Moissac (Tarn-et-Garonne). LAISIVÉ (A.-M.), ancien principal du collège, à Avranches (Manche). LAIMBERTYE (le comte LÉONCE de), à Glialtrait, par Montmort (Marne). LA!I1IABLE(G.), docteur en médecine, 5 Château-Porcien (Ardennes). LAMOTTE (M.), pharmacien, à Riom (Puy-de-Dôme). LA PERRAUDIÈRE (HENRI DE), rue du Cornet, 2/i, à Angers. LAPORTE (Edmond), boulevard de l'Étoile, 38, aux Thèmes, près Paris. LARAMBERGUE (HENRI DE), à Castres (Tarn). LAREVELLIÈRE-LÉPEALX, au Gué du Berger, à Thouarcé (Deux-Sèvres). LASÈGLE (A.), conservateur des collections botaniques de M. François Delessert, rue Montmartre, 172, à Paris. LAVAU (Gaston de), rue du Bac, 97, à Paris. LAVERNELLE (OscAR DE), hôtel de la préfecture, à Besançon. LEBAIL, docteur en médecine, à Evron (Mayenne). LEBEL (E.), docteur en médecine, à Valognes (Manche). LEBEUF (Ferdinand), pharmacien, à Bayonne (Basses-Pyrénées). LECLÈRE (Louis), chez M.Léon Denouette, à Monlivilliers,près leHavre (Seine Inférieure). LECOQ (Henri), professeur d'histoire naturelle, à Clermont-Ferrand (Puy-de- Dôme). Membre à vie. LE DIEIV (Emile), propriétaire, à Asnières (Seine). LE FORT (LÉON), interne en médecine, rue des Fossés-Saint-Bernard, 22, à Paris. LEGRA\D (de l'Oise), ancien député, rue Richepanse, 7, à Paris. LEGUAY (LÉON), inspecteur des jardins impériaux, rue du Cherche-Midi, 17, à Paris. LE MAOUT, docteur en médecine, quai de la Tournelle, 33, à Paris. LENORMANT (François), rue Neuve-des-Pelits-Champs, iZi, à Paris. LE PRÉVOST (Auguste), membre de l'Institut, à Bernay (Eure). LEROUX DE BRETAGNE, avocat, rue des Saints-Pères, 61, à Paris. LEROY (André), pépiniériste, à Angers. LESPIAULT (M.), peintre d'histoire naturelle, à Ncrac (Lot-et-Garonne). VI SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. LESPIIVASSE (Gustave), agent de change, rue du Waux-Hall,l, à Bordeaux. LESTIBOLDOIS, conseiller d'État, rue de la Victoire, 92, à Paris. LET01JRI>]EUX (Aristide), procureur impérial, à Bône (Algérie). LHËBITIER, docteur en médecine, rue de la Victoire, 8, à Paris. LOMB/VRD (F.), place d'Armes, Zi, à Dijon. LORIËRE (Irénée de), rueChanoinesse, 12, à Paris. LORT-MIALHE (DE), à Narbonne (Aude). Membre à vie. LOïSEL (François-Charles), rue Mazarine, 3, à Paris. MAGKEIVIVA (BENJAMIN Viconna), au Chili. — (Correspondant à Paris : M. Charles Valder, passage de la Madeleine, U.) MAILLARD (AUGUSTE), rue Saint-Sulpice, 1, à Paris. IIIAILLE^(Alphonse), rue Madame, 1, à Paris. MANESCAU, ancien représentant, à Pau (Basses-Pyrénées). MARCILL¥ (DE), garde général des forêts, à Compiègne (Oise). MARES (P.), docteur en médecine, rue Blanche, 10, à Paris. MARJOLIIV, docteur en médecine, rue Neuve-Saint-Augustîn, 69, à Paris. MARSY (de), procureur impérial, à Clermont (Oise). MARTIN (Emile), juge, à Romoranlin (Loir-et-Cher). MARTI]\S (Charles), professeur à la Faculté de médecine de Montpellier. MARTRIIV-DOIVOS (le comte Victor de), Grande-Rue, à Montauban (Tarn-et- Garonne). MASSON (Victor), libraire-éditeur, place de l'École-de-Médecine, à Paris. MASSOT (Aimé), docteur en médecine, rue Saint-Jean, 9, à Perpignan. MATHIEU (Auguste), inspecteur des forêts, professeur à l'école impériale fo- restière, rue Stanislas, kQ, à Nancy. MATIGIVOIV (E.), à Fontainebleau (Seine-et-Marne). MAUGERET, directeur du télégraphe, à Bordeaux. MÉLICOCQ (le baron de Lapons de), rue Royale, 8/i bis, à Lille. MEIMIÈRE (le docteur), médecin de l'établissement des sourds-muets, rue Saint- Jacques, 256, à Paris. MICHALET (Eugène), avocat, à Dôle (Jura). MIERGUES (Auguste), docteur en médecine, à Anduze (Gard). MILLET (G.), inspecteur des forêts, rue du Marché-Saint-llonoré, 6, à Paris. MINGALD, pharmacien, à Saint-Jean-du-Gard (Gard). MONARD (P.), ancien médecin en chef des armées, conservateur du jardin bo- tanique, rue de l'Évêclié, 25, à Metz. MONTAGIVE (Camille), membre de l'Académie des sciences, etc., rue des Beaux- Arts, 12, à Paris. M0QUI\'-TA!\D0IV, membre de l'Académie des sciences, etc., rue de l'Est, 2, à Paris. MOUGEOT PÈRE, docteur en médecine, à Bruyères (Vosges). MOURA-BOUROUILLOU (B.), docteur en médecine, rue de la Fontaine-Molière, 33, à Paris. MUNBY (G.), àOran (Algérie). MUSSAT (Emile), élève en pharmacie, à la Salpêtrière, à Paris. 1\0É (le vicomte de), rue du Bac, 102, à Paris. IMOIILET, professeur à l'École de médecine, rue du Lycée, 8, à Toulouse. PARISOT (Louis), à Beliorl (Haut-Rhin). LISTE DES MEMBRES. Vil PARLATORE (Philippe), professeur de botanique au Musée grand-ducal d'his- toire naturelle de Florence (Toscane). PARSEVAL-GRAXDMAISOIX (JuLES DE), avocat, aux Perrières, près Màcon (Saône-et-Loire). PASSY (Antoine), ancien député, rue Pigale, 6, à Paris. PAYER, membre de l'Académie des sciences, etc., rue Salnt-Hyacinthc-Saint- Michel, 6, à Paris. PEIMCHINAT (Charles), docteur en médecine, à Port-Vendres (Pyrénées-Orien- tales). PERRIO (Francisque), à Napoléonville (Morbihan). PERROTTET, à Pondichéry. — (A Paris, rue Montmartre, 172). PERSOîV'XAT (Camille), rue d'Étigny, 20, à Auch (Gers). PERSOIVIVAT (Victor), employé des contributions indirectes , à Saint-Céré(Lol). PETIT (Guillaume), membre du conseil général de l'Eure, h Louviers (Eure). PETIT (V.), docteur en médecine, à Hermonville, près Reims (Marne). PEUJADE (Ulysse), docteur en médecine, à Najac (Aveyron). PLAIVCIION (J.-E.), professeur suppléantàla Faculté des sciencesde Montpelliei-. POMMARET (E. DE), à Agen (Lot-et-Garonne). POUCHET (Eugène), à Saint-Michel-de-la-Haie, par Bourgachard (Eure). PRILLIEUX (Edouard), rue de la Ville-l'Évèque, 58, à Paris. PUEL (Louis), pharmacien, à Figeac (Lot). PUEL (Timothée), docteur en médecine, boulevard Beaumarchais, 72, ù Paris. QUESTIER (l'abbé), curé," à Thury en Valois, par Betz (Oise). RAROTIIV, pharmacien, à Fontainebleau (Seine-et-Marne). RAAIRUR (P.), docteur en médecine, rue Saiut-Nicolas-Simon, 33, à Tours. RAMOIM DE LA SAGRA, correspondant de l'Institut, passage Saulnier, 22, à Paris. RAMOND (A.), directeur des douanes, au Havre (Seine-Inférieure). RASCOIV (Martin-Jose), à Mexico. — (Correspondant à Paris : M. O'Brien, rue Mogador, U). RATIER (l'abbé), professeur au petit séminaire, rue de l'Esquille, 1, à Toulouse, RAULIN (Victor), professeur à la Faculté des sciences, rue Croix-de-Seguey, 87 à Bordeaux. RAYIVEVAL (le comte Alphonse de), ambassadeur de France, à Rome. REBOUD, docteur en médecine, chirurgien aide-major, à Djelfa (Algérie). REGIMAUT, attaché à l'administration du chemin de fer d'Orléans, rue Saint- Honoré, 398, à Paris. REVEIL, agrégé à l'École de pharmacie, à l'hôpital des Cliniques, à Paris. REVELIÈRE (Edgène), rue des Payens, à Saumur (Maine-et-Loire). REY FILS, à Saint-Amand-Montrond (Cher). ROBIIV, ancien ingénieur divisionnaire des ponts et chaussées, rue de la Victoire, 73, à Paris. ROQUE DE SAIIMT-PRÉGIVAIV , sous-inspecteur des forêts, rue Royale, 8, à Paris. ROSNY (Léon de), rue Lacépède, 25, à Paris. ROUMEGUÈRE (Casimir), secrétaire en chef de la sous-préfecture, rue du Fau- bourg-Saint-Etienne, 29, à Toulouse. ROUSSEL (le docteur), rue des Fossés-Saint-Jacques, 26, à Paris. ROYS (le marquis de), ancien élève de l'École polytechnique, rue de Verncuil, 53, ii Paris. SU] SOaÉTÉ BOTATSTQUE DR FRANCE, ^AmTIME (X.-B.), lue Cadet, 3, à Paris. SAUBIIVET aîné, membre de l'Académie impériale de Reims (Marne), SAULCY ( de) , membre de'.P Institut, etc., place Saint-Thomas-d'Aquin, à Paris. SAUZÉ (C), docteur en médecine, à la Mothe-Saint-Heray (Deux-Sèvres). SAVATIER (Alexandre), de Cliéray (lie d'Oléron), docteur en médecine, à Beauvais-sur-Matha, par Matha (Charente-Inférieure). SAVATIER (Ludovic), de'Saint-Georges (Ile d'Oléron), chirurgien de la marine, à Mahé (Inde fraïKaise). SAVI (PiETRO), professeur de botanique, à Pise. ■SCHIMPER (W.-P.), conservateur du Musée d'histoire naturelle de Strasbourg. SCHŒIVEFELD (W. DE), rue de la Ferme-des-Mathurins, 30, à Paris, et à Saiat- Germain-en-Laye (Seine-et-Oise), SERIIVGE, professeur à la Faculté des sciences de Lyon. SERRES, colonel d'artillerie en retraite, à la Roche-des-Arnauds , près Gap (Hautes- Alpes). SERRES (Hector), pharmacien, à Dax (Landes). SIMO\, ex chancelier du consulat de France à Erzeroum. (Correspondant à Paris: M. Puel, boulevard Beaumarchais, 72.) SOUBEIRAN (J.-LÉON), professeur agrégé à l'Ecole de pharmacie, quai de la Tournelle, Zi7, à Paris. SPACH (Edouard), garde de la galerie de botanique du Muséum d"'histoire na- turelle, au Jardin des plantes, à Paris. TCHIHATCHEF (P. de), membre de l'Académie des sciences de Berlin, etc. , rue de la Paix, hôtel Mirabeau, à Paris. TIIIBESARD, fondé de pouvoirs du receveur général, à Laon (Aisae). TIIOMSOM (le docteur), à Kew, près Londres, THURET (Gustave), rue Napoléon, 18, à Cherbourg (Manche). TILLETTE DE CLERMOI^T-TOWERRE (le baron), député au Corps légis- latif, à Abbeville (Somme). TIMBAL-LAGRAVE, pharmacien, rue Pargaminière, 8/(, à Toulouse, TISSEUR (l'abbé), missionnaire, aux Chartreux, à Lyon. TITOIV, docteur en médecine, à Châlons-sur-Marne (Marne). TOCQUAll\E (Adolphe), à Remiremont (Vosges). TRACY (de), ancien ministre, rue d'Anjou-Saint-Honoré, ûS, à Paris. TRÉCUL (A.), rue Cuvier, 20, à Paris. TROUILLARD, banquier, à Saumur (Maine-et-Loire). TULAS1\E(L.-R.), memb. de l'Ac des sciences, etc., rue deVaugirard, 73, à Paris. VAIVDERMARQ, rue de Lille, 76, à Paris. VIAUD-GRANDMARAIS (Ambroise), interne des hôpitaux, rue de l'Abbaye, 8, à Paris. VILLIERS DU TERRAGE (le vicomte de), ancien pair de France, rue Racine, 8, à Tours. VILMORIX (L.), quai de la Mégisserie, 28, à Paris. WATELET (Ad.), professeur, officier d'Académie, à Boissons (Aisne). WEDDELL (H.-A.), docteur en médecine, aide-naturalisle au Muséum, rue de Poissy, 1, à Paris. WEGMAIVX (Fernand de), rue de Clichy, Ub, à Paris. WEISS-SCHLUMBERGER, à Mulhouse (Haut-Rhin). WIGHT (le docteur), à Grazeley-Lodge, près Reading (Angleterre). Paris. — Imprimerie de t. Mabtinet, rue Mignon, 2. SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. SÉANCE DU fi JANVIER 1856. PKÉSIDEJVCB DE SI. DECAISNE. M. de SchœnefcUl, secrétaire, donne lecture du procès- verbal de la séance du 28 décembre 1855, dont la rédaction est adoptée. Par suite des présentations faites dans la dernière séance, M. le Président proclame l'admission de : MM. Ebran (Arthur), pharmacien, rue des Pénitents, 2, au Havre (Seine-Inférieure), présenté par MM. Duboc et Leclère. Leroy (André), pépiniériste, à Angers (Maine-et-Loire), présenté par MM. le comte Jaubcrt et de Schœnefeld. Décès (Arthur), interne en médecine, rue Taranne, 9, à Paris, présenté par MM. L. Soubeiran et Comar. Feurer (Léon), étudiant en pharmacie, rue de TEcoIc-de-Méde- cine, II, à Paris, présenté par MM. L. Soubeiran et Comar. Trouillard, banquier, à Saumur (Maine-et-Loire), présenté par MM. Guépin et L. Soubeiran. Mlssat, élève en pharmacie, à la Salpètricre, à Paris, présenté par MM, Chatin et Fermond. M. le Président annonce en outre trois nouvelles présentations. Dons faits à la Société : 1° Par M. Ad. Brongniart : Collection des Annales des sciences naturelles, partie botanique, sé- ries II, III et IV, de 183^1 à 1853. 2» Par M. Ad. Chatin : Mémoire sur le Vallisneria spii'alis, Paris, 1855. 3° En échange du Bulletin de la Société : L'Institut, ïMwler 1856, un numéro. T. m. 1 2 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Conformément à l'article 28 du règlement, M. le Président fait connaître à la Société les noms des membres des diverses commis- sions nommées par le Conseil, pour l'année 1856, dans sa séance du 21 décembre dernier. Ces commissions sont composées de la manière suivante : 1^ Commissioîî de Comptabilité, chargée de vérifier la gestion de M. le Trésorier : MM. de Bouis, A. Tassy et Weddell. 2° Commission des Archives, chargée de vérifier la gestion de M. l'Archiviste : MM. J. Gay, Germain de Saint-Pierre et de Schœ- nefeld. 3° Commission permanente du Bulletin : MM. Lasègue, de Schœnefeld et Weddell. M. le Président annonce que, par suite du tirage au sort qui a été fait le 21 décembre dernier, 1° Le secrétaire sortant cette année est M. de Schœnefeld. Quant au vice-secrétaire sortant, il sera désigné par le sort, s'il y a lieu, après l'élection du nouveau secrétaire. 2» Les membres du Conseil (|ui doivent être remplacés cette année sont: MM. le baron de Brimont, Germain de Saint-Pierre, Graves et le vicomte de Noé. On procède ensuite à l'élection du président pour l'année 1856. M. Antoine Passy, ayant obtenu 87 suffrages sur 118, est pro- clamé président de la Société pour l'année 1856. La Société nomme ensuite successivement : Vice-présidents :}(\}\. Moquin-Tandon, de Schœnefeld, Chatin et Germain de Saint-Pierre. Secrétaire : M. E. Cosson, en remplacement de M. de Schœnefeld. Vice-secrétaire : M. L. Soubeiran, en remplacement de M. Cosson, nommé secrétaire. Trésorier : 31. François Delesseil (à l'unanimité), en remplacement de M. Caillette del'Hcrvilliers, démissionnaire. Membres du Co?iseil :MM. Decaisne, Weddell, le comte Jaubert, Montagne, G. Brice et L.-B. Tulasne. Il résulte de ces nominations, que le Bureau et le Conseil d'admi- nistration de la Société se trouvent composés, pour l'année 1856, de la manière suivante : fk SÉANCE DU h JAiNVlEFi 1856. Président. M. Amoine Passy. MM.Clialin. Germain de Saint-Pierre Sea'ét aires. MM. E. Cosson. Ducliartre. Trésorier. M. Fr. Delessert. Vice-j)résidents . MM.Moquin-Tandon. de Schœnefeld. Vice - secrétaires . MM.T. Puei. L. Soubeiran. Archiviste. M. de Bouis. MM. Bouchardal. Brice. Ad. Brongniart. Deeaisne. .1. Gav. le comte Jaiibert. Lasègue. Membres du Conseil. MM. E. Le Maoïit. Montao'ne. le baron Tillette de Cler- moiit-Tonnerre. L.-R, Tulasne. Weddell. Avant de se séparer, la Société vote des remercîments unanimes à M. Decaisne, pour le dévouement avec lequel il a bien voulu diriger ses travaux pendant l'année ([ui vient de finir. à SOCIÉTÉ BOTANIQUE DK FRANCK. SÉANCE DU M JANVIER 1850. PRÉSIDENCE DE M. A. PASSY. M. Cosson, secrétaire, donne lecture du procès-verbal delà séance du II janvier, dont la rédaction est ndoptée. Par suite des présentations faites dans la dernière séance, M. le Président proclame l'admission de : MM. FiJOGÉ (Georges), interne des hôpitaux, rue Saint-Honoré, 288, à Paris, présenté par MM. Gonod et Comar. BoiSDUVAL, docteur en médecine, rue des Fossés-Saint-Jac- ques, 22, à Paris, présenté par 3IM. de Bonis et Duchartre. Lacroix, pharmacien, à iMâcon (Saùne-et-Loire), présenté par MM. de Parseval-Grandmaison et Cosson. Dons faits à la Société : 1° De la part de 31. Kirschleger, de Strasbourg : Flore d'Alsace, 2Z'' livraisou. 2° De la part de M. F.-W. Schultz, de Wissembourg: Archives de Flore, p. 161 à 176. 3° En échange du Bulletin de la Société : L'Institut, janvier 1856, un numéro. M. Cosson, secrétaire , donne lecture delà communication suivante adressée à ia Société : DISCUSSION D'UN PRINCIPE D'ORGANOGRAPHIE VÉGÉTALE CONCERNANT LES BOURGEONS , par M. ». CLOS. (Toulouse, 5 janvier 1856.) A l'origine de la morphologie végétale, les esprits, entraînés par la belle conception de Gœthe, s'efforcèrent de rechercher partout des lois géné- rales. Cette marche fut utile, car il fallait à la science des points de repère qui pussent lui servir de jalons pour les investigations ultérieures : mais aujourd'hui, elle repose sur des bases solides, et n'a pas à craindre d'être ébranlée par des exceptions qui viendraient restreindre la généralité de quelques-uns de ses principes. Au nombre de ces derniers, il en est un qui fut alors proclamé, et qui s'est transrais jusqu'ici sans altération. Ouvrez SÉANCE DU 11 JAINVIEK 1856. 5 les traités des De Candolle, d'Aiig. de Saiiit-Hilaire, d'Ach. Richard, et vous y lirez que toute feuille a au moins un boui'geon à son aisselle (1). Kt cependant , dans un des plus beaux monuments de la science , le grand naturaliste suiidois avait écrit: Carent gemmis arbores variœ Philadelphus, Franfjula T., Alaternns T., Paliurus 7'., Jatropka, Hibiscus, Justicia, Ca'isia, Mimosa, Gleditsia, Erytlirina, Anagyris, Medicago, Nerium, Vi- burnum, Rhus, Tamarix, Hedera, Erica, Malpighia, Lavatera, AsclepiaSy Rata, Géranium^ Petiveria, Pereskia PL, Cupressus, Tliuja, Sabina (2). Pourquoi donc les botanistes n'ont-ils tenu aucun con)pte de celte remarque? La raison en est simple : c'est qu'il est arrivé à Linné, ici, comme à propos de ses plantes nyl)rides, de citer, à l'appui d une idée vraie, des exemples dont la plupart étaient faux, .l'ai pu m'en convaincre par l'examen de quelques espèces de presque tous ces genres. Mais, est-ce à dire que toute feuille ait un bourgeon à son aisselle? Ce dernier organe fait ordinairement défaut chez les Mousses (3), chez les Lycopodes, et M. Brongniart déclare, que « les Fougères paraissent i-eeliement dépourvues de bourgeons axillaires, et n'offrir que des bourgeons adventifs (/i). » Du Petit-Tbouars conclut de ses recherches sur les Monocotylés, que dans les Dracœna, « on n'aperçoit à l'aisselle de leurs feuilles aucune trace de i)ouigeon, » que chez le Lis blanc « les aisselles ne produisent rien, » et même « qu'on n'en trouve point de traces sur le plus grand nombre des Liliacées (5). » Les Dicotylées gym- nospermes ne sont pas mieux partagées sous ce rapport. iM. Urongniart admet V unité de bourgeon chez les Cycas (6), et iM. Miquel énonce que, dans les Cycadées, les bourgeons latéraux sont fort rares (7). Déjà Linné avait noté l'absence de bourgeons à l'aisselle des feuilles de plusieurs Coni- (1) « Chaque feuille d'iuie branche porte à son aisselle, dès sa naissance, le ru- diment d'un bourgeon (De Candolle, Physiol. végét., p. 767). » — n La végétation ordinaire produit à chaque aisselle ini bourgeon (Al|)li. De Caadolle, Introd. à VÈt. Bot., I, 306). )> — '( De chaque nœud viial, à raissolle de la Icuille, naît m\ bourgeon (Aug. Saint-Hilaire, lUorphuL, p. ob, voir aussi p. !2!^3). » — « Nous avons dit qu'il existait un et quelquei'ois plusieurs bourgeons à l'aisselle de toutes les feuilles (A. Hicliard, Dict. univ. d'htst. nat., II, p. 689). (2) Linnaei Philos, botanica, n" 88 de la 3'' éilil., n" 85 de la Li". (3) Cependant plusieurs Moussfs énicltcnl de raissellc de quelques-unes de leurs feuilles des boiu'geons ou innovations qui .sont destinées à^nniltiplier la i)lante (Voir le savant article de M. .Montagne dans le Dict. univ. d'hist. nul., VllI, p. 3'J6). (Zi) Voy. Dict. univ. d'hist. nat., t. V, p. 693. (5) Cours de Phytologic, p. 62, 75 et 31. Meyen dit aussi: « Il est reconnu que la présence de bourgeons axillaires est assez rare chez les .Monocolylédouées {Pjlanzen Physiol., III. p. 26). » (6) Voy. Annules des sciences naturelles, 1" séiie, t. XVI, p. /lUO. (') Ibid., T série, t. XLV, p. 3G'.i. 6 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FHANCE. fères, observation confirmée pnr le témoimia.;e de Du Petit-Tlioiiars (1). Ce dernier a établi que « toutes celles (les plantes annuelles] qui ont des feuilles ont pareillennent à l'aisselle de cb/icune d'elles une pousse ou bourgeon (2). » Mais les faits ne s'accordent pas avec cette proposition , car il y a absence de bourgeons aux aisselles de la plupart des feuilles des PortiUaca Gilliesii Hook, et grandiflora IJndl. , îuix aisselles des feuilles inférieures des Euphnr- hia Lathyrh f.., Peplus \.., Helinscopia, L. Enfin, on constate le même phénomène chez d'autres Dicotylées angio- spermes vivaces ou frutescentes. Déjà Du Pelit-Thouars l'avait signalé chez « les Joubarbes et autres plantes a rosettes denses (2), » mais il est plus fréquent que ne le croyait ce pliysiologiste. Ce n'est pas seulement aux Sempervivum herbacés (.S', tectorurn L., montanum C, (jlobiferumh.), ou frutescents [S. arborewn F-, S. Smithii, B. Mng. , ^S'. Haworthii Hort., glutinosum Ait.), que raancjuent les bourgeons axillaires, mais encore aux Crasmla arborescens Pers. ç.1 perfossa Lara., aux Sedum altissimwn Lam., réflexion !>., dasyphi/llurn L. , au Cotylédon orhiculata L., au Peperomia Manda Kth., au Kleinia articidata Haw., repens Haw., Haivorthii DC, au Leucadendron tortwn R. Br., à VJberis sempcrflorcns L., aux Euphorbia sylvatica L., Wulfenii Koch, Pithyusa L., aux Echeveria rosea Lindl., coccinea DC, fiecnnda Bot. Beg., etc. La plupart des feuilles des Erica sco- paria L., et arhorea L., des Tamarix, du Suœda fructicosa Forsk., du Me- laleuca pnlchella Ait., des Diosma obtmu Rœn)., et ericoides L., en sont également dépourvues. Il est des plantes (plusieurs Euphorbes vivaces) où les bourgeons ne se montrent qu'à l'aisselle des feuilles inférieures, soit épi- gées, soit hypogées : il en est d'auti-es (certains arbustes) où leur apparition n'a lieu que vers le sommet des tiges ou des rameaux. Qui ne sait que les écailles (véritables feuilles) de la plupart des bouigeons sont stériles, de même qu'un grand nombre de bractées? Je ne doute pas que des observa- tions ultérieures ne permettent d'étendre beaucoup cette liste. Néanmoins, l'opinion (jne ces faits contrarient date de loin. Des 176^, (>.-F. Wolff n'hésitait pas a déclarer qu'une feuille ne saurait exister qu'à la condition de produire une plante simple et complète, c'est-à-dire un bourgeon, car une feuille résulte de la première évolution d'une plante simple (3). Je ne m'arrêterai pas à combattre cette assertion. .A une époque plus rapprochée de nous. Du Petit-Thouars a écrit, que <• partout où il y a une feuille, il y a néce.'^sairealent une pousse (ce mot tst pour lui synonyme de bourgeon), et que ces deux parties sont dépendantes l'une de l'autre [k). » Mais quel- (1) Essais sur la végétation, p. l/i5. (2) Ibid., p. l/i/|. (3) Théorie der Génération, p. 19/!. (/}) {:$sais sur la végétation, p, il\l^, et Histoire d'un morceau de bois, p, '4\, SÉANCE DU 11 JANVIEU 185(5. 7 ques lignes plus bas, harcelé par les faits, et obligé d'avouer quelques excep- tions, il se retranche derrière les bourgeons latents, derrière les points vitaux, « convaincu qu'il n'y a point de feuille sans point vital. » Pour comprendre cette insistance du savant à se débattre avec les résultats de l'observation, il suffit de se rappeler qu'il avait besoin de ces bourgeons axillaires pour soutenir sa théorie de la végétation et de l'accroissement des plantes. J'accorde qu'il peut se développer des bourgeons sur toutes les parties du végétal, et plus facilement à l'aisselle des feuilles que partout ailleurs, car là se trouvent réunies toutes les conditions favorables à leur production. Mais la théorie des bourgeons latents n'a pas plus de fondement que celle de la préexistence des germes, que les idées caressées avec tant de prédilection par Turpin siu- l'excitation des grains de globuline (1). Je le répète, il est des plantes où l'aisselle des feuilles n'offre pas la moindre Irace de bour- geon, et il y a entre le bourgeon latent et le bourgeon vrai toute la distance de l'être au non-être (2j. Et quant a ces points vitaux invoqués comme une dernière ressource, si l'on donne ce nom aux aissel es des feuilles, il faudra l'accorder aussi aux aisselles des stipules, car elles produisent parfois des bourgeons (chez les Saules par exemple) aux bases d'insertion des feuilles, qui, chez les Monocotylés et un grand nombre de Dicotylés , émettent des racines adventives. M. MohI a démontré depuis longtemps que les lenti- celles ne sont [)as des bourgeons de racines; les points vitaux ne sont pas plus des rudiments de bourgeons. Quelques botanistes ont cru parer à toute objection, eu attribuant l'ab- sence debourgeonsaxillaires à un avortement: « Souveut, dit Adrien de Jus- sieu, c'est avec une régularité digne de remarque qu'on voit les bourgeons avorte?^ ainsi dans les Sapins (3). » Gaudichaud énonce que « les bourgeons axillaires avortent souvent dans les embryons des deux grands ordres de végétaux, les Monocotylédonés et les Dicotylédones, mais rarement à l'ais- selle de leurs feuilles {k). » Ou je me trompe fort, ou l'avortement d'un organe irapli(|ue l'idée de sou existence antérieure et de sa disparition rapide, soit complète, soit incomplète, avant qu'il ait pris son entier déve- (1) Voy. Menu du Muséum, t. XVIH, et Annales des scienc. nat., 1" sér., t. xxm, p. 8. (2) Meyeii dil à tort (|ue i''oii a désigné les hourL^eons advenlifs sous le nom de buiuKeoiislak'nls(P/îa/i3en-/'/ii/.$io/o9«c, l. Ht, p. 25). Ce mul du bourgeons latents il été créé par Du l'elit-Tlio'.iars ; uiais fidéc preniiiMO de ces germes liypotliétiques apparlieiit à de; Lahiie : celui-ci a supposé « qu'il y a une iidinité de petits œufs de la nature de l'arbre, lesquels sout dispersés de tous côlôs entre Técorce et le bois {Mém. delWcad. des scienc, 1708, p. 233). » (3) Cours élém, d'hist. nat., V' édit,, p. 151. {!\} Hech, organo^r-r etCt| p. 8, 8 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. loppement (1). Il n'en est point ainsi pour le bourgeon axiliaire. Là où il n'est pas et où l'on n'en trouve point de trace, il n'a jamais existé. Parmi les plantes que j'ai citées comme étant dépourvues de bourgeons axillaires, il en est cependant qui sont ramifiées. Or, de deux choses l'une : ou les bourgeons, d'où émanent ces rameaux, ont apparu à l'aisselle de cer- taines feuilles privilégiées, ou ces bourgeons se sont montrés après la chute de celles-ci, et dans ce cas, ils ont une grande analogie avec les bourgeons adventifs. Un des faits les plus curieux de bourgeons presque adventifs m'a été offert par V Echeveria racemosa ÇÀ\mx\ . et Schlecht. Au commencement du mois de décembre, j'avisai sur la terre du vase où cette plante avait fleuri, des feuilles détachées portant à leur cicatrice d'insertion un, ou plus habi- tuellement deux bourgeons, de la base desquels naissaient de fines racines adventives. On eût pu croire tout d'abord que ces bourgeons avaient été axillaires, et s'étaient détachés de l'axe en même temps ({ue la feuille. Mais le plus léger examen démontrait, à n'en pas douter, qu'ils n'avaient jamais eu la moindre connexion organique avec la tige, et qu'ils devaient être considérés comme des bouigeons adventifs. Voilà donc encore un exemple de bourgeons non axillaires, mais se montrant toujours à des places fixes, je dirais presque aux aisselles des feuilles. On connaît, du reste, plusieurs autres exemples de ces sortes de bourgeons dits adventifs, mais déterminés quant à leur position. M. Mohl a signalé ceux (|ui naissent au sommet du tubercule (probablement monomérithallien) du Tamus Elephantipes (2). M. Mùntei-, reprenantles observations faites par Cassini de la formation de bourgeons sin- les folioles du Cardamine p7'atensis L. , a pu fixer avec pré- cision les points où naissent ces organes (3). Citons, enfin, les lecherches de M. Duchartre sur les feuilles lamifères des Tomates cerise et poire, où les bouigeons se sont montrés à l'aisselle des pinnules de la feuille {U). Ces points fixes d'origines de bourgeons pourront être appelés des points vitaux, tout aussi bien que les aisselles stériles des feuilles. Mais je ne crois pas qu'aucun physiologiste consente à les considérer comme les équivalents des bourgeons qui en émanent. Je ne vois pas non plus des preuves suffisantes pour admettre, avec Gau- dichaud, que les bourgeons nés dans les sinus des feuilles des Brijophyllumt (1) 11 y a avorleniciU chez les lleursdes Delphinium où des pélales qui s'étaient montrés d'abord à Tétai rudimentaire disparaissent, s il faut en croire M. Barnéoud (voy. Ann. se, nal., 18/i6). 11 y a avortenienl dans les fruil.s nionospermes dérivant d'ovaires pkniovulés. (2) Vermischte Schriflen, p. 185. (3) Voy. Bolanische Zeilung, 3"= année (18Z|5), p. 562, {k) Voy. Annales des scienc. nat., 3' série, t. Xl\, p. 2Z|0. SÉANCE DU 28 JANVIER 1856. 9 au centre des feuilles de quelques Nymphéacées, sur le pétiole des Villar- sia, peuvent être classés parmi les bourgeons axillaires (1). Faut-il rapportera ces derniers ceux ([ui, chez plusieurs Cucurbitacées, se développent entre la vrille et la feuille? I,a solution de cette question suppose connue la signification de la vrille. Mais on est loin de s'accorder à cet égard. Tout récemment, M. Fabre y voyait un organe axile, la conti- nuation (lu méritlialle inférieui-, opinion partagée par M. Fermond (2) : M. Naudin, la fusion d'un rameau et d'une feuille (3) : tandis qu'à mou avis, la vrille est de nature appeudiculaire, un dédoublement collatéral de la feuille qu'elle représente et dont elle est, en quelque sorte, une ébauche [h) . Je m'explique ainsi la présence de bourgeons entre la vrille et la feuille également influencés par l'une et par l'autre. Dans un travail encore inédit, J'établis que les deux épines qui accom- pagnent les feuilles du Xanthium spinosum sont parfois remplacées par des capitules de fleurs femelles, c'est-a-dire par des bourgeons floraux : ces organes ont une position parfaitement fixe, et cepemlant ils ne sont pas à l'aisselle des feuilles. A l'origine de l'organographie, on n'avait admis que deux sortes de bourgeons, les terminaux et les axillaires. Du Petit-Thouars porta ce nombre à cinq, ajoutant aux deux premiers les bourgeons /a^e^î^s, adventifs et stipulaires (5). J'ai cherché à déniontrer plus liant que l'existence des bourgeons latents ne reposait que sur une hypothèse inutile et dangereuse pour la science (6). Je pense que ce mot doit disparaître du langage bota- nique. Le nom û'adventifsAQwa. être réservé aux bourgeons dont la position n'a rien de fixe, et qui, suivant qu'ils naîtront sur telle ou telle partie de la plante, prendiont, comme les racines adventives, le nom de radicaux, col- liaires, caulinaires, foliaires, etc. Mais, quant aux bourgeons stipulaires, il convient, ce me semble, de les l'aire rentrer dans une division plus géné- rale, celle des bourgeons mixtes ou subadoentifs, caractérisés à la fois par leur position déterminée, et parce qu'ils ne se montrent ni à i'aisselle des feuilles, niau sommet des tiges. Cette division comprendra, outre les bourgeons sti- pulaires de quelques Saules, ceux déjà cités de V Echeveriaracemosa Cham. ^l^çMtchl., ù.\x Drynphjjllum, de quehjues Nymphéacées, des Villarsia, ùw Xanthium spinosum L., etc., ceux (|ui apparaissent sur la cicatrice des (1) Lac. cit., p. 8, eu note. (2) Bull, de la Soc. Bot. de France, t. Il, p. 512-519. (3) Comptes-rendus de l'Institut, l. Xt, \). 7'20. 29 {)ctobr(; 1855. (i) Ibid., p. 839, 12 novembre 1855. (5) Essais sur la véqét., p. 145, lZi7, l/i8, 83. (G) On .se rappelle que Gaudichaud essayait d'explicjuer par eux la formation de nouvelles coiiclics dans les iroiiçoiis enracinés d'un irnnc (irp^xirvus de loiUe feuille et (le tout honrgeon apparents. 10 SOCIÉTÉ BOTAMQL'K DE FRANCE. feuilles après la chute de celles-ci, et ceux aussi qu'l^>nst Meyer désigne sous le nom ùe prébourgeons {Beiknospen) (1). La plupart des botanistes ont admis, à l'exemple deDeCandolle{2), qu'on ne devait considérer, comme feuilles dans les verticilles des Rubiacées étoilées, que les appendices ayant un bourgeon à leur aisselle. Les faits que j'ai cités de plantes bien évidemment dépourvues de bourgeons à l'aisselle de vraies feuilles, infirme , si je ne me trompe , la valeur de ce critérium. Je demanderai, en terminant cette note, si la physiologie ne pourrait pas tirer parti de ces plantes sans bourgeons axillaires, pour apprécier, par comparaison, l'influence de ces organes sur l'accroissement des tiges. La coupe transversale d'un rameau de Sempervivum arboreum ou de Crassula arborescens montre un grand développement de la moelle et du parenchyme cortical, alors (|ue le bois et le liber sont confondus en un cercle mince : et si l'on met en présence deux rondelles de rameaux de cette Crassule, l'une de 5 millimètres de diamètre et l'autre de 15, on ne trouvera chez l'une et chez l'autre qu'une seule couche. En résumé, j'ai cherché à établir dans ce travail : 1° Que même chez les Dicotylés un assez grand nombre de plantes sont dépourvues de bourgeons axillaires, soit à toutes les feuilles, soit à plusieurs d'entre elles; 2" Qu'on ne doit pas considérer comme axillaires ceux qui se montrent au voisinage de la cicatrice laissée par la feuille, s'il n'en existait pas de trace avant la chute de celle-ci ; 3° Qu'il faut bien se donner de garde de confondre les points vitaux avec les bourgeons ; ceux-ci sont des organes : les points vitaux (si l'on veut conserver cette expression) ne désignent dans la plante que les lieux les plus favorables à la production de nouveaux organismes, soit racines, soit bourgeons ; k" Que la dénominnUon de bourgeons latents, et les théories auxquelles ils servent de base, doivent disparaître de la science ; 5° Que les bourgeons, envisagés quant à leur position, peuvent être rap- portés à quatre groupes : les terminaux, les axillaires^ les adventifs et les subadventi f s ow mixtes. (1) Voir la Linnœa, t. VII, p. /4Ù2. On sait que ce savant divise ces prébour- geons eu trois classes suiviuit qu'ils sont situés au-dessous, au-dessus ou à côté du bourgi'on uormal : unterstœndige, ilberstœndigp, nebenstœndige Beiknospen. (2) Organogr. végét., t. I, p. 339, clProdr. Regn, veget., t. IV, p. 581, SÉANCE DU 11 JANVIER 1856. ^ H M. Germain de Saint-Pierre fait à la Société la communicalion suivante : STRUCTURE DU FAUX-DULBILLE DES FICARIA, COMPARÉE A LA STRUCTURE DES OPHRYDO- BULBES, DES BOURGEONS A RACINE CHARNUE DES ACONITUM , ET DES BULBES DESCENDANTS DES TULIPES, par M. E. GERITIAII^' DE SAIl^T-PIERKf;. Ayant appelé récemment l'attention de la Société sur la structure des ophrydo-bulhes (faux bulbes des Ophrydées), que j'avais fait coiinaîti'e dès l'année 1850; j'ai pensé qu'il ne serait pas sans intérêt de compléter les notions acquises sur cet appareil si complexe et d'une forme si bizaiwe, en examinant le degré d'analogie qu'il présente avec d'autres appareils de stiucture et de forme plus ou moins analogues, dont j'ai pu suivre, dès la même époque, le curieux mo;!e de développement. Déjà j'ai signalé l'une des analogies les plus iVappantes, celle qui existe entre les ophrydo-bulbes et le bulbe descendant des Tulipes. VMei les Orchis et chez les Tulipes, le pédicelle, terminé par le l)ulbe, est de struc- ture, non-seulement analogue, mais presque identique. Dans l'un et l'autre cas, la feuille ou les feuilles extérieures d'un bourgeon axillaire, né à la base de la tige flurifère, se prolongent, a leur base, en un éperon creux, pédi- celliforme, au fond duquel se trouve située la partie supérieure du bourgeon, entraînée sur ce point par le fait de l'élongation unilatérale de ses premières parties constituantes. Le pédicelle creux de l'ophrydo-lnilbe et du bulbe pé- dicellédelaTulipe est donc ouvert h sa partie supérieure, comme l'éperon d'un pétale (ïAqui/egia, etsix cavité ne sauraitêtrecomparee a la cavité close d'une tige dite listuleuse. — Relativement au bourgeon qui occupe le fond de la cavité, il présente des différences essentielles chez la Tulipe et chez V Orchis. Chez la Tulipe, ce bourgeon est un véritable bulbe, dont la masse est formée de tuniques charnues emboîtées; ce bulbe est libre dans l'éperon où il est logé, sinon par sa base insertionnelle ; il reste stationnaire pendantl'été, c'est vers la fin de l'automne qu'il commence à entrer dans une nouvelle phase de végétation et a émettre des fibres radicales qui traversent isolément, comme un coi-ps inerte, l'enveloppe formée par leperon. — Chez ïOrc/iis, le bourgeon adulte (ophrydo-hulbe), sur la description duquel je ne revien- drai pas, constitue une très faible partie de !a niasse du faux bulbe; la partie charnue est pres(|nt' cntièiement formée par une masse radiciforme, soit indivise, soit terminée en (ibies riulieales distinctes : ces fibres ne traversent pas le sac, comme dans le cas précèdent ; en effet, le sac s'allonge lui-même avec les racines, de manière a recouvrir delà continuation d'un même épi- derme toutes les productions radicifonnes. L'analogie qui existe entre les corps reproducteurs du Ficarta ronuncu- loides (variété bulbifère), et les ophrydo-bulbes, n'est pas moins digne d'ftt- # 12 „ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FlUNCE. tention que l'analogie qui existe avec le bulbe pédicellé des Tulipa^ mais elle est d'une tout autre nature ; le pédicellé, formé par un éperon foliaire, n'existe pas. A l'aisselle d'une feuille caullnaire se développe un bourgeon, dont la partie gemmaire est presque rudimentaire, et ce bourgeon se pro- longe latéralement ou inférieiirement en une masse charnue radiciforme, qui présente une analogie réelle de forme et de nature avec l'ophrydo-bulbe à racine ovoïde ; ces corps se détachent spontanément : c'est seulement après leur cliute sur la terre humide que leur bourgeon se développe, et qu'ils deviennent à leur tour plantes-mères. ^ Les griffes ou racines grumeuses des Ficaria sont absolument de la même nature que les faux bulbilles charnus axillaires ; la difféience consiste en ce que, tandis que le bourgeon axillaire du rameau aérien émet une seule racine ovoïde, le bourgeon axillaire, né à la base de la tige, est plus vigou- reux, et émet plusieurs racines ovoïdes au lieu d'une seule. Je trouve une analogie remarquable entre la racine globuleuse unique du bulbille et les productions radiciformes globuleuses des ophrydo-bulbes entiers, et entre la racine multiple de la griffe radicale du Ficaria et la masse radiciforme divisée en plusieurs fibres radicales des ophrydo-bulbes palmés. M. Clos, dans un travail sur le bulbille de la Ficaire [Ann. sc.nat., 1852), travail postérieur à celui que j'ai présenté sur le même sujet à la Société philomatique (janvier 1852), a insisté sur ce point, à savoir que le bulbille de la Ficaire présente un bourgeon, et (]uc ses tubercules radicaux n'en pré- sentent pas. .le crois être, au contraire, dans le \ rai, en admettant un bour- geon pour le bulbille, et un bourgeon pour l'ensemble des racines ovoïdes basilaires, et en signalant une différence, non dans le nombre des bourgeons (dans les deux cas, il s'agit, selon moi, d'un bourgeon axillaire unique), mais dans le nombre , peu important au point de vue organographique, des fibres radicales ovoïdes (uniques ou multiples); ces libres radicales charnues sont accompagnées (à la base du bourgeon) de fibres radicales cylindriques adjuvantes, analogues à celles qui se développent à la base de la tige des Ophrydées, au-dessus du bulbe du Lilimn Martagon, etc. — Enfin, je signa- lerai l'analogie remarquable de forme qui existe entre les ophrydo-bulbes, et les bourgeons à racine charnue qui se développent à la base de la tige des Aconitum, et reproduisent la plante l'année suivante. — Les bourgeons radi- caux des Aconitiuii terminent un court rhizome qui présente les caractères des tiges courtes souterraines, et est sans analogie avec le pédicellé tubu- leux des ophrydo-bulbes; ces bourgeons, terminés en une ou eu deux racines charnues, et qui ont l'aspect de certains ophrydo-bulbes, se rappro- chent surtout de la structui'e de l'appareil que nous venons d'étudier chez le Ficaria; la différence la plus essentielle consiste en ce que la racine charnue des Aconitum cmet des librcL; radicales dans toute sa longueur. SÉANCE DU 11 JANVIER 185G. 13 tandis que les racines ovoïdes n'émettent aucune (il)re radicale secondaire chez les Ficaria. M. Ducharlre demande à M. Germain de Saint-Pierre qnels sont les motifs qui lui font considérer les tubercules axillaires de la Ficaire comme des racines. M. Germain de Saint-Pierre répond à M. Duchartre que les faux tubercules souterrains de la Ficaire étant des racines nées à la base d'un bourgeon axillaire, on doit aussi considérer comme des racines les faux tubercules aériens qui, chez cette plante, sont situés à Taisselle des feuilles caulinaires. Il ne voit, en effet, aucune diffé- rence entre le bourgeon axillaire supérieur et le bourgeon axillaire né à la base de la tige, si ce n'est que le premier n'a qu'une seule racine charnue, tandis que le second en a plusieurs. M. Duchartre rappelle que, chez la Pomme de (erre, il y a souvent des tubercules axillaires qui occupent la même position que ceux de la Ficaire, et qui pourtant ne sont nullement des racines. M. Germain de Saint-Pierre répond que les tubercules de la Pomme de terre sont bien différents de ceux de la Ficaire. En effet, le tu- bercule de la Pomme de terre est un rameau charnu émettant de nouveaux bourgeons qui naissent à l'aisselle de ses feuilles rudimen- taires. Ces nouveaux bourgeons se développent en tiges ou en tuber- cules latéraux, et leur développement peut, plus tard, donner lieu à une production de racines ; mais, dans la Ficaire, c'est le bourgeon primitif lui-même qui produit à sa base une racine latérale charnue et tuberculiforme. Chez cette dernière plante, il y a, k l'aisselle d'une feuille, un bourgeon composé d'une partie axile ou foliaire d'abord presque imperceptible, et d'une masse radiculaire considérable. M. Duchartre fait remarquer qu'il n'a pas parlé des tubercules de seconde génération (|ui se développent sur une pomme de terre souche, mais de ceux qui naissent à l'aisselle des véritables feuilles de la plante. Ces tubercules lui paraissent identiques avec les tuber- cules aériens de la Ficaire. Il ne saurait admettre que des organes aussi semblables et occupant la même position, soient, les uns de véritables tubercules, et les autres des racines. M. Germain de Saint-Pierre répond que, dans la Ficaire, la pro- duction axillaire ne constitue qu'une seule masse tubéreuse sur- montée d'un bourgeon terminal, et ne présentant jamais de bourgeons latéraux, tandis que le bourgeon axillaire et aérien de la Pomme de l/j ^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. terre présente des écailles-feiiilies depuis sa base jusqu'à son som- met, et peut offrir des bourgeons à l'aisselle de toutes ces écailles. Chez la Ficaire, les masses axillaires aériennes sont tellement sem- blables aux masses radiciformes souterraines qu'il ne peut voir entre elles aucune différence, si ce n'est qu'elles appartiennent, les unes à un bourgeon aérien, et les autres à un bourgeon souterrain. M. Chatin fait à la Société la communication suivante: ^ NOTE SUR LE PARASITISME DES RHINANTHACÉES, par M. AD. CHATIK. On doit la première iiulicalion du parasitisme des Rhinanthacées, naguère encore inconnu , a M. Decaisne , qui le soupçonna, eu voyant le Melampy- rumarvense, qu'il tenta inutilement d'introduire dans la flore des pai'terres, où ses l)ractées aux couleurs éclatantes et longtemps persistantes semblaient l'appeler à occuper uu rang utile, périr constamment après la germination. Je voyais, dit M. Decaisne (1), le Melampyrum «ry^^se toujours périr après la germination ; les Pédiculaires, les Euphrasia, les Alectorolophus, sont dans le même cns... [.es Melampyrum et Odontites sont de vrais parasites. M. Decaisne donne enfin de son opinion une preuve concluante, en faisant conuaitre qu'il a observé l'adhérence des radicelles d'un Pedicnlaris palus- tris encore muni de ses cotylédons, à déjeunes racines de Graminées. Le fait de la végétation parasite des Uliinautliacées trouverait, s'il en était besoin encore, une nouvelle consécration dans les observations dont je viens exposer à la Société les résultats sommaires. J'ai constaté le parasitisme, s'exerçaut au moyen de petits tubercules (fort semblables à ceux vus par Mitten sur le Tlie>iium) qui se développent sur leurs radicelles, dans les espèces suivantes : Pedicularis sylvatica, P. palustris , Rfiinanthus glabra ^ II. hirsuta, Melampyrum arvense, M. pratense^ M. sylvaticum, M. cristatum, Euphrasia officinalis, E. Odon- tites et Bartsia viscosa. Ces tubercules, cpu ont souvent l'apparence de cônes obtus ou de petites bornes, s'engagent dans le tissu des racines des Graminées et de quelques autres plantes; la délicatesse des par- ties adhérentes et les iimombrables et fines racines des Graminées, qui, entrecroisées en tous sens, forment une sorte de feutre ou de plexus inextri- cable, font que ce n'est ordinairement qu'avec quelques précautions (le hwage, par exemple, sous un filet d'eau, des mottes de terre contenant à la fois les racines de la plante nouniciere et celles de la parasite) que l'on peut se procurer quelques-uns de ces tubercules encore fixés aux racines étran- gères. (1) M. Decaisne, Comptes-rendus de l'Acad. des se, séance du 12 juillet 18/i7, et Annales des se. nat., 3* série, VIII. SÉANCE DU 11 JANVIER 1856. 15 Une observation, qui a sa place marquée à la suite de la précédente est celle-ci. Les Rlunanthacées ont, independnmiTient de leurs tubercules ou cônes suçoirs, un grand nombre de radicelles déliées, organisées en tout point comme les radicelles des plantes non parasites, et tirant directement du sol (je l'ai facilement constaté expérimentalement) aussi, comme celles-ci, l'eau chargée de diverses matières nutritives ; d'où cette consé- quence, que les Hhinanthacées ne sont, relativement à la Cuscute, aux Cas- sythes, et, sans doute, à la Clandestine, aux Orobanches et au Monotropa, que des demi-parasites. Or, quand on considère que le Thesium a, comme les Rbinanthacées, d'une part, des racines nourricières en même temps que des tubercules suçoirs, d'autre part, de la matière verte dans le parenchyme de ses parties aériennes, on est conduit à entrevoir un lien entre ces deux faits, et, par suite, à ne pus accorder à la remarque de Mitten, qui a signalé le Thesium comme renversant la loi de De Candolle sur le défaut de coloration verte chez les parasites sur racines, toute l'importance que lui a attribuée ce savant botaniste. En l'état actuel de la science, la loi de De Candolle (dont je n'oserais, d'ailleurs, garantir l'avenir, quand je me reporte aux parasites sur tiges, etc., dont les unes {Cuscuta) manquent de couleur verte, pendant que d'autres [Viscum) en sont pourvues), me paraît res- ter entière, en tant qu'elle ne s'étend qu'à des parasites sur racines ne vivant sensiblement que par leurs suçoirs [Cytinus, Monotropa, Orobanche et La- thrœa?); ce qui n'implique pas, d'ailleurs, que toutes les plantes, privées de matière verte soient parasites, comme on l'admet trop facilement (1). Maintenant que j'ai établi l'existence, chez les Rhinanthacees (2), de tubercules ou suçoirs d'adhérence, il me reste à appeler l'attention : 1 Sur Vanatomie de ces tubercules considérés dans leurs connexions immédiates avec les racines nourricières; 2° sur V absence de rayons médullaires chez toutes les Rbinanthacées. Les dessins que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de la Société me permettront d'être court, en même temps qu'ils mon- treront plusieurs faits (relatifs à l'anatomie des feuilles, etc.), dans le détail desquels je crois ne pas devoir entrer. Anatomie des suçoirs. — Les tubercules-suçoirs, ou pour abréger les suçoirs, dont je donne des coupes grossies montrant la nature et les rap- ports des tissus, tant avec la racine-mère dont ils émanent, qu'avec la racine nourricière dans laquelle ils pénètrent, offrent une grande unifor- (1) Je pense en particulier, par des raisons tirées de la culture et de la recherche attentive des adhérences, que le Limodorum abortivum et le Neotfia Nidus-avis ne sont pas des parasites, ou que du moins ils ne le sont que temporairement. l2) La couleur noire que prennent les Rinanthacéespar la dessiccation se rattache- t-elle à leur parasitisme? Peut-elle mettre sur la voie pour découvrir d'autres para- sites? Je dirai sur ce dernier point que j'ai inutilement recherché des adhérences du Galiuvi uiiginoswn et du Lathyrus niger avec des racines étrangères. 16 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DR FRANCK. mité de structure dau:^ les cinq <>;i'aiKls genres, Bhinanthus, Mdampyrum^ Fuphrasia, Bartsiaet Pedicularis. On distingue dans chaque suçoir : 1° Une partie parenchymateiise, qui forme la plus grande partie de la masse, et se continue avec le parenchyme de la racine ; 2° L'extrémité du suçoir, formée de cellules étroites, allongées et conver- gentes en un cône terminal qui se dirige verticalement sur la racine nour- ricière, dans laquelle il pénètre : je nomme cône cellulaire perforant^ ou simplement, cône perforant, cette extrémité du suçoir (sorie de spongiole) que nous retrouverons chez un grand nombre d'autres parasiles [Thesium, Cnscuta,e\c.), et que, dans lesRhinanthacées, je n'ai pas vu (ce qui explique le peu d'adhérence des suçoirs aux racines nourricières) s'engager jusque dans le tissu ligneux (|ui forme l'axe des racines nourricières; 3° Une portion centrale, ligneuse ou fibro-vasculaire , qui s'avance en forme de cône du méditullium ligneux des racines, sur lequel elle s'appuie, dans l'axe du parenchyme : je propose de désigner sous le nom de cône vasculaire de renforcement , ou simplement, de cône de renforcement, ce côneaxile du suçoir, essentiellement formé de vaisseaux (ponctués), qui se raccourcissent de plus en plus, à mesure qu'ils s'éloignent de la base de l'organe, formée elle-même de vaisseaux déjà plus courts que ceux de la racine. Le cône de renforcement des Rhinanlhacées parait ne jamais traver- ser le cône perforant pour s'engager immédiatement dans la racine nourri- cière. Replis ou Appendices préhenseurs. — J'ai vu dans la Pédiculaire les premiers vestiges de cette partie accessoire des suçoirs, que nous verrons prendre un plus grand développement dans le Thesiwn, quelques Cuscuta, et surtout chez les Cassylha. Tantôt c'est un simple repli du parenchyme du cône (chez d'autres parasites, le repli part de la tige elle-même pour enve- lopper le suçoir, etc.), qui descend de la circonférence de celui-ci, pour former une courte enveloppe commune au cône perforant et à la racine nourricière [Odontites); tantôt le repli préhenseur parenchymaleux est dou- blé à l'intérieur de replis fibreux, qu'on peut distinguer sous le nom de replis ou appendices de renforcement. Ces derniers peuvent exister dans les suçoirs sur les côtés du cône \asculaire, les replis parenchymateux n'étant pas eux-mêmes sensiblement développés. Absence des rayons niédidlaires. — Toutes les Rhinanthacées que j'ai examinées manquent de rayons médullaires. Serait-ce la un caractère des plantes parasites? On va voir que non, mais un mot, d'abord, sur l'histo- rique de la question. M. Decaisne, dans son important mémoiie sur le Gui (1) s'accorde avec Kieser (2), pour reconnaître à la plante des rayons médullaires, dont (1) M. Decaisne, Mémoires couronnés par VAcad. roy. dessc. de Bruxelles, 18Zil. (2) Kieser, Sur l'organis. des plantes, Haarlem., 181Z|. SÉANCE DU H JANVIER 185(5. 17 M. Duchartre constate l'absence dans la Clandestine, M. Ad. Brongniart dans le Melanipyrwn si/lcalicum (1), M. Duchartre encore dans le Melamj/y~ rum arvense vl YOrobunche Eryngii (2). Est-ce a dire que, s'il existe des parasites pourvues, comme le Gui, de i-ayons médullaires, toutes les plantes qui n'offriront pas ces parties devront être regardées comme parasites? Ce point de vue, qui semblait pouvoir se déduire des observations que je viens de rappeler, a dû être abandonné après que M. Ad. Brongniart eut fait connaître que le Sempervivum et plusieurs autres Crassulacées , certaine- ment non parasites, manquent, cependant, de rayons médullaires (3), fait étendu par M. Adr. de Jussieu à une Nyctaginée, le Pisonia [fi). iMais peut- on, du moins, admettre que si l'absence de rayons médullaires n'est pas en coïncidence absolue avec le parasitisme, elle en est du moins un indice ;;ro- bable? On répondra avec moi par la négative, si je fournis la preuve, d'uue part, que le manque de raj'ons médullaires est fréquent cbez des plantes qui se placent par leur végétation non parasite à côté des Crassulacées et de la Nyctaginée observées par M. Ad. Brongniart et M. Adr. de Jussieu, et, d'antre part, que des plantes, incontestablement parasites, viennent étendre l'exception faite par le Gui. Or, cette double preuve est dans la simple énu- raération par laquelle je termine cette note, des plantes parasites que j'ai trouvées munies de rayons médullaires, et de celles, non parasites, dans lesquellesj'ai constaté l'absence de ces parties. «. Parasites pourvues de rayons médullaires : Epiphegus americanns, Hijobanche coccinea, Cytinus Hypocistus, Monotropa Hypopitys, T/iesiwn hmnifusum, etc. (5). b. Végétaux non parasites privés de rayons médullaires : Isnai^dia palus- tris, les Myriophylhmi, Peplis, Hippuris, VE Iodes palustris, le Limnan- themum Humboldtii, le Pinguicula vulgaris, les Linum, Urtica, Centau^ rea, et, enfin, un nombre de plantes berbacées tel que je renonce à donner la liste de mes observations, chacun pouvant y ajouter, en quelque sorte, par l'examen des premières Dicotylédones venues. En somme, on peut dire : 1° que la présence de rayons médullaires est un (1) M. Ad. Bvongnm-l, Rapport sur les Mémoires de M. Duchartre sur la Clan- destine {Comptes-rendus de t'Acad. des sciences, séance du 18 avril 18^7). (2) M. Ducliartrc, Note sur VOrobanche Eryngii {Ann. des se. nat., 3" série, IV, 7Zi.) (3) M. Ad. Rron^^niart, Observations sur la structure interne du Sigillaria ele- yans comparée à celle du Lepidodendron et du Stigmaria, et à celle des végétaux vivants {Archives du Muséum, I, /|05). {Il) Adr. de Jussieu, Eléments de Botanique, l"édit., 76. (5) M. Ungor a ligure le C. europœa comme pourvu de rayons médullaires, ce qui n'est pas l'clal normal de cette espèxe privée, comme ses congénères, de coainui- nicaiions cellulaires entre les parcncliymes central et externe. T, m. 2 18 SOCIÉTÉ HOTANIQUE DE FRANCE. fait très commun parmi les plantes non parasites ; 2° que le manque de rayons médullaires n'est pas chose rare parmi les vraies parasites. Les con- séquences à tirer de ces faits pour le peu de valeur a attribuer à l'absence de rayons médullaires dans la caractéristique des parasites est évidente. J'ajouterai que j'aurais pu, si je ne doutais du parasitisme du Neottia Nidus-avis, compter cette plante, bien que monocotylédone, parmi les para- sites pourvues de rayons médullaires, car sa structure, au point de vue de la symétrie des faisceaux libro-vasculaires et des irradiations cellulaires qui font communiquer le parenchyme central ou médullaire avec le paren- chyme extérieur, ne diffère pas, avec celle d'un grand nombre d'Alismacées, de la structure offerte par beaucoup de Dicotylédones, et je ne saurais ad- mettre, au pointdevuede l'anatomie générale, que l'on ne comprit pas sous lemème nom des parties identiques, et dont la distinction nes'appuierait, en réalité, que sur cette considération sans valeur, que les unes seraient obser- vées chez les Monocotylédones, et les autres dans les Dicotylédones; mais, comme je l'ai dit, le parasitisme du Limodorum, que j'ai vu vivre deux années après sa transpiantation dans un sol privé de racines étrangères, n'existe pas a mes yeux, et celui du Neottia Nidus-avù, plante dont je n'ai pu, malgré de minutieuses recherches, constater les adhérences, est fort douteux. M. Duchartre rappelle que les observations de M. Decaisne sur le parasitisme des Rhiiiaiithacées ont eu pour point de départ celles de 31. Mitten sur le parasitisme du Thesium. M. J. Gay ajoute que ees observations ont été poursuivies et éten- dues plus tard par M. Irmisch. M. Duchartre fait observer à M. Chatin que le Neottia Nidus-avis étant une plante monocotylédone, on ne pieut, si l'on se conforme aux idées reçues, appeler rayons médullaires les portions de tissu cellulaire qui séparent les faisceaux fibro-vasculaires chez cette plante. M. Chatin répond qu'il y a pour lui tant d'analogie entre la struc- ture de certaines Monocotylédones [Neottia Nidus-avis, quelques Alismacées, etc.), et celle des Dicotylédones, qu'il croit pouvoir employer les mêmes tern)es pour désigner les mêmes organes chez les unes et chez les autres. Il admet l'existence d'une moelle distincte dans la tige de quelques Monocotylédones, qui présentent d'ailleurs tous les intermédiaires entre les rayons médullaires très nets et l'absence complète de ces organes. M. le Président donne lecture de la lettre suivante : SÉANCE DU 11 JANVIEH 1856. 19 Paris , H janvier 185G. Monsieiii' le Président, .le vous prie lie vouiciii- l)ien transmettre à ia Société l'expression de ma Vive ie!)tôt la forme d'une loupie. Au bout de <[uelque temps, il devient SÉANCE DU '25 JAÎNVIER 1856. 29 trop gros pour rester conleim à riiUéricui' du testa ; alors il déchire cette enveloppe, qui demeure appliquée autour de son extrémité effilée, que l'on ne peut, ce semble, regarder autreinent que comme l'extrémité radieulaire. L'embryon d' Angrœcwn maculatuin, observé par nous à ce njoment, offre déjà uu bourgeon naissant à sa partie supérieure. Une coupe longitudinale montre dans le petit corps, qui n'a pas encore atteint la grosseur d'un grain de Millet, une structure assez compliquée. Au-dessous des feuilles nais- santes sont déjeunes trachées entourées de cellules allongées. La masse de l'embryon est formée de cellules transparentes, dont l'aspect n'offre rien de particulier; mais à sa base, on remarque une couche de cellules remplies d'une matière opaque, jaunâtre, qui se colore en brun par l'iode. Cette couche enveloppe la partie pointue de l'embryon; elle a dans son ensemble la forme d'un entonnoir. Plusieurs des cellules superficielles ou épider- miques font saillie à l'extérieur, et se prolongent bientôt en longues papilles. Ces papilles naissent par groupes sur toute la surface de l'embryon; elles persistent longtemps sur les points exposés a l'humidité, et se flétrissent sur les autres. Elles semblent jouer, pendant les premiers moments de la vie de la jeune plante, le rôle de racines. Peu de temps après que l'embryon a déchiré le testa, et avant que le premier bourgeon se soit développé, il en nait sur un autre point un second, auquel correspond, dans l'intérieur de la masse, un second faisceau vascu- laire formé, comme le premier, de trachées et de cellules allongées. Puis, bientôt après, dans le parenchyme de l'embryon, dont le volume va tou- jours en croissant, se développe de la fécule en grains extrêmement ténus. C'est vers le centre du corps qu'elle se produit le plus abondamment. Aucun des deux bourgeons ne peut être considéré comme terminal ; ils produisent des axes secondaires. L'axe primaire, fort peu développé, est réduit au petit corps en forme de toupie qui ne porte lui-même à propre- ment parler ni feuilles ni racines. L'un des deux bourgeons produit un rameau qui se développe dans toute sa longueur d'une manière uniforme. Toutes ses feuilles restent toujours réduites à de courtes écailles brunâtres; son axe s'allongeant peu et deve- nant fort épais, prend l'aspect d'une sorte de tubercule qui se confond avec le tubercule primitivement formé par l'axe primaire. A l'aisselle de chacune des écailles qu'il porte, nait ordinairement un bourgeon, qui se développe de la même façon que l'axe qui l'a produit, de sorte que les axes tertiaires semblent des digitations du tubercule qui, par ce moyen, grandit et se ramifie. Cesaxes tertiaires portent souvent des écailles, à l'aisselle desquelles se produisent parfois des axes de quatrième ordre, qui se développent de la môme manière que les précédents, et forment des lobes du tubercule. L'autre axe secondaire croit en partie comme le premier, et concourt ainsi avec lui à augmenter le volume du tubercule; mais un de ses bour- âO sociÊTr: botanique de pp.ance. geons, tantôt le terminal, tantôt un axiilaire, se développe différemment, et pousse, non de petites écailles, mais des feuilles au nombre de 5, qui se montrent sous la forme, les deux piemièr^s, de e;aines brunâtres, la 3' et la W de gaines vertes, la 5" de vraie feuille. Les U premières feuilles demeurent fort rapprochées les unes des autres, l'entre-nœud qui sépare la k" de la 5' s'allonge seul, grossit, et forme le pseudobulbe, du haut duuuel nait la 5'' feuille. Chacune de ces 5 feuilles porte à son aisselle un bourgeon ; au sommet du pseudobulhe, on trouve, en outre, près du bour- geon né à l'aisselle de la ô" feuille, un bourgeon terminal. Ainsi, par suite du développement des bourgeons nés sur l'embryon (axe priujaire), se produisent une tige feuillee et un tubercule volumineux et raniifié, d'où la tige semble naître. Les seules racines (juait jamais le végétal, sont des racines adventives. C'est de la base du bourgeon à feuilles, du point de la tige où naît la 2' gaine, (jue sort toujouis la première racine adventive. Klle déchire la première gaine, dont on a bientôt peine à retrouver la trace, et va s'i"m- planter dans le sol. Plus tard, une seconde, puis une 3^ racine adventive, se développent a peu près au niveau de l'origine de la première, et dès lors la vie indépendante du bourgeon à feuilles parait assurée. Link, dans ses observations sur la germination de ï Angrœcum maculatum, n'a distingué qu'un seul bourgeon, et rien ne peut faire penser qu'il ait vu le tubercule ramifié si remarquable, (|ui se produit pendant les premières phases de la vie de la plante. En outi-e, il a commis une erreur, en disant qu'une racine nait de l'axe primaire même, au moment de l'apparition du premier bourgeon. L'observation d'un nombre considérable d'embryons ne nous a jamais rien nionti-é de pareil; et, d;i reste, plusieurs des dessins de Link lui-même permettent de reconnaître la cause de la fausse interprétation qu il en donne. MM. les Secrétaires donnent lecture des communications suivantes, adressées à la Société : DESCRIPTION D'UN NOUVEAU GENRE DE CHAMPIGNONS (Entomosporium), par M. J-H. LÉVKILLÉ, D.-M. (Paris, 16 janvier 1856.) Miclieli parait être le premier qui aitlixe l'attention des botanistes sur les semences ou plutôt sur les spores des champignons et des autres plantes cryptogames. Ce qu'il en dit dans sou Nova pLantarum Gênera., et surtout les expériences qu'il a faites sur la reproduction de quelques Agarics par le semis, tendent à prouver, comme les germinations que l'on peut obtenir tous les jours, que les spores sont des organes véritablement destinés à la reproduction. SÉANCE DU "25 JANVIER 1856. 3l Si l'on vent avoir une idée Juste des spores, il faut les étudier avec le microscope, l'œil ne voit qu'une poussière ou une rnatièie blanche, louge, jaune, ocracée ou noire. Leur structure, quoique tiès simple en apparence, est, eu réalité, quelquefois assez compliquée, ainsi que le dénioiitrent les recherches de MM. Tuhisne. Les formes (ju'elles affectent sont assez variées, elles ne demandent, pour être saisies, qu'une vue ordinaire et uu grossisse- ment de 300 à 350 fois. Elles sont rondes, ovoïdes, elliptiques, cubiques, linéaires, fusiformes, étoilees, etc. ; leur surface est glabre , réticulée, mamelonnée ou hérissée de spicules; les unes sont formées d'une seule cel- lule, les autres de plusieurs; celles-ci sont disposées en une seule série linéaire, les autres, au contraire, sont placées les unes à côté des autres; enfin, il y en a qui sont pourvues d'appendices filiformes, tels que \e Sphœ- riaimidiosa Dsmz., les genves Diluphospora, Pestalozzia, Dinemasporium , Discûsia, etc. Ces appendices sont situes a une extrémité ou aux deux a la fois. Les spores du genre Ëntomosporium, dont je vais donner la description, en présentent un vers la base qui sert de pedicelle, et deux latéraux, ce qui leur donne l'apparence grossière d'un insecte. E^TOMOSPOR^UlVI nov. gen. Receptaculum innatum carnosuni molle orbiculare, epidermide rupta pulvinatum ; sporae superficiales e quatuor cellulis in crucern dispositis for- matcC, cellula superiori ovato-pyritormi, inferiori multo majori obovata basi pedioellata, alteris subovatis minutis eequalibus appendiculo filiformi laterali instructis. Ëntomosporium brachiatum. Receptaculis epiphyllis sparsis orbiculalis epidermide solummodo nigra demum rupta obtectis. In Helvetia ad folia Mespili eriocarpœ ^ !)C., olim legit Chaillet. Ëntomosporium brachiatum Lév. in herb. Cand. Ëntomosporium maculatum. fieceptaculis epiphyllis sparsis vel gregariis orbiculatis epidermide nigra demum rupta obtectis maculaque propria vel communi tumida albida circumdatis. In Gallia prope Andegavum legit cl. professer Guépin ad folia pyrorum, mecumque beuevole cum raultis aliis fungis curiosis nondum descriptis communicavit. Ëntomosporium brachiatum Lév. Guépin in Notice sur une flore ange- vine manuscrite, p. 9, et Annal, de la Soc. Linn. de Maine-et-Loire, !'''■ volume. (Sans description.) Lorsque l'on compare les spores de ces deux champignons, on est tenté, comme je l'ai fait prnnitivement, de les réunir en une seule espèce. Le rap- prochement des réceptacles, placés dans une tache blanchâtre plus ou moins étendue, suffit pour les distinguer à la première vue. V Ëntomosporium brachiatum ue m'a jamais présenté que des spores, tandis que j'ai toujours 32 SOCIÉIÉ BOTANIQUE DE FRANCE. trouvé celles du maculatum mélangées avec d'autres spores très petites, allongées, droites, transparentes, et supportées par des bandes réunies en faisceau à leur base. Quel rapport existe-t-il entre ces deux champignons? J'avoue humblement que je ne me sens pas la force de résoudre cette question. LETTRE DE M. CH. ]nARTi^'S. Montpellier, 15 janvier 1850. Monsieur le Président, Permettez-tnoi d'appeler l'attention de la Société sur une pelile innova- tion que j'ai introduite dans le Catalogue des graines du Jardin de Mont- pellier pour 1855. Après avoir rassemblé un certain nombre de graines récoltées dans la campagne, j'en ai inséré le nom dans le catalogue, en les distinguant par un astérisque. Les botanistes du JNord pourront donc se procurer des graines de plantes spontanées du midi de la France, et les voir fleurir et fructilier sous leurs yeux. L'examen de l'espèce vivante amènera des rectifications de noms qui profiteront aux botanistes du midi ; en effet, les ouvrages systématiques sur les plantes d'Europe ayant été composés dans le nord du continent, il en est résulté que les botanistes du midi de la France ont souvent donné à certaines plantes méditerranéennes le nom de l'espèce du nord qui lui ressemblait le plus, sans être cependant identique avec elle; de là des confusions regrettables. Dans son trop court séjour à Montpellier, M. le professeur Godron a pu en rectifier quelques-unes, mais il en reste beaucoup qui appellent la sagacité des botanistes descripteurs. S'ils daignent encourager ma tentative, j'aurai soin que l'année prochaine le nombre des espèces spontanées du Catalogue des graines soit considéra- blement augmenté, et je me ferai un plaisir d'y insérer les espèces qui me seront spécialement recommandées par les botanistes. J'ai l'honneur, etc. Ch. Martins, Directeur du Jardin des plantes de Montpellier. NOTE SUR LA FLORAISON DE VHELIANTHEMUM GUTTATUM, par M. A. MAL,BRJlA'CUE. (Rouen, 12 janvier 185G.) En parcourant le Bulletin de la Société Botanique de France, je trouve une observation de M. Clos (1), que j'avais faite de mon côté dès le mois de juillet 185i. Je n'ai pas la moindre prétention à la priorité de cette remarque faite à peu près simultanément par iM. Clos sur les Malvacées, et par moi sur les Cistées. Je veux seulement signaler l'accord parfait avec M. Clos, auquel je suis arrivé spon.tanément. (1) Voyez t. I, p. 208. SÉANCE DU 25 JANVIER 1856. 33 J'avais eu occasion de récolter avec INI. Comar, un des membres les plus jeunes et les plus zélés de la Société, une as!>ez grande quantité CCHelian- thernum guttatum. Grand fut notre désappointement de voir le soi jonché de pétales, et que pas une fleur ne restait ouverte sur la pJante. Il était deux heures après midi. J'en emportai un certain nombre, que je fis fleurir à la maison, dans l'eau, avec un plein succès, ce qui me donna l'idée de suivre toutes les phases de leur épanouissement. J'avais reconnu la nature diverse des enveloppes calicinales, et je m'étais arrêté au nom de bractées slipidaires, n'osant pas créer un nouveau nom, dont je ne comprenais pas bien, au reste, la nécessite. M. Clos parle de stipules biYictéales. Ainsi nous voyions bien du même œil un organe mal compris jusqu'alois. — J'ai observé sur V Helianthemum vulgare les mêmes phénomènes. Voici la note que je trouve à ce sujet dans mon journal bota- nique, à la date de juillet 185/i : « L'inflorescence de V Helianthemum guttatum forme une grappe scor- pioïde. Le calice est décrit habituellement à 5 sépales, dont 2 plus petits ou nuls ; mais en examinant la situation des parties, il me parait bien que ces 2 petites pièces sont d'un autre ordre que les autres. Elles sont situées de façon qu'il reste la place d'une troisième, correspondant à l'axe sur lequel l'inflorescence s'enroule, ce qui gêne son développement. Ce sont certaine- ment là 2 bractées (la Z'= avorte), qui représentent dans la fleur les sti- pules des feuilles. Ces bractées se dégagent et s'ouvrent dans le jeune bouton, bien avant les autres parties de l'appareil floral. En môme temps que l'axe se déroule et s'allonge , chaque pédicelle croît aussi, se redresse , et élève la fleur vers le soleil. Les 3 grands sépales, qui sont glanduleux, ponc- tués sur le dos, s'écartent; la corolle chiffonnée se dégage de sa prison, s'étale comme une coupe dorée régulière, dont le centre est occupé par uu stigmate blanc, à 3 divisions. Les étamines forment ceicle autour, et les 5 macules brunes des pétales complètent la décoration de cette chambre nuptiale. Les larges pétales font l'oflice de réflecteurs et les taches foncées s'échauffent plus facilement, en absorbant les rayons solaires. (Cet épa- nouissement n'a jamais eu lieu, pendant plusieurs jours, que de 7 à 10 heures du matin.) La fleur brille une heure ou deux, puis les pétales se détachent, le calice (les 3 grands sépales) se referme, et l'ovaire fécondé mûrit en secret les germes précieux d'une nouvelle génération. Enfin, les pédicelles s'abaissent, comme pour diriger vers la terre les semences, à leur maturité. ') Les petits sépales ne semblent prendre aucune part à ces mystères, et occupent bien les intervalles des grands, affectant la situation des petites divisions bractéairesdes Rosacées. » i: Helianthemum vulgare offre la même disposition. Il fleurit plus longtemps, de six heures du matin a la lin du jour, et les fleurs s'ouvrent deux ou trois jours. (Celles de VU. guttatum ne s'ouvrent qu'(me fois.) T. m. 3 34 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. » Si ces deux petits sépales, (|ue j'appellerai bractées stipulaires, complé- taient le verticille quinaire du calice, ils alterneraient avec les pétales. 11^ n'en est rien. Les grands sépales se partagent exactement tonte la circonfé- rence. » SUR LA GERMINATION DES GRAINES DE PLUSIEURS GOUSSES DE CASSIA FISTULA ÉCHOUÉES SUR LA COTE DU LANGUEDOC, par M. CO. MARTIIVIS. ( Montpellier, janvier 1856. ) L'excellente Géographie botanique raisonnée de M. Alph. De Candolle renferme un chapitre, où il discute avec soin (t. Il, p. 613) les différentes causes du transport des graines de végétaux. Parmi ces causes, il note les courants marins. Dans les utiles instructions placées à la lin de l'ouvrage, il revient sur ce sujet, en invitant les observateurs à noter tous les faits qui peuvent jeter quelque jour sur ces questions. L'importance qu'il attache si justement à leur solution, me décide a communiquer a la Société un petit fait , qui, sans être décisif, lui paraîtra peut-être digne d'intérêt. Le 6 mai 1855, M. Touchy, conservateur des collections du jardin des plantes, trouva, près de Perols, village peu éloigné de Montpellier, quel- ques fragments de gousses de Cannefice ou {]asse des boutiques (fruits du CassiaFistula L.) échouéessur la plage. Le 28 juin, il en retrouva à 8 kilo- mètres de là, également sur la plage, en face de l'église ruinée de Mague- lonne. Dans l'intervalle, une autre personne m'avait également rapporté des fragments, dont la longueur variait de 1 à 2 décimètres. La mer les avait évidemment jetés siii' la côte. Je brisai les fragments de gousse les mieux conservés, et fis semer les graines dans des pots qui furent placés sur couche dans une bâche exposée en plein midi. Au bout de cinq jours, j'eus la satisfaction de voir germer treize des graines sur vingt que j'avais semées ; les petites plantes s'élevèrent rapidement à la hauteur de 10 cen- timètres, poussèrent plusieurs feuilles pennées, mais, à partir de ce moment, elles dépérirent, et moururent, nialuré toute la peine que nous prîmes pour les sauver. D'où provenaient ces fruits jetés par les courants sur le rivage de la mer, près de Montpellier? Je crus au naufrage d'un navire allant d'Alexandrie à Marseille et portant de la Cannefice dans sa cargaison. J'espérais arriver à connaître le lieu et la dat(; du naufrage, et savoir, par conséquent, combien de temps ces fruits avaient été ballottés par les flots, sans que l'eau de mer eût altéré les facultts germinatives des graines qu'elles contiennent; j'en déduisais la vitesse moyenne du courant marin qui les avait appoi'tées. J'ajoutais ainsi un petit chapitre a l'histoire de la diffusion du CassiaFis- tula tu Egypte et dans TLide. Une lettre, insérée dans le Nouvelliste de Marseille, me valut une réponse d'un honorable négociant de cette ville, SÉANCE DU 25 .lANVIEU 1856. 35 M. ïnimei', qui rcnver. :i mon petit (-chafaudage scientifique. Voici ce qu'il m'écrivait : n l.a C.annefice ou Cassa des l)outiqiies est une marchandise de peu de valeur et d'un emploi tous les jours plus restreint (1). Jusqu'au mois de juin 1855, elle était, en outre, grevée d'un droit d'importation hors de toute proportion avec sa valeur vénale. Pour diminuer ces droits, on avait soin (leiji'afjelevles Casses avant anaries, en faii-e l'objet d'une étude spéciale, et marquer ainsi à son avenir un but digne de lui. La terre qu'il foulait n'était sans doute pas nouvelle pour les sciences naturelles: elle avait été fouillée géologiquement par Humboldt, Cordier et de Buch, botaniquement par Masson, ledi'U, Broussonnet, Christian Smith, et vingt autres. Mais le fruit de leurs travaux était ou inédit ou éparpille dans une foule de publications. Il y avait, d'ailleurs, beaucoup à espérer d'une exploration nouvelle et prolongée dans des îles dont ([uelques-unes sont sillonnées par d'innombrables et profonds ravins, qui opposent à la marche du voyageur des obstacles souvent insurmontables, (.'est là le but que Webl), assisté de M. Berthelot, s'était proposé. Deux années presque entières y furent consacrées, pendant lesquelles nos deux voyageurs visi- tèrent successivement Ténériffe, Lancerotle, Fortaventure, Canaria et Palma, rrcoltant partout les plantes, les oiseaux, les poissons, les insectes et les coquilles, examinant les roches, analysant les sources, faisant des observations thermométriques, rassemblant, en un mot, les faits de toute sorte, d'où pouvait résulter une Histoire physique et statisticiue complète de l'archipel. ! a Gomère et l'ile de Fer manquaient encore à leurs investi- gations ; il fallut y renoncer, en raison d'une fièvre épidémique qui régnait dans la première de ces Iles, et à causede l'éloignement de la seconde, avec laquelle les moyens de communication étaient alors rares et difficiles. C'est après tous (es travaux, que, le 15 août 1830, Webb, toujours accompagné de M. Berthelot, s'embarcjua à Santa-Ci'uz, pour revenir en Europe avec ses cil'eetioiis. C'était en K)ance, c'était à Paris, qu'il voulait s'établir, mai.- la Fiance -lait alors agitre par la ré\olution de Juillet, et, SÉANCE DU 25 JANVIEll 1850. /|1 plus tard, le choléra fut un obstacle qui le tint éloigne de Paris. 11 passa donc à Nice ou à Genève les derniers mois de 1830, ainsi que les années 1831 et 1832, et ce fut en 1833 seulement, que , vers la fin de juin, il put venir se fixer à Paris. L'œuvre que Webb méditait était proprement l'Histoire naturelle des iles Canaries, et c'est effectivement sous ce titre que l'ouvrage sera publié; mais les goûts particuliers de M. Berthelot, qui devait y concourir, y ont fait entrer plusieurs matières qui appartiennent à un autre domaine, l'Eth- nographie et It'S Annales de la conquête, la Géographie descriptive et la Statistique, un chapitre sur la pêche des côtes d'Afrique, un autre sur les incursions des Islenos sur ces mêmes côtes et sur les représailles des Maures, un troisième sur les entreprises des Isleûos en Amérique et sur leurs rela- tions commerciales avec ce continent, enlin tout un volume de IMiscellanées, pièces légères, qui n'ont d'autre tort que de paraître ici sous une couver- ture scientifique. Quant à l'histoire naturelle proprement dite, elle était trop vaste pour un seul homme, et Webb dut chercher des collaborateurs. De toutes les branches de la zoologie, il ne se réservait que la moins importante, celle des Mammifères. Pour les autres, il trouva le concours empressé des hommes les plus expérimentés, M. Valenciennes pour les poissons, M Alcided'Or- bigny pour les mollusques, MM. Brullé, H. l.ucas et Macquart pour les insectes, M. Paul Gervais pour les reptiles, M. Moquin-Tandon pour les oiseaux et les Hirudinées, La Géologie était une de ses sciences favorites; il ne voulut la cédera personne, et, à vrai dire, elle ne pouvait être traitée que par lui qui avait vu les roches en place avec leurs innombrables modifications. A plus forte raison se réservait-il la Botanique, qui avait depuis long- temps ses préférences, et à laquelle il s'était tout particulièrement voué depuis son voyage en Espagne. Ici pourtant encore, la charge, trop lourde pour un seul , dut être partagée, et c'est pour cela que certains articles du P hytographia canariensis sevonl signés Montagne, C. H. Schultz, Decaisne, Reichenbach fils, Moquin-Tandon, Barnéoud, deNoé, Parlatore, etc. Les rôles ainsi distribués , chacun se mit à l'œuvre , mais l'œuvre était immense dans ses détails scientifiques, et elle se compliquait encore des planches nombreuses qui devaient accompagner l'ouvrage, sans compter les sacrifices pécuniaires considérables, auxquels se soumettait l'auteur prin- cipal, pour rendre à son éditeur la charge plus légère. L'enfantement ne pouvait être (|ue long, il y fallut quatorze ans, depuis la première livraison, publiée en 1836, Jusqu'à la 106* et dernière, qui porte la date de 1850. Histoire naturelle des îles Canaries, par MM. P. Barker- Webb et Sabin Berthelot., tel est le titre de I'cuin rage. Il se compose de neuf volumes in-/j", de force inégale, dont un pour l'Klhnom aphic et les Annales df la conquête, 43 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DK FRANCK. un pour les pièces réunies à titre de Miscellanées, un pour la Géographie descriptive, la Statisîique, !a Géologie, et le rôle qu'ont joué les Isleiîos au dehors de l'Archipel, un pour la Zoologie et quatre pour la Botanique, plus un Atlas in-folio, qui renferme des cartes, des vues, des coupes géolo- giques, des arhresou arbustes propres aux îles Canaries, représentés entiers et dans leur port naturel, etc. Les autres planches, lithographies ou gravées, sont d'ailleurs en très grand nombre, et il faut les avoir comptées pour bien comprendre les sacrifices que l'auteur a dû s'imposer pour consommer celte grande entreprise, 288 pour la botanique, 6k pour les miscellanées, 53 pour la zoolugie, 2k pour la géograpliie botanique, et 12 pour la géo- graphie descriptive, en tout kkl planches dessinées ou gravées par les meil- leurs artistes de Paris, je dis ou, parce que la majeure partie des dessins non botaniques ni zoologiques avait été exécutée, à Ténériffe, par un artiste anglais, nommé J. J. Williams, de qui Webb en avait fait l'acquisition. Webb était né voyageur et une absolue nécessité pouvait seule le retenir sédentaire, soit dans sa belle propriété de Milford, soit à Paris où il s'était fait une charmante retraite, pleine de livres et d'herbiers et de tout ce qui pouvait alimenter son activité scientifique. Tant que dura la publication cana- rienne il sut sacrifier ses goûts a son devoir, et pendant quatoize ans il ne fit que de courtes absences, nécessitées soit par le soin de sa santé, soit par des affaires de famille qui l'appelaient en Angleterre, où il avait sa mère, avec deux frères et trois sœurs. Mais une fois l'œuvre accomplie, ou plutôt lorsqu'il eut livré la dernière feuille de sou manuscrit, dont l'exécution typographique devait se faire attendre quatre années encore, ses instincts comprimés reprirent immédiatement leur essor, et Paris ne fut plus, comme Milford, qu'une station momentanée, quoique préférée, de sa vie voya- geuse. Il connaissait l'Orient, il connaissait la côte algérienne qu'il avait visitée en 1830 à son retour des Canaries, mais il n'avait jamais mis le pied sur la terre d'Egypte, et la régence de Tunis excitait vivement aussi sa curio- sité, en raison de certains problèmes de botanique restés insolus depuis les voyages de Vahl et de Desfontaines. Deux fois il piirtit de Paris pour l'une ou l'autre de ces directions, mais deux fois il lut arrêté à Marseille soit par sa faible santé, soit par de mauvaises nouvelles sur l'état sanitaire ou poli- tique (les deux contrées. Arrêté à Marseille, il se repliait naturellement sur l'Italie, dont le climat lui convenait, ou il avait des amis et qui lui était d'ailleurs chère par le souvenir de ses études classiques, C'est ainsi qu'à partir de janvier 1848 jusqu'en juillet 1853, Webb a fait deux fois le voyage d'Italie pour y passer vingt-quatre mois, tantôt a Rome, tantôt à Flpr^jnce, et toujours activement occupé à récolter les plantes du pays. C'est à Rome qu'il lit la foiinaissancede la comtesse Elisabetta Mazzanti-Fiorini, ptewi-, oonome or sait, de plusieurs mémoires estimés de botanique crypto- SÉANCE DU 25 JANVIEH 1856. Z|3 gamique, the only ivoman J ever met ivith (dit Webb), on ivhom. God in his goodness has poured forth the holy fire of ou?' science, the grâce and ornament of prospérons mortats and consolation of the unliappy. Florence avait pour lui un autre attrait : c'était !e célèjjre Musée de physique et d'Iiisloiie natu- relle, et particulièrement la galerie de botanique que la libéralité du Grand- Duc y avait annexée depuis quelques années, sous la direction du professeur Parlatore, avec lequel il entretenait depuis dix ans des liens d'amitié. Webb jouissait de la prospérité de cette nouvelle création et il se flattait de pou- voir, un jour, ajouter beaucoup à son lustre pai- le don de sa bibliothèque et de ses herbiers. En attendait il usait des richesses de l'établissement, et c'est là qu'ont été élaborés, dans l'hiver de 18/i8 à 18^9, ses Fragmenta florulœ (Bthiojïico-œyypticœ, dont la publication dut être forcément différée jus- qu'en 185^ par suite de la révolution toscane survenue en 18^9. Telles étaient les circonstances dans lesquelles il terminait son premier voyage. Plus tard il trouva l'Italie complètement apaisée, et c'est alors qu'en juin 1853, pour couronner dignement son second voyage, de Florence où il était, il franchit et l'Apennin et le Pô, pour aller à Bussano, sur les bords de la Brenta payer une autre dette d'amitié. C'est là (|ue vivait, dans une studieuse et noble reti'aite, le chevalier Alberto Pai'olini, l'ami avec le(|uel il avait voyagé en Orient, auquel il avait dédié un genre de Crucifères canarien et qu'il n'avait pas revu depuis vingt ans. Dix jours passés là avec son plus ancien ami furent pour Webb un des moments les plus heureux de sa vie. Deux fois, donc, eu six années, Webb avait fait le voyage d'Italie, mais il y avait mis (juinze mois d'intervalle, et il n'était pas homme à passer un aussi long temps dans le repos du cabinet. En juillet 1850, sir Joseph Olliffe, son médecin, lui conseille les eaux. C'est un ordre pour lui, et le voilà à Bagnères-de-Luchon, sacriliant très peu à la Nymphe du lieu (ses lettres sont absolument muettes sur ce point) et plus que jamais livré au culte de Flore. La saison est très pluvieuse et les ondées du ciel n'ont que de rares intermittences. Webb saisit une à une toutes ces éclaircies, et il fait si bien que toutes les localités importantes du voisinage, Esquierry, Medas- soles, le port de Benasque, celui de la Glère, le pic de Gers, etc., lui auront payé leur tribut, dans lequel figureront les trois merveilles de la contrée, Aster pyrenœus, Orobus ensifolius et Phyllodoce taxifolia. Six semaines s'écoulent ainsi, l'hiver pyrénéen s'avance à grands pas, et l'heure de la retraite a sonné. Où le voyageur dirigera-î-il ses pas? Reviendra-t-il direc- tement à Paris? Non, il sera le 20 septembre a Bayonne, et le 23 à Madrid. Webb n'avait point prémédité ce voyage, mais il aimait l'Espagne qui avait été le théâtre de ses premières sérieuses éludes botaniques, et de toute l'Espagne il n'y avait guère (|uo le plateau central des Castilles qui lui fût resté juconou. Ajoutons (|Uti, réçeparnenj; décoré de l'ordre de Charles M\ tlll SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. par !a reine Isabelle II, il s'était montré très sensible à cette distinclîon. Ajoutons encore ce puissant mobile, qu'à Madrid, il avait la certitude d'être accueilli à bras ouverts par un ancien ami, le professeni- Mariano de la Paz Graëlls, devenu directeur du jardin des plantes et du musée d'bistoire natu- relle. Un certain jour ces considérations diverses avaient pesé à la fois sur son esprit indécis, et au lieu de tourner au noi-d, il avait mis le cap sur Madrid, espérant bien d'ailleurs en rapporter quelques documents nou- veaux pour ses Ofia hispamca, déjà élaborés dans son cabinet et tout prêts pour une prochaine publication. La saison tardive, dans un pays naturellement sec et aride, ne promettait que bien peu de chose au botaniste herborisant. Webb voulut néanmoins donner un coup d'oeil à la Sieria de Guadairama, à laquelle les récoltes de M. Reuter avaient donné depuis quelques années une ceitaine célébrité. Dans un voyage de huit jours (7-lZi octobre), il put escalader la haute cime de Pénalara et visiter plusieurs localités historiquement célèbres dans le voisinage immédiat de la chaîne granitique, l'Escurial, Saint-Ildephonse, Ségovie, etc. Une centaine de plantes, dont quelques-unes nouvelles pour les Madrilènes, furent le fruit de ce voyage, bientôt suivi d'une excursion faite (31 octobre-2 novembre), en compagnie du professeur Graëlls, à l'an- cien château royal de Villa Viciosa, où est aujourd'hui installée une école forestière sous le titre cVEscuela de montes, excursion qui valut à notre voyageur quelques plantes intéressantes, échappées aux ardeurs de l'été, Quercus lusitanica, Thymus tenuifolhis Benth. , Linaria spartea, Buffonia tenuifolia (le vrai, qui est très raie en France), etc. Plus la saison avançait et plus la campagne devenait improductive. Bientôt il fallut se renfermer dans les murs de l'héroïque cité, et c'est aloi's que Webb put examiner, à loisir et avec profit, les riches collections du Jardin des plantes, où se trouvent réunis, et dans un ordre parfait, le herbiers de Cavanilles, Lagasca et autres. Mais sa principale jouissance, pendant son séjour à Madrid, il la dut au professeur Graëlls, chez qui il trouva l'Iiospitalité la plus cordiale, avec un savoir botanique fort remarquable et qu'on n'eût certes pas attendu d'un zoologiste, principalement adonné a l'entomologie. Pour couronner l'œuvre, il arriva qu'un jour l'Académie des sciences de Madrid voulut reconnaître dignement les services éminents que Webb avait rendus à l'his- toire naturelle de l'Espagne. Elle le nomma à l'unanimité membre corres- pondant, le jour même où elle accueillait au même titre et avec la même unanimité notre célèbre Le Veirier. Cette fois Webb était jugé par ses pairs, il l'était de la manière la plus flatteuse, et ce fut une vraie jouissance pour lui. Il de\ait payer sa bienvenue d;uis l'illustre compagnie par une histoire des Chênes de l'Kspagne, dont il avait déjà réuni tous les matériaux et à laquelle personne n'était mieux préparc que lui. Hélas, les destins n'ont pas voulu que ce projet reçût son accomplissement! SÉANCE DU 25 JAINVIKR 1856. Û5 Le 1" janvier 1851, Webb repassait la Bidassoa. Deux mois et demi plus taid, après avoir visité ses confrères de Saint-Sever, de Bordeaux, de Nantes et d'Angers, il rentrait à Paris pour le traverser, appelé qu'il était en Angleterre par des affaires importantes. Ici se place lavant-dernier voyage de Webb, son voyage en Irlande, le seul qu'il ait dirigé vers le nord, si j'en excepte une excursion faite à Upsal, dans sa première jeunesse, mais qw paraît être restée sans fruit. De Londres, Webb se rendit donc à Dublin, accompagné du jeune Godefrey Webb, son neveu (9 août 1851). 11 y passa deux jours dans la société hos- pitalière de M. John Bail, magistrat pour la surveillance de la loi des pauvres, qui, plus tard, représentera le comté de Carlow au parlement et viendra s'asseoir comme sous-secrétaire d'Etat au département des colonies. En attendant, M. John Bail a des loisirs, il voyage tous les ans sur le con- tinent et, marcheur intrépide, il ne rentre jamais dans ses foyers sans avoir franchi quelque passage infranchissable de la chaîne des Alpes, ou accom- pli quelque autre prouesse dans quelque autre partie de l'Europe. C'est en même temps un botaniste très expérimenté. Personne ne connaît mieux que lui la flore de sa terre natale, et Webb ne pouvait entamer un voyage d'Irlande sans avoir pris ses conseils. A la veille d'un second voyage en Portugal, M. John Bail donna rapidement ses directions, avec la liste des plantes à recueillir, et Webb n'eut plus qu'à suivre le plan arrêté. I.e che- min de fer du sud le conduisit d'abord à Cork, où il devait commencer sa reconnaissance de la côte occidentale. Puis vint Killarney avec ses lacs et leurs îles boisées qui lui rappelèrent les collines vaporeuses et les bois humides de Madère. Bemontant ensuite vers le nord, il visita successive- ment Dingle, Tralee, Tarbert, Limerick, Athlone, Galvvay et Bouiidstone, chef-lieu du Connemara, qui était le but du voyage, comme étant la pailie la plus montagneuse du pays. Un bateau frété par lui le transporta de Roundstone dans l'ile d'Arranmore, où l'appelait la renommée des Sept Eglises, qui furent au v* siècle le foyer du christianisme en Irlande. Revenu par mer à Galway, il regagna iîiimédiatement Dublin par le chemin de fer, et c'est la qu'il termina son voyage, après une dernière excursion faite à la cascade de Powerscourt (10 septembre) dans le comté de Wicklow. Plu- sieurs plantes fort intéressantes avaient été récoltées dans ce voyage :1e Phalcms hrachystachys, le Carex extensa, VArbutus Uncdo et YAdiantum Capillus-Veneris, qui ont en Irlande leui' extrême limite nord; VAllium Babingtonii [Mxriété de VAmpeloprasuin) qui n'a jusqu'ici que trois stations connues, les îlesd'Arran, celles du canal de Bristol et la Grande Canarie , les Erica mediterranea et Mackayana qui ont ici une colonie, fort loin de la côte occidentale d'Espagne et de Portugal, où est leur véritable patrie; X Hijmenophyllum unilatérale qui est assez répandu dans les trois royaumes, mais qui manque à la France et, je crois, à tout le reste de l'Europe; le ft6 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Trichomanes radicans (jui ne trouve qu'à Madère sn station la pins pro- chaine; les Saxifragu umbrosa, hirsuta et Geum, qui d'ailleurs appartien- nent presque exclusivement aux Pyrénées et aux Alpes ; enfin V Eriocaulon septangulare, qui compte deux stations en Irlande et une troisième aux Hé- brides, mais qu'on ne rencontre plus ailleurs, si ce n'est peut-être au Canada. Une année s'écoule, pendant laquelle, quoique sédentaire, tantôt à Lon- dres, tantôt à Paris, Webh ne reste point inactif. Fruit de travaux anté- rieurs, son importante Flornle des Iles du Cap vert avait été publiée, en 18/i9, en tête du Niger Flora de Hooker et Bentham. D'autres travaux l'occupent en ce moment, et il les presse, parce que déjà il médite un nou- veau voyage. Le Phytographia canaricnsis est une œuvre de luxe, que son prix élevé condamne a une insuffisante publicité. L'œuvre est, d'ailleurs, devenue incomplète par suite des découvertes nombreuses qui ont été faites, dans le cours de la publication, notamment àGomère et à l'île de Fer, deux îles de l'archipel, nouvellement explorées. A cette œuvre, il faut un résumé qui la complète et la rende populaire. II y Tant un Synopsis Florœ cana- riensis en un seul volume in-8" et sans figures. Webh y travaille depuis un an, et déjà plusieurs familles de la série Candollienne sont préparées. Hélas, le temps manquera à l'ouvrier pour accomplir sa tâche ! Un autre travail est sur le métier, et depuis un plus long temps. Celui-là sera daté du 31 août 1852, et sa i)ublication est assurée, car tout est prêt, moins quel- ques planches en retard. C'est de l'Kspagne qu'il s'agit encore une fois, et ce sont les Ofia hispanica, qui vont paraître, une des meilleures produc- tions de Webh, et la plus importante après son Phytographia canariensis, importante surtout en raison de la monographie des Ulicinées qu'elle ren- ferme, échantillon d'ailleurs parfait de ehalcograplne et d'élégance typo- graphique, dans un volume in-^» de 52 pages d'impression accompagné de ^2 planches gravées. Telles avaient été les occupations de Webb depuis son retour d'Irlande. Le 20 septembre 1852, il préludait à un nouveau voyage, en allant visiter, dans le département du Loiret, le bel établissement de sylviculture, que le vénérable Pierre-Philippe-Andre Levêque de Vilmorin, le Nestor de l'hor- ticulture française, y a fondé dans sa propriété des Barres. Un mois plus tard, il était à Marseille, prêt à s'embarquer pour Tunis, mais retenu par des fièvres intermittentes et par d'autres causes, qui devaient mettre obstacle à son projet. De là ce second voyage d'Italie, dont j'ai parlé plus haut, et qui le retint hors de France jusqu'au 15 juillet 1853. Trois fois, depuis cette époque, il fut appelé en Angleterre, soit par le décès de sa mère, soit par d'autres ai'faiies, qui exigeaient impérieusement sa présence. Huit mois se passèrent ainsi en allées et venues qui furent perdues pour la science. De retour à Paris, eu mai 185i, il se préparait à aller à Genève, passer SÉANCE DU 25 JANVIER 1856. 4^ quelques semaines auprès de son frère cndet, l'amiral Webb, lorsqu'une attaque de goutte, plus forte que toutes les précédentes, car, c'est un mal auquel il était depuis longtemps sujet, vint paralyser tous ses mouvements. C'était vers la mi-juillet. Il garda longtemps le lit, et, plus tard, il ne mar- chait encore qu'avec des béquilles. A la fin d'août, il avait enfin recouvré l'usage de ses jambes, et il pouvait, du rez-de-chaussée qu'il habitait, mon- ter au second étage où était son herbier, auquel il voulait donner plus de place, en en détachant la bibliothèque qu'il transportait au premier étage. Il en était là, et plusieurs joiunées avaient déjà été employées à ce déména- gement, suivi d'une classification plus méthodique des livres, opération qui s'accomplissait avec le concours amical de M. Moquin-Tandcm, lorsque, le 28 août, un mal d'entrailles, peut-être occasionné par l'abus du col- chique, le rejeta tout à coup dans son lit, d'où il ne devait plus se relever. Les symptômes s'aggravèrent d'heure en heure, et le 31 août, deux ans, jour pour jour, après la date apposée à ses Otia hispanica, il expirait dans une sorte de léthargie, succombant, comme l'ont dit trois médecins de ses amis, à une gastro-entérite, précédée de six semaines de goutte et suivie de quel- ques symptômes cérébraux et cholériques. Il était alors âgé de 61 ans et 52 Jours. Ses restes ont cté transportés à Willey, pour être déposés à Milford, dans un tombeau à construire sur les indications qu'il a laissées, et dans des proportions telles, qu'il puisse dorénavant servir de sépulture à tous les membres de sa famille, avec cette simple inscription : Philippus Barkeb Webb, sibi suisque. J'ai nommé quelques-uns des amis qu'il avait au dehors, et qui donnaient de l'attrait à chacun de ses voyages. J'aurais pu nommer, en outre, sir W. Hooker et son digne fils en Angleterre, M. Asa Gray à Boston, Delile à Montpellier, Lagasca en Espagne, M. Léon Dufour à Saint -Sever, M. G. H. Schuitz (dont un enfant avait été tenu par lui sur les fonts de baptême en 1846) dans le Palatinat du llhin, et d'autres encore. Mais, c'est surtout à Paris qu'il s'était fait aimer, a Paris, où une résidence de vingt etun ans avait permis aux personnes dont il s'entourait, d'apprécier et d'éprouver ses éminentes qualités. Au savant se joignait en lui le lettré, initié aux lettres anciennes, écrivant le latin avec une élégance et une pureté rares, qui, peut-être, n'ont été égalées par aucun autre naturaliste de notre temps, parlant avec facilité trois langues modernes, indépendamment de sa langue maternelle, sachant i'Iiistoire des peuples avec leurs races et leurs migrations, capable, par conséquent, d'apporter la lumière dans une foule de questions qui pouvaient s'agiter en sa présence. Il n'avait rien de cet esprit léger qui cherche le ridicule et le côté plaisant des choses. Son esprit, à lui, c'était un jugement sain et un sens parfait, qu'il appliquait à tout, sans préjugé ni passion, et souvent avec plus d'effet que s'il eût eu à sa /|8 SOCIÉTÉ BOTANIQLK DE FRANCE. disposition les ressources de rimagination. On se rendait à une simple observation, à un fait, à une date, qu'il n'était pas possible de contester, et qui trancbait aussitôt le débat. Webb était en même temps d'une grande modestie pour lui-même, et d'une extrême indulgence pour les autres : volontiers il cédait à l'opinion d'un contradicteur, pour peu qu'elle fût sou- tenue avec courtoisie, et qu'il la jugeât mieux fondée ; et plutôt que de jeter un blâme quelconque sur ses confrères, on le trouvait toujours prêt à atté- nuer les torts ([ui leur étaient reprochés, ou à les expliquer par les circon- stances individuelles de chacun d'eux. Même par écrit, il était à cet égard d'une réserve extrême, et sa correspondance tout entière, telle du moins que je la connais, pourrait être publiée sans blesser personne. On conçoit qu'avec des sentiments aussi délicats, rien ne devait manquer àla sûretédeson commerce, et c'est là surtout ce qui rend sa perte à jamais regrettable pour certains amis qui, privés de famille ou éloignés de la leur avaient mis en lui leur contiance et trouvaient tlans son intimité l'équiva- lent de la meilleure parenté. Ricbe, d'ailleurs, et sans enfants, car il avait toujours vécu dans le célibat, il lui était facile de rendre sa maison agréable, tout en faisant à d'autres égards le plus noble emploi de sa fortune. Il était libéral et bienfaisant, comme cet autre grand philanthrope, le baron Benjamin Delessert, que la France a trop tôt perdu, bienfaisant pour toute infortune qu'il croyait honnête, libéral pour les siens, ayant parfaite- ment compris les devoirs que lui imposait le bénéfice du droit d'aînesse, libéral pour toute entreprise utile, et particulièrement pour celles qui se rapportaient à ses goûts, surtout lorsqu'elles avaient pour objet l'explora- tion botanique de contrées nouvelles : il les patromiait souvent, soit en y contribuant largement, de manière à donner force et vie à ce qui, sans lui, eût pu rester à l'état de simple projet, soit même quelquefois en les pre- nant entièrement à sa charge. L'anatomie et la physiologie ont toujours manqué aux études de Webb, qui, par conséquent, na point été un botaniste complet. I.'organographie lui plaisait davantage, mais il n'avait reçu de la nature ni patience ni force d'attention sullisantes, pour étendie et féconder une observation de quelque importance. C'est ainsi que , après avoir découvert le curieux phénomène d'un double bourgeon à l'aisselle des feuilles florales de VUlex, il s'est borné à consigner ce fait dans une desciiption générique, sans chercher à l'éclairer par d'autres exemples qui ne manquaient pas à la science, et qui auraient pu le conduire à des considérations générales d'un grand intérêt. Privé de certaines lumières, Webb eut néanmoins toutes celles qui importent le plus àla botanique descriptive, toutes celles qui découlent d'un travail métim- dique et de la faculté de bien voir, au milieu des plus riches matériaux, et à côté d'une bibliothèque qui répondait à tous ses besoins. Appliquées à de vastes sujets, ou à des sujets difficiles, ces lumières ne pouvaient produire SÉ/VNCE DU 25 JANVIER 1856. Z|9 que (l'cxoellents fruits Aussi, WobI) s'est-il placé au premier rang parmi les florisles de notre temps. Son Pltytdgrapliia canariensis peut, indépen- damment de ses riches ornements, soutenir la comparaison avec tout ce qui a été fait ('e mieux dans ce £ienre, et j'en dis autant de ses deux princi- pales monographies, celle des Rétama et celle des Ulicinées, quoique ici et là, il ne soit pas tout à fait à l'abri du soupçon d'avoir trop multiplié les espèces, suivant en cela de mauvais exemples contre lesquels je ne cesserai de protester, mais dont pouitant il a toujours su éviter l'exagération. Pour le temps où ils ont paru, ses monographies et ?,o\-i Phytograpliia canariensis sont donc intrinsèquement d'excellents livres. Mais la destinée des meil- leurs livres d'histoire naturelle est de vieillir plus ou moins promptement pour tomber enfm, si ce n'est dans l'oubli, au moins dans le domaine à peu près exclusif du bibliographe et de l'érudit. Une seule chose peut les main- tenir longtemps dans l'usage et le maniement des générations successives : c'est la forme et ce sont les ornements. Ici abondent les figures explicatives des obscurités possibles du texte, et ce sont des figures exécutées à grands frais par les meilleurs artistes de Paris, dessinateurs et graveurs. Bien mieux, la lecture du livre est attrayante , non par les descriptions techni- ques qui en constituent le fond et qui par leur nature sont nécessairement ingrates, mais par les annotations, le plus souvent dédicatoires, qui les sui- vent. Un nom de plante devient le sujet ou d'une notice biographique, ou d'un hommage, ou d'un éloge, et c'est ainsi que tious voyons successive- ment apparaître dans le texte les chefs guanches qui essayèrent de défendre leur indépendance contre l'invasion espagnole, les voyageurs qui ont le plus contribué à faire connaître les productions des iles Canaries, les nobles ou savants Canariens qui ont le mieux mérité de leur pays, les amis de l'auteur, cités, presque tous, ou comme collaborateurs ou comme auxiliaires à un titre quelconque, et jusqu'à sa respectable mère, qui était, certes, bien étran- gère à la botanique canarienne, mais qui avait contribué de ses deniers aux frais de l'exécution, et à laquelle il voulait payer son tribut de gratitude et de vénération. Tous sont peints, ou remercies ou loués dans un langage qui satisfait à la fois l'oreille, le goût et le sentiment, dans un latin charmant, que la barbarie du siècle rend plus chaimant encore, et qui fera vivre les œuvres de Webb, j'en ai la ferme assurance, fort au delà du temps où leur action scientifique aura été effacée p.ir les progrès de la science. J'ai dit qu'il fallait remonter bien haut pour trouver un botaniste qui pût être com- paré à Webb pour la latinité, .le me trompais , puisque j'oubliais le célèbre auteur du nouveau Gênera plnntaruui, mais c'est déjà une belle gloii-e pour Webb, de n'avoir eu qu'un seul rival en cette matière parmi les botanistes, ses contemporains, à savoir Etienne Kndiicher. Riche comme il était, et sans luxe de représentation, exclusivement livi-é à la science, depuis sa premièrejeunesse, Webb devait nécessairement faire T. IIÏ. 4 50 SOCIÉTÉ BOTAÎNIQUE DE FRANCE. de sa maison un mnsée, et redovair être là son véritable luxe. Il avait pro- digieusement récolté lui-même pendant le cours de ses voyages, mais cela était bien loin de suffire à son ambition. A ce fond déjà important, il joignit bientôt les hei'biers non moins précieux de Philippe Mercier, Desfontaines, La Billardiére, Pavon et Gustave de iMontbret, dont il tit successivement l'acquisition, et qui étendaient son domaine sur toutes les parties du monde. Vinrent ensuite les collections complètes de Wallich, Wight, Gardner, Scbimper, Hohenacker, et de beaucoup d'autres, car il ne savait pas résis- ter au désir d'acquérir encore après avoir tant acquis : si bien qu'a sou dernier jour, ses heibieis se trouvèrent remplii' cinq des six pièces de l'étage supérieur de sa maison, ({u'il avait exhaussé, élargi, et approprié à cet usage. C'était la plus vaste collection de plantes qui existât en France, après celles du Muséum d'histoire naturelle et de M. Delessert. Proportionnéraent moins riche, la bibliothèque botanique comptait pour- tant déjà 2576 volumes catalogues, et 131 portefeuilles de brochures. C'est elle qui occupait la sixième pièce du second étage, la seconde en capacité, et elle venait d'en être délogée, pour faire place aux accroissements de l'her- bier, lorsque Webb fut atteint de la deinière maladie qui devait l'em- porter. Tel fut, sous ses divers aspects, rhon)me si bon, si aimable, si lettré et si savant que nous avons perdu, .le regrette de dire qu'avec lui nous perdons en même temps toutes ses collections de livres et de plantes, ces collections que sa persévérance amassait à grands frais depuis longues années, et qui étaient devenues nécessaires au développement de la bota- uique parisienne. Par son testament, en date du 19 avril 1850 (1), Webb a légué tous ces trésors à S. A. I. et R. le grand-duc de Toscane, Léopold II, à la condition d'être conservés séparément dans les galeries du INIusée grand- ducal de physique et d'histoire naturelle. Os conditions ne pouvaient pas ne pas être acceptées avec reconnaissance par un prince aussi éclairé. Déjà les caisses, au nombre de 90, .sont arrivées à Florence. Déjà M. Par- latore, l'ami de Webb, et son exécuteur testamentaire poui' cette partie de ses dernières veloutés, a saisi l'occasion de l'ouverture de son cours (1" décembre 1855), pour h.onorer le donateur dans un discours public, en présence de la cour et de la ville, la saile riehcmei.t décorée et le portrait du donateur exposé aux regards du public. L'hommage a donc été accueilli comme il devait l'être, la place manque seule encore pour loger convena- blement les collections, mais le Grand-Duc veut que deux salles soient con- struites tout exprès pour les recevoii-, et l'architecte est, dès ce n)oment, à l'œuvre. (1) Après son avant-dernier voyage d'Italie, et deux mois après son départ de Florence, étant alors eu Angleterre. SÉANCIi DU 25 .(ANVIEP. 1856. 51 Il ne suffisait pas au donateur de léguer ses collections au Grand-Duc, il léguait en même temps ud revenu destiné à pourvoir à leur entretien et à leur accroissement ultérieur. Ses biens fonds et ses rentes anglaises passaient au lieutenant-colonel Webb, son fièie puîné , devenu le chef de la famille, mais il di>p!)sait autrement de sa maison de Paris, laquelle devait être ven- due pour satisfaire à divers legs institués en faveur de ses serviteurs et de quelques amis du continent. Ces legs acquittés, le reste du capital devait être placé en Angleterre, pour y produire une rente qui serait annuellement servie au Grand-Duc. Cette liquidation n'est pas encore terminée, mais déjà la maison a été vendue pour le prix de 1^2,000 fr., et il est à croire que la moitié, au moins, de cette somme deviendra libre pour l'œuvre florentine. Voilà ce que Webb a fait pour la patrie des Césalpin et des Micheli. Dieu veuille que ce soitpoui* le bien de la science, et pour donner un nou- veau stimulant a tous ceux qui, nu delà des Alpes, cultivent notre aimable science ! Je ne suis pas sans espnii- à ce sujet, qi.and je vois le professeur, officiellement préposé a la garde des herbiers du Grand-Duc, payer si bien d'exemple, et se faire eoiniaitre au monde par des travaux nombreux et sérieux, qui, avec les inappréciables ressources d'un legs inespéré, ne peu- vent que s'étendre et se foitilier de jour en jour davantage. Il ne me reste plus maintenant qu'a donner la liste chronologique des œuvres scientifuiues de Webb, par lesquelles il se recommande si bien à l'estime de la postérité. Osservazioni iiilorno allô staloanlico e présente dell' agro Trojano [Biblioteca Ita- liana, t. XXII et XXIII, iu-8. Milano, Jun. et Jiil. 1821, avec des additions pul)liées dans la même année, et dans un autre volume du même recueil, p. 113 et suiv.). i\otice générale sur la Géologie des Iles Canaries {Bibliothèque universelle de Genève, avril 1833. 7 pages iii-8). Synopsis Molluscanmi lerrestrium et flnvialilium, quas in itineribus per insulas Canarienses obsiM-vavpruiit l'Iiiiippus Barker Webb et Sabinus Berlhelot {An- nales des se. nat. de Paris, 1'^ série, t. XXVIII, 1833, p. 30Zi-o27). Notice sur les Moilnsquos du genre Parmacella de Cuvier, par MM. Webb et Van- Beneden (Guérin, Magaz. de sooL, Juin ISoG, 12 pages ia-8, aver, I planche). Histoire naturelle des îles Canaries, par I'. Barker Webb et Sabiti Beriludot : neuf volumes in-/i, avec 641 planclies, Paris, 1836-1850. (Voir ce que j ai dit plus liant de riniportanco de cet ouvrage et du rôle qu'y ont joué les deux auteurs avec plusieurs collaborateurs.) Iter Hispanieiise, or a Synopsis of planis collected in the Soulbcra parts of Spain and Portugal. I^aris, 1838, 80 pages in-8. Olia Hispanica, seu Delectus plantarum rarioram aut noudum rite notarum, per Hispanias spontè nascenlium, Pentas 1" et 2\ Parisiis, 1839, in-fol., 15 pages avec (î planches. Notice sur le Parolinia, nouveau genre de la famille des Crucilères. et sur des 52 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. espèces fi ajouter à la Flore des Canaries {Annales des se. nat., 2' série, t. XIH, 18^0, p. 129-139, avec 1 planclii>)- Observations sur le Tamarix (jallica {Annales des se. nat., 2* série, t. XVf, ISZjl, p. 257-266, avec 1 planche^. On the position to be assignée! to ihe genus Cneorum in the naturai séries (Hook., Lond. Journ. of Bot., t. I, ann. 18/i2, p. 25/i-258). Sur le genre Rétama [Ann. des se. nat., 2' série, t. XX, ann. 1863, p. 269-283). Topographie de la Troade ancienne et moderne, l'aris, i%!xh 1 vol. de 196 pages ia-8, avec Zi pi. litliogr. et 1 c;irt(' gravée. iNouvelle édition des Osservazioni men- tionnées en tète de celle liste. De CampTjlanthi fabrica ojusque in série nalnrali situ {A7in. des se. nat,, 3' série, t. III, ann. 18^5, p. 33-37). De Dicherantho, Paronychiearum génère novo {Ann. des se. nat., 3^ série, t. V, ann. 18/|6, p. 27-30). De nova specie generis Sarothamni {Ann. des se. nat., 3* série, t. IX, ann. 18/t8, p. 63). Spicilegia Gorgonea, or a Catalogue of ail tlie plants as yet discoveredin the Cape de verd Islands, etc. (En tète du Niger Flora de Hooker et Bentham, p. 89-197, avec 6 pi., in-8. London, 18Zi9). Considéralions sur la fleur des Crucifères, par A. Moquin-Tandon et P. Barker Webb (Extrait des Mémoires de l'Académie des .sciences de Toulouse, 18/!|9, 2/i pages in-8). Hemicrambe, Crucifcrarum genus novum {Ann. des se, nat., 3° série, t. XVI, ann. 1851, p. 2^6-2Zi9, avec 1 planche). Observations sur le groupe des Ulicinées, et Énumération de ses espèces {Ann. des se. nat,, 3^ série, t. XVII, ann. 1852, p. 280-291). Otia Hispanica, seu Deiectus plantarum rariorum aut nondum rilè noiarum, per Hispanias spontè nascenliiim. 1 vol. in-li de 52 pages, avec Zi6 pi. grav. Fari- .siis, 1853. — Complément d'une 1" livraison mentionnée plus haut sous le même titre, et ici refondue dans un autre format. Fragmenta Fiorulae yEthiopico-yEgypliacae, ex plantis praecipuè ah Antonio Figari, M. D. musœo I. R. Florentino missis, Parisiis, 185Zi, in-8 de 72 pages, dédié par l'auteur à son ami Parlatore, avec une préface latine, datée de Florence, le 8 février 1849. M. Germain de Sainl-Pierre fait remarquer que les échantillons à' Aiisma paniassifolium, recueillis dans les étangs de la Brenne par 31. de la Tremblais, et déposés sur le bureau, sont l'objet d'une inté- ressante anomalie qu'il décrit en ces termes ; NOTE SUR UNE ANOMALIE OBSERVÉE CHEZ VALISMA PARNASSIFOLIUM, par 91. E. GERIHAIISI DE SAIIVT-PIERRE. Les individus d'Alisma purnassifoUum que nous avons sous les yeux, présenteut, outre les tiges florifères normales, qui ont acquis leur dévelop- SÉANCE DU 25 JANVIEIl 1856. 53 peinent ordinaire, d'autres tiges plus jeunes, nées à l'aisselle des feuilles radicales; ces jeunes tiges nous offrent un exemple de la métamorphose de bourgeons floraux en bourgeons foliacés, phénomène que Engelmann et notre savant confrère, M. Mbquin-Tandon, ont décrit sous le nom de vires- cence. — Ces tiges anomales présentent, dans leur partie supérieure, comme les tiges normales, une série de verticilles espacés, composés de feuilles bractéales, qui offrent à leur aisselle des rameaux également verticilles- mais chacun de ces rameaux, qui, chez la tige normale, est florifère, est représenté ici par un bourgeon composé de feuilles imbriquées, ayant l'aspect d'un épillet de Graminée. On rencontre fréquemment des anoma- lies de ce genre chez les monocotylédones aquatiques ou des terrains maré- cageux : certaines Graminées et le Juncus uliginosus en offrent de nombreux exemples; ces sortes d'épillets foliacés, qui remplacent les rameaux flori- fères, sont des rameaux courts, à feuilles très rapprochées, qui, se trouvant dans un milieu humide, émetteutdes racines à leur base, et constituent des individualités distinctes après la destruction de la tige-mère. Ces anomalies se produisent généralement à la fin de l'r.utonme, chez des plantes à demi submergées. — Chez les tiges anomales de VAlisma qui est l'objet de nos remarques, les feuilles bractéales sont beaucoup plus amples que chez les tiges normales où les rameaux florifères ont acquis leur développement; on pourrait voir, dans ce fait, une sorte de compensation organique, si les rameaux, encore réduits à des bourgeons, ne paraissaient pas destinés à prendre plus tard un accroissement plus considérable même que s'ils eus- sent constitué des rameaux florifères. — Nous ferons, enfin, remarquer que ces tiges présentent peu de consistance, et, après la dessiccation, sont flexibles et pendantes, tandis que les tiges florifères plus robustes sont ligneuses et se maintiennent dressées. Le n)anque de consistance de ces tiges anomales nous parait en rapport avec leur jeunesse et le peu de développe- ment actuel de leurs bourgeons verticilles, ijui n'ont point encore fourni de tissu ligneux analogue a celui des rameaux florifères adultes. M. Duchartre présente les observations suivantes sur une commu- nication faite à la Société par M. Germain de Saint-Pierre dans la séance du 10 août dernier (1). A la séance du 8 juin 1855, dans une discussion sur le développe- ment des ovules qui avait été amenée par une communication de M. Ger- main, j'ai pris la parole pour exposer quelques-uns des ?iiotil's qui me faisaient regarder comme contraire aux faits la manière de voir de ce botaniste. L'ovule de ^ Eschscholtzia m'élanl revenu en mémoire, j'ai rappelé sou (1) Voyez le Biiilelin, t. ti, p. 588. 5i SOCIÉTÉ BUTANKJL'E DE FRANCE. mode de i'orination et voici comment le Bulletin constate que je me suis exprimé: « ]Ma mémoire me rappelle en ce moment celui (l'ovule) de VEschscholtzia, dans lequel on voit superposés, a un Ci-riain moment, le luicelle, la secondine et la primine, ces deux derniers affectant la forme de simples bouirelets de même diamètre, dans lesquels, par conséquent, il serait difficile de concevoir comment le supérieur sortirait de l'inférieur qui n'est pas plus large que lui. » (Voy. Bull., II, p. /i35.) Avant-hier, 23 janvier 1856, J'ai reçu le numéro de notre Bulletin relatif aux séances de la session extraordinaire. .J'y ai vu que M. Germain avait fait, pendant la première séance de cette session, le 10 août, mie communication dont je n'avais pas eu connaissance, dans laquelle il a cru pouvoir opposer à ce que j'avais dit sur l'ovule de VEsc/ischoltzia des observations faites récemment par lui, et dont les résultats, tels qu'il les expose, seraient en opposition sous piesque tous les rapports avec les faits énoncés par moi le 8 juin. Me défiant do moi-même, j'ai craint un moment t(ue ma mémoire n'eût été infidèle, ce qui aurait été d'autant plus facile à concevoir que les détails ((u'elle m'avait rappelés au milieu d'ur.e discussion faisaient partie d'un travail général sur l'oiganogénie florale des Papavéïacées, (|ui remon- tait à l'été de \8kk, travail que j'ai négligé de publier ainsi que d'autres du même genre. Je me suis donc empressé de consulter mes croquis origi- naux et j'ai été agréablement surpris en les trouvant de tout point con- formes a la description succincte (jue j'avais donnée de souvenir de l'ovule de VEschscholtzia. Or ces dessins, ({ue j'ai l'iionneur de mettre sous les yeux de la Société tels que je les ai letrouvés, ayant tous été faits à la chambre claire, sans une seule retouche et sans addition du moindre trait, je puis en garantir l'exactitude rigoureuse. Ils sont d'ailleurs assez nom- bieux pour se contrôler en quelque sorte l'un l'autre, et ils présentent, en douze figures, toutes les phases importantes de l'évolution de l'ovule dont il s'agit, depuis le moment où la secondine commence à se montrer sous la forme d'un bourrelet périphérique très peu prononcé, naissant fort au-des- sous du sommet du mamelon nucellaire, jvisqu'à celui où le nucelle est pro- fondément enfermé dans l'ovule, débordé par les bords de l'endostome, sur- tout par ceux de l'exostome fortement épaissis et prolongés. Or je ne crois pas que l'on puisse appliquer au développement de cet ovule l'interprétation de M. Germain de manière à la rendre tant soit peu acceptable, au moins pour ce cas particulier. Comme entre mes obseivations et celles de M. Germain il existe des diffé- rences importantes, je ne crains même pas dédire luie opposition complète, jeprendrai la liberté d'inviter nos collègues a vérifier, dès que la saison le permettra, comment se produisent successivement les différentes parties de l'ovule de V EschschoUzia, afin de reconnaître par eux-mêmes laquelle de nos deux descriptions contradictoires est on harmonie avec les faits. SÉANCE UU 25 .lAMVlKlî 1856. 55 Je ne puis m'empécher d'ajouter que la description donnée par M. Ger- main de la formation de l'ovule chez V Eschscholtzia renferme l'énoncé de faits qu'il m'aurait été difficile d'accepter sans vérification, lors même que je n'aurais pas par-devers moi des observations contraires. Ainsi j'éprouve beaucoup de difficulté à admettre qu'il existe des ovules chez lesquels le nucsile présente encore ■• l'aspect d'une membrane transparente de tissu cellulaire à l'état naissant, tandis que chez laprimiiie et même chez lasecou- dine, les mailles du tissu cellulaire sont déjà très distinctes. -> Je n'ai jamais vu les choses dans cet état chez V Eschscholtzia. D'un autre côté, la « coupe heureuse, » dont parle M. Germain, dans laquelle on voyait les trois « tuniques emboîtées, !e nucelle ne dépassant pas encore la secondine, » me semble être tout simplement la coupe d'un ovule déjà suffisamment avancé dans son développement pour que ses deux téguments, en s'éle- vant, aient débordé le sommet du nucelle. Sur mes dessins on peut voir plusieurs coupes de ce genre dessinées a la chami)re claire et sous le même grossissement, de telle sorte qu'il suffit de les comparer entre elles pour reconnaître que cet enfoncement du nucelle augmente à mesure que l'ovule grandit. Ainsi je maintiens l'exactitude de ce que j'avais dit de sou- venir, dans la séance du 8 juin 1855. M. Germain de Saint-Pierre répond de la manière suivante aux observations de M. Duchartre : Les faits que j'ai exposés à la Société sur le développement de l'ovule de V Eschscholtzia, sont basés sur des observations que M. Duchartre voudra bien me permettre de regarder connue non moins rigoureuses que celles qu'il a pu faire lui-même et qu'il vient d'exposer à son tour. Dans l'ovule de V Eschscholtzia, ainsi que dans les ovules très nombreux de structure ana- logue, le mamelon ovulaire primordial m'a paru être la base de la première tunique (primine); la production et l'épaississement du bord circulaire ou limbe de cette première liinic|ue m'a paru s'opérer en même temps qu'un second mamelon conique (secondine) apparaît à son centre ; ce second ma- melon coni(|ue est bientôt surmonte d'un troisième; les bords du second mamelon s'allongent eu un second bourrelet circulaire (plus mince que celui qui estconslilue par la piimine)à mesure que le troisième mamelon (nucelle) devient visible à son lour ; a aucune épocjue je n'ai vu la primine, la secon- dine, et le luicelle présenter le même dianiètre, jai toujours vu la primine envelopper largement la secondine aussitôt (pu; la secondine devient visible, et la secondine envelopper largement le nucc'lle dès son apparition. Les dernières coupes figurées par M, Duchartre sont, comme il ledit lui-même, des coupes d'ovules déjà avancés chez lesquels les téguments débordent le sommet du nucelle, Ces coupes sont eii effet l'ociles ù obtenir 56 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. sur les ovules de cet âge. J'ai tiguré et décrit, non une coupe d'ovule a cet état, mais à un état beaucoup plus jeune, alors que le nucelle commence à se montrer pour la première fois, et non alors que, après avoir été visible, il est recouvert par les deux téguments externes. Un caractère beaucoup plus important que celui de la dimension ne permet pas de confondre ces deux états : lorsque lasecondine commence à se montrer, et que le nucelle n'est pas encore manifeste, ou commence seulement à se manifester, l'ovule n'est pas encore réfléchi., ou il commence à peine a présenter une tendance à l'obli- quité ; lorsque la secondine et la primine recouvrent le nucelle, après l'avoir dépassé, l'ovule est déjà complètement réfléchi. Ces faits et ces interprétations contradictoires ne sauraient, du reste, être éclairés davantage par une plus longue discussion, et J'invite nos confrères à vouloir bien revoir avec moi ces intéressants phénomènes, aussitôt que le retour de la saison des fleurs pourra nous fournir des ovules. M. Cosson l'ait à la Société la communication suivante: NOTES SUR QUELQUES PLANTES DES ILES CANARIES , par n. E. COI^.SO!^. Heliarthemum Teneiuff.î; Coss. ap. Bourgeau pi. Can. exsicc. (1855). Caulis fruticosus, a basi ramosus, torluosus, 3-/i-decim. longus, cortice fuscescente,?"amiS()ppositis,junioribus villoso-hispidis. Folia ovato-oblonga, plana, obtusiuscula, supra viridia piloso-hispida, subtus incana densiuspu- bescenti-tomentosa, 10-15 millim. longa, 6-10 lata, longiuscule petiolata, petiolo nempe limbi tertiam partem subaequante : stipules demum deciduae, oetiolwn subœquantes vel paulo longiore>, lanceolatœ vel lineari-lanceolatae, villoso-hispidse. Racemi terminales, abbrcviati, laxiusculi, simplices, sub- secundi, 4-12-flori. Bracteœ pedicellis breviores, lineari-lanceolatœ ut et pedicelli cabjcesque villoso-hispidœ. Pedicelli calycem subajquantes, demum patulo-dellexi. Calyx circiter 1 centim. longus, junior et fructifer oùlongus superne attenuatus, sepalis exterioribus angustissimis linearibus sœpius calycem dimidium superantibus , interioribiis oblungo-lanceolatis, sub- i-costatis coslis prominulis viiidibus. Petala lutea, calyce subduplo lon- yiora.Stamina, 20-30, subuniseriata, omnia antherifera, filamentis capilla- ribus. Ovarium ovato-subglobosum , pubescenti-subtomentosum. Stylus ovarium subsequaiis, rectiusculus vix arcuato-ascendens. Ovularecta, pyri- formia, funiculis demum tumido-incrassatis. Capsula calycem dimidium supera)is, cliartacea, subunilocularis, 3-valvis, saepius Zt-8-sperina. Semina suborbiculata , papilloso-asperula , raphe orbata , ad clialnzam micropyla; diametro oppositani iiiserla. Bmbryo in'ra albumen plinatus , l'aJicula SÉANCE DU 25 JANVIER 1856. 57 supera, cotyledonibus p\(\n\s, ovatis, interposito albumine accambentibus, ]). 28" Mail 1855 jam detloridum lectum. In rupestribus dumetosis iusulee Teneriffee, in convalle Ladera de Gui- mar a cl. Bourgeau detectum. \'H. Tcneriffœ, par la tige ligneuse, les feuilles opposées pourvues de stipules, les pétales dépassant longuement le calice, le style un peu arqué, les ovules à funicule épaissi, la capsule subuniloculaire, les graines dépour- vues de raphé et par l'embryon plié, appartient au genre Helianthemuni sect. Euhelianthemum (Dunal — Spacb). — Par le port et la grandeur îles fleurs, il rappelle VH. Broussunetii Dun., dont il est très distinct par l'in- florescence terminale simple, par les jeunes rameaux, les feuilles, les brac- tées, les pedicelles et les sépales velus-hispides, et non pas couverts d'une pubescence blanchâtre courte tomenteuse, et par le style à peine arqué et Don pas genouillé-ascendant a la base, etc. — Tl se distingue des autres espèces de la section par le port, l'inflorescence courte, la longueur des pedicelles, la grandeur des calices, les étanunes moins nombreuses, le style moins arqué, et par le volume de la capsule, etc. Seseli Webbii Coss. ap. Bourgeau pi. Can. exsicc. (1855) n. 1353. — Ferula ? tortuosa Webb Phyt. Can. Il, 161, t. 77. Planta perennis, glabra, caudice crassiusculo, sœpius tortuoso, cortice rugoso in radicem fusiformem terminato, caulem sœpius unicum edente, buperne libris foliorum emarcidorum reli(|uiis destituto. ('aulis 15-50 cen- tim. lougus, ereclus, superne vel a basi divaricato-ramosus, teres, striatus. Folia sœpius flaccida, bi-tripinnatisecta, ssepius ambitu Iriangularia; infe- riora radicaliaque longiuscule petiolata, segmentis primariis longiuscule petiolulatis, divaricatis, segmentis secundariis, divaricatis, utriuque viri- dibus, ovatis vel oblongo-cuneiformibus sœpius incisis vel pinnatipartitis non nunquarn omnibus linearibus vel oblongo-linearibus lobis calloso-mu- crouatis, petiolo subtereti inferne in vaginam dilatato; superiora pinnati- secta vel bipinnatisecta, segmentis linearibus ; exlima saepius fere ad vagi- nam redacta et segmentis paucis praedita. Involucrum oUgophyllum foliolis inseqiialibus, raiius polypliyllum , foliolis lineari-lanceolatis. Umbellœ 9-25-radiatœ, rflrf//s gracilibiis, teretibus, glabris. hivolucel la ^o\yphy\\a, foliolis liberis, lineari-lanceolatis margine membranaceis, umbellula bre- vioribus. Calycis limbus ohsoletus. Petala albido-ochroleuca, oblongo- suborbiculata, in laeinulam inilexam coarctata, subintegra, carina intus alata. Fructus glabcr, ovoideus, sedione transoersali s ubccres ; slylopod'm conica; styli retlexi , demum stylopodia sul)8e(|uantia ; mericarpia 5-juya, jugis secundariis uuïWi,, Jugis elcvatis oassis corticosis distantibus, latera- iibus marginaniibus ; valieculœ l-villa(œ, vittis valleculam rotaiu oblinen- 58 SOCIÉTÉ IJOTANIQUE DE FRANCE. tibus ; commissura 2-vittata. Semen semiteres dorso coiivexum, ventre planiusculum. Carpophorum bipartitum. If. Florens cl fiuctiferum 20" die Juiiii 1855 lectum. Planta hucusque omnino Canariensis, in insulse Teneriffae rupestribus maritimis prope Garachico (Webb, Bourgeau), prope Buenavista (Bour- geau) et in convalle Tamadaya (H. de la Penaiidière , Bourgeau pi. Can, exsicc.). Par la forme du fruit, cette plante n'a aucun rapport avec le genre Ferula; M. Webb n'avait pu hi rattacher avec doute à ce genre, que parce qu'il n'avait à sa disposition que des échantillons en fleur. Elle nous parait appartenir au genre Seseli, car elle en présente tous les principaux carac- tères, tels que le limbe du calice indistinct, les pétales presque entiers, le fruit ovoïde presque cylindrique, les styles réfléchis, les côtes assez épaisses et saillantes, les latérales bordant les méricarpes, les vallécules à un seul canal résinifère, la graine à face interne presque plane, le carpophore bipartit. Kn raison des folioles des involucelles libres, elle doit être classée dans la section Euseseli DC, où elle se place par la couleur des fleurs à côté du S. gracile Waldst. et Kit. CoNvoLvuLus Perraudieri Coss. ap. Bourgeau jo/. Can. exsicc. (1855). Frutex dumosus, ramosissimus, ramis non volubilibus vel rarius volubi- 1 i bus, cor^/cp primum pube brevi densa tomentoso-canescente, demum rufes- cente glabrata, ramis florigeris foliosissimis. Folia alterna vel sparsa, oblongo-lanceolata , acuta vel apiculata , basi cordata ., nervosa nervis /9é'//mc2V/«s subtus prominentibus , inter nervos punctulis pelliœidis desti- tuta, 20-ZiO inillim. longa, 5-10 millim. lata, integerrima, pube brevi tomentosa, juniora canescentia , adulta albido-virentia, breviter petiolata, petiolis crassis ut maxime h millim. longis. Flores numerosi, apice ramo- rum in raeemum foliatum approximati. Pedunculi axillares folio paulo bre- viores, pube tomentosa incani, i-l-ftori, medio 3-/i-bracteoIati, braeteolis linearibus acutis, pube tomentosa incanis. Sepala pubescenti-tomentosa, subfoliacea, subcequalia, 6-9 millim. longa, oblonga vel oblongo-lanceolata, acutiuscula vel apiculata. Corolla calyce subduplo longior, 5-plicata, roseo- lilacina, plicis saturatius coloratis serieeo-villosis, caeterum glabra. Staraina ad basim tubi corollini inseiia faucem paululum excedentia, filamentis inferne glanduloso-pilosis, autheiis lineari-oblongis, subobtusis, basi sagit- tatis. Ovarium di.sco hypogyno cinctum, ovatum apice sensim in stylum acutatum, hirsutum, 2-loculare, loculis 2-ovulatis. Styli 2, erecti quasi la unicum approximati; stigmata stylos continuantes eo.sque longitudine sub- Kiquanles, tereti-fllil'ormia. Capsula ovato-coniea, calyce paulo brevior, chai'tacea, apice piloso-hirsuta, septo demum evanido {subuuilocularis, evaj- SÉAN'CK DU 25 JANVIER 1856. 59 vis, basi irregulariter dehiscens. Sernina 1-k, ovato-oblonga, nigra, grosse tuberculata, testa perispermo mucilaginoso iiiduta. Radiculaacuta, incurva. Cotyledones folinceae, coiuhiplicato-corrugatœ, in lacinias 2 tenues elongatas lineari-oblongas obtiisas divisœ. î). Florens et fructifer 20=" Junii 1855 lectus. In rupestfibus insula', Teneiiffse, in convalle Barranco de Chajana legit amicissimus H. de la Perraudière. Nous avons dédié cette belle plante à notre ami, M. Henri de la Perrau- dière, qui l'a découverte aux des Canaries, et qui nous a secondé avec tant de zèle et de dévouement dans nos explorations de l'Algérie. — Le C. Per- roudieri doit être placé à côté du C fruticidosus Desrouss. (Rhodorrhiza fruticulosaWebb Phyt. Can.), dont il diffère par la pubescence tomenteuse des jeunes rameaux, par les feuilles dépourvues entre les nervures de points transparents, par les pédoncules ordinairement bi-tri-flores et non pas uni- flores, et par les sépales acutiuscules ou apicoles. Trisetum pumilum Kunlb Grain. I, 102, et Enum. pi. I, 297. Coss. et DR. FL Alger, pars 2, 1, 118. — Avenapumila Desf. 1 Atl. I, 103. In insula Teneriffa, in arvis incultis arenosis prope Candclaria (H. de la Perraudière, SO'' Februarii 1855). Cette plante, nouvelle pour les iles Canaries, n'avait encore été obser- vée qu'en Kspagne, en Algérie, en Egypte, en Arabie, en Perse et au Cap de lJonne-Kspéran(;e. M. J. Gay annonce à cette occasion que M. de la Perraudière a trouvé à l'Ile de Fer V Andropogon foveolatiis, Delile, el un Bra- chijpodium analogue aux nôtres, mais dont le mode de végétal ion est très singulier. M. Gay lui a donné le nom de B. Arbnscula. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. PHYSIOLOGIE VÉGÉTALE. Uelier dcu Baai «les Stacrkeiiiehls [sur la structure de la fécule); par M. Th. Hartig {Botan. Zeitung, '28 décembre 1855, n" 52, col. 905-911). Il règne encore aujourd'hui dans la science des opinions très divergentes au sujet du mode de formation des grains de fécule. Les uns, comme MM. Fiitzsche et Schleiden pensent que les couches qu'on y observe le plus souvent se sont déposées sur une partie intérieure qui existait avant elles, taudis que d'autres, MM. Nœgeli, Th. Hartig, Payen, admettent que les couches nouvelles se déposent graduellement à l'intérieur d'une sorte d'en- veloppe composée des couches externes et plus anciennes. M. Hartig croit avoir démontré, dans un travail antérieur, qu'il existe, dès les premiers moments du développement des grains de fécule, une membrane-enveloppe que l'iode colore non en bleu mais en brun, mais dont on ne trouve plus de traces dans le grain tout formé dont toutes les couches bleuissent également sous l'action du même réactif. Pour appuyer cette opinion il rapporte les observations suivantes. Pour s'éclairer sur la structure des grains de fécule il est facile d'en obte- nir des tranches minces en incorporant ces grains dans une solution épaisse de gomme qu'où laisse ensuite sécher. Avec un bon rasoir on enlève des lames minces de la masse solidifiée. Ces lames, mises dans l'eau, laissent à nu et libres des tranches de grains de fécule. Sous l'action du liquide, ce ne sont pas les couches les plus internes du grain qui s'étendent en absor- bant de l'eau; celle qui s'agrandit est une zone voisine de la périphérie qui, en se séparant ainsi des couches internes non modifiées, dessine un anneau très distinct autour de la portion intérieure. Cette couche est regardée par M. Th. Hartig comme analogue au cambium du grain. En peu de temps elle subit également une modification ([ui n'avait pas encore été observée. Sou contour se festonne de manière a foi mer, sur son pourtour, de dix à quarante petits croissants, dont les pointes sont dirigées vers l'extérieur et se pro- longent même assez souvent en forme de tubes. Cette modification curieuse est bien due à l'absorption de l'eau ; car si l'on met les mêmes tranches de grains et de gomme non dans l'eau mais dans l'alcool, le pourtour de la même zone reste uniforme et dessine seulement par une ligne plus nette sa sépai'ation des lignes sous-jacenies. REVUK BIBLIOGI'.AI'HIQLE. Ol Après avoir discuté celte observation et ses consé(|iU'iices, M. Th. Tlartig dit y voii- la preuve (nie les couches superposées qui constituent le grain de fécule se forment au-dessous de la zone cambiale, à partir de l'utricule de ptychode, absolument ccmme les couches d'épaississement des fibres ligneuses et libériennes. Si l'on observe quelquefois deux ou plusieurs grains enfermés dans des couches déposées sur tout leur ensemble, ce fait est dû à une formation de cellules- fil les analogue à ce qu'on voit aussi dans les autres sortes de cellules. Si l'on voit, comme cela se montre fréquemment dans la fécule du fruit du Solanum tuberomm, les couches intérieures fer- mées et les extérieures réduites à ne constituer que des ménisques, l'auteur pense qu'il ne s'ensuit rien de contraire a sa manière de voir. Observations ou tlic Pollen tube, its gro^vtli, liistology, and pliysiolog^y. [Observations sur le tube pollinique, son accroisse- ment, son histologie et sa physiologie) ; par M. P. Martin Duncan. Ce travail a été communiqué à la Société botanique d'Edimbourg, le 10 janvier 1856. L'auteur y expose les résultats des observations qu'il a faites sur le Tigridia conckiflora. Dans cette plante, le style et le stigmate réunis ont au moins 10 centimètres de longueur. Quatorze heures environ après qu'on a fait l'application des grains de pollen sur le stigmate, on peut voir des centaines de boyaux polliniques dans le canal stylaire, un grand nombre dans l'axe de l'ovaire, et généralement un dans chaque micro- pyle. Voici les conclusions que M. Duncan déduit de ses recherches. 1. Le tube pollinique s'accroît à raison de 1 pouce anglais de longueur en quatre heures, et même deux fois i)lus vite dans des circonstances favo- rables, comme sous l'influence d'une forte chaleur accompagnée d'humi- dité. 2. Le tube ou boyau pollinique n'est pas un simple prolongement tubu- leux de la membrane interne (intine) du grain de pollen, excepté jusqu'à une certaine distance. Il est, en réalité, composé de cellules, dont la pre- mière est formée par l'intine, dont la seconde se forme au milieu des cel- lules papilleuses du stigmate, dont la troisième commence près de l'axe du style, et dont les autres se forment à différentes distances. La dernière cel- lule se trouve ordinairement à la place, dans l'ovaire, où le tube perce la paroi ovarienne pour pénétrer dans le canal micropylaire de l'ovule. Chaque cellule est séparée de celle qui est située au-dessus, et de celle qui se trouve au-dessous, par un repli plus ou moins parfait de la paroi cellulaire externe. 3. Le tube pollinique passe à travers le stigmate par l'effet d'un accrois- sement cellulaire régulier. Ensuite, les cellules successives s'ajoutent au tube par un phénomène de division , chacune d'elles remplissant ses fonc- tions de manière indépendante. 6^ SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. U. TI n'existe pas ûe vésicules embryonnaires dans le sac embryonnaire du Tigridia. F.e tube poilini(}uc verse dans le sac son contenu, qui vient se mélanger à celui du sae lui-même, et l'embryon résulte de ce mélange. E^Kpériciiees !«>«ir la végétation cle!s» planteis épipliytes, et coii!ïéc|iieiioc« «liii en découlent relativement à la cul- ture de ces plantes; par M. P. Ducliartre. (Journ. de la Soc. impér. et centr. d'Hortic, cah. de janvier 1856, p. 67-79.) Nous résumerons succinctement la partie physiologique de ce travail, lais- sant de côté les considérations générales présentées par l'auteur relative- ment aux plantes épipliytes, ainsi que tout ce qui se rapporte à la culture de ces plantes. C'est il l'aide de la balance que M. Ducbartre a obtenu les résultats con- signés dans cette note, et ses expériences ont été faites presque toutes dans la serre aux Orcbidées du jaidin des plantes, l.e but qu'il s'est proposé a été de reconnaître, si, comme les physiologistes et les horticulteurs l'admet- tent généralement, les Kpiphytos, fausses-parasites simplement fixées à des écorces d'arbres (|ui ne sont poui- elles qu'un support, se nourrissent prin- cipalement de la vapeur aqueuse répandue dans l'air, et absorbée par leurs feuilles, ainsi que par leurs racines. Pour cela, il a expérimenté séparément sur les feuilles, ensuite sur les lacines, enfin sur des plantes entières pour- vues de racines aériennes et de feuilles. Les sujets de ces observations ont été plusieurs espèces d'Orchidées, deux Broméliacées et le Spironema fra- grans, Lindl., de la famille des Commélynées. 1" Poui' reconnaître, si les feuilles des plantes épiphytes absorbent de la vapeur d'eau dans un air très humide, l'auteur a renfermé sous des clo- ches de verre posées sur l'eau, 1° uiie tige \igoureuse de Dendrobium vioscfmtum avec lU feuilles, 2" une grande feuille d' Angrœciim. Dans l'air très humide de cette cloche , le premier sujet a perdu environ 1/10 de son poids en une semaine, le second environ 1/12 en quinze jours. Une tige d' Epidendi'um elongatum, portant 12 feuilles, a diminué de 1/8 de son poids primitif, en moins d'un mois, suspendue dans l'atmosphère très humide de la serre aux Orchidées. Enfin, sur deux branches vigoureuses et bien feuillées de Spironema frngrans, qui ont été suspendues dans l'aii' humide de la même seire , ayant leur section soigneusement lutée, l'une a perdu environ un tiers de son poids en un mois, l'autre a diminué de près de 1/5 en une semaine. Ainsi, ces diveises plantes, loin d'absorber de l'humidité dans l'air très humide qui les entourait, ont toutes perdu une portion notable de l'eau qu'elles contenaient, comme le prouve leur dimi- nution de poids, 2" Pour vérifier si les racines aériennes des Épipbyles absorbent la vapeur ttEVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 63 d'eau répandue dans l'air, M. Duchartre a disposé un pied de Dendrobium moschatum, de telle sorte que, sa tige feuiilée flottant dans l'air, son fais- ceau de 16 racines aériennes en état parfait, se trouvait seul enfermé dans une cloche qui reposait sur l'eau. Cette plante a perdu 1/5 de son poids en 20 jours. Un autre pied delà même plante a été placé de même, mais sa tige a été supprimée, et elle a été ainsi réduite à un faisceau de 21 racines. En 20 Jours, il a perdu 1/9 de son poids primitif, l.a déperdition a été encore plus forte pour un pied à' Epidendrum elongatum, qui a été suspendu dans la serre à Orchidées, après avoir été réduit à la hase sans feuilles de sa tige, et à un faisceau de 10 helles racines. 3° Les expériences sur des plantes entières ont été tout aussi démonstra- tives. Elles ont porté sur V Epidendrum elongatum, les Oncidium amplia- tum et Lanceanwn, VOrnithidium densiflorum, sur deux Tillandsia. Elles ont été faites toutes dans la serre aux Orchidées. Toutes ces plantes ont perdu notablement de leur poids en peu de temps, lorsqu'elles ont été simplement suspendues au milieu de cette atmosphère très humide. L'auteur conclut de ces trois séries d'observations, que les plantes épiphytes ne puisent de la vapeur d'eau dans l'air qui les entoure ni par leurs feuilles ni par leurs racines. h" Présumant que l'absorption, qui devait nécessairement s'opérer dans les plantes épiphytes, de manière à leur fournir l'eau nécessaire à leur nutrition, devait s'exercer sur l'eau liquide, M. Duchartre a voulu vérifier au moyen de la balance, ce qui avait lieu sous ce rapport. Il a reconnu ainsi que les deux pieds de Dendrobium moschatum, qui avaient beaucoup perdu tant qu'ils avaient eu leurs racines entourées de l'air trè.s humide d'une cloche posée sur l'eau, ont bientôt réparé leurs pertes et même gagné du poids, lorsqu'on a mouillé leurs racines une ou deux fois par jour, en secouant un peu d'eau dans la cloche qui les contenait. Sur \' Epidendruwi elongatum, le Dendrobium nobile, le Brassavola perrina, deux Eria, deux Oncidium, VOrnithidium densiflorum, etc., le Spironema fragrans, il a constaté, qu'il suffisait de mouiller les plantes une fois par jour, en jetant de l'eau sur elles avec une seringue de jardinier, pour les voir, non-seule- ment cesser de perdre, mais encore faire des progrès, augmenter de poids, et développer des racines vigoureuses, ainsi que des bourgeons et des bran- ches feuillées, sans tenir à un corps quelconque et simplement suspendues par un fil de plomb dans l'air de la serre. Il a reconnu (|ue l'accroissement de poids dans les plantes ainsi traitées « s'est montié constamment en rap- port avec les mouillages donnés. Il a été plus fort, lorsqu'on a seringue deux fois par jour, que lorsqu'on l'a fait une seule fois, et il a été suspendu, dès que la plante n'a plus reçu d'eau momentanément, pour reprendre lorsqu'on a recommencé de mouiller. » La conséquence générale, déduite de ces expériences, est que, dans leur 64 SOCIÉTÉ HOTANIQUE DE FRANCE. pays natnl, les plantes épiphyles n'absorbant pas l'iuimidité en vapeur répandue dans l'air, ont nécessairement besoin, pour se nourrir, de l'eau des pluies et des rosées ; ((ue, d'un autre côté, la lirande burnidité qu'on entrelient par tous les moyens po'^sibIes dans les serres où on les cultive, ne contribue en rien à leur nutrition, n'agit qu'en diminuant leur transpi- ration, et qu'il est indispensable de les mouiller pour leur fournir l'eau nécessaire à leur végétation. 'O'- Ueber ^vaessrîgc Ausselieidiingen €l«rcli dîo PAanzeii- Ijlaetter {Sur les sécrétions aqueuses effectuées par les feuilles des plantes); par M. Tli. Hartig. [Botan. Zeitung du 28 décembre 1855, n" 52, col. 911-913.) On a remarqué depuis longtemps la présence de gouttes d'eau à l'extré- mité des feuilles des Graminées, au bout des dents ou des lobes de feuilles plus larges. Les uns y ont vu des gouttes de rosée; d'autres, observant la situation régulière de ces gouttes, ont vu dans leur production un pbéno- mène pbysiologique. M. Tb. Hartig pense que la formation de ce liquide est la conséquence d'une suspension de l'assimilation par l'effet du manque de lumière, et qu'elle est analogue à la sécrétion de l'acide carbonique pen- dant la nuit. Voici une observation rapportée par lui à l'appui de cette opinion. Dans une caisse couverte d'une clocbe de verre, dans laquelle étaient plantées des boutures, il s'est développé accidentellement, l'été dernier, un pied de Pissenlit, dont les feuilles présentaient chaque matin une gouttelette liquide à l'extrémité de leurs lobes aigus. Les gouttelettes essuyées ne se renouvelaient plus pendant le jour, bien que l'air renfermé sous la cloche restât constamment saturé d'bumidité. Ce n'était que entrée et 6 heures de l'après-midi, d'autant plus tôt que le ciel était plus nuageux, que cette sécrétion se renouvelait ; elle persistait ensuite toute la nuit jusqu'au len- demain matin. Si l'on ne mettait pas la cloche en place, ces gouttes d'eau ne se formaient jamais, pendant la nuit, d'où il était naturel de conclure qu'un air saturé d'humidité était absolument nécessaire pour leur produc- tion. Les élévations et les abaissements de température autour de la clocbe n'avaient aucune influence sur la production des gouttes, pas plus le jour que la nuit. Au contraire, on les voyait apparaître instantanément et abon- damment, même au milieu du jour, dès que la cloche était posée, et que la plante était transportée à l'obscurité. Il était intéressant de reconnaître la nature de ce fluide sécrété, autant qu'il était possible de le faire sur la quantité extrêmement faible sur laquelle on pouvait agir. En en faisant évaporer une centaine de gouttes sur une petite lame de verre, M. Th. Hartig a obtenu un résidu très UEVUE BIBLIOGRAI'HIQUK. 65 peu abonfliint, incolore, visqueux, dan.s lequel se montraient de petits faisceaux de cristaux acieulaires. La partie non cristallisée de ce résidu brunissait, lorsqu'on la cliauffait sur la llamme de l'alcool, indiquant ainsi qu'elle renfermait des matières organiques. M. Th. Hartig voit dans cette composition la preuve que ces gouttelettes liquides sont tout auire chose que la matière aqueuse de la transpiration, et qu'elles consistent dans un suc végétal non élaboré en raison de la privation de lumière, et exsudé par suite d'un trop-plein. Moticc of tlie flowcriiig of Affttve ntnet'ieatMt {Note sur la floraison de \'Aiiti\e americana) ; par M. Joseph Lister. La note de M. Lister a été com;iiuniquée à la Société botanique d'Edim- bourg, le 10 janvier 1856. On en trouve un résumé dans The Annals and Magazine ofnatural histû?'y, cahier de mars 1856, vol. 17, p. 28^, En 1855, un Agave, âgé de cinquante ans au moins, fleurit, et ensuite on vit apparaître, au-dessus de la terre, un petit jet, ((ui, au lieu d'être une reproduction en miniature de la plante-mère, ne portait pas de feuilles, mais bien deux fleurs semblables à celles que la tige centrale avait portées quelques mois auparavant. Ce jet consistait en une branche souterraine suc- culente, longue d'environ 10 pouces, reliée à la portion enterrée de la plante-mère. On remarqua également qu'environ une douzaine d'autres jets percèrent la terre, et que chacun d'eux était terminé par des bourgeons d'un vert pâle, dont deux, disséqués par l'auteur, lui présentèrent des fleurs rudimentaires dans leur intérieur. Ainsi, dit AL Lister, tout cet Agave paraît avoir eu une tendance remarquable à fleurir; la partie de la plante, placée hors de terre, ayant développé une tige chargée d'une multitude de fleurs, sa portion souterraine, au lieu d'émettre quelques jets terminés par des bourgeons foliacés, a produit une douzaine ou plus de jets termines par des boutons de fleurs et dépourvus de feuilles. iMorpliolog;ic des Vi'UcibulMtn vutgnt'c, Tulasne {Morpkoloyie É?M Crucibulum vulgare, Tulas.);par i\L .Tulius Sachs, de Prague. [Botan. Zeitung du 30 novembre et du 7 décembre 185 j, no» h^ et ^9, col. 833-845, 849-861 ; plan. XIII et XIV.) Les résultats des observations nombreuses consignées dans le mémoire de M. .lulius Sac'ns sont résumés par lui dans trente propositions que nous reproduirons en les abrégeant autant que nous le pourrons. 1. Le Crucibulum vulgare, Tulas. , naît d'un très petit mycélium flocon- neux, blanc; le lacis central dis filaments de ce mycélium se change en gleba. — 2. La périphérie de la gleba se recouvre aussitôt de lilaments jaunes, ramifiés en arabesques ; dans la zone inférieure se sont formés des T. m. 5 66 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, filaments rayonnes ; t-n même temps les restes périphériques du petit mycé- lium disparaissent. — 3. Tout ee qui naît encore dans le Champignon doit sou oiiginea la jeune gleba. — h. Celle-ci devient ovoïde par l'effet d'un centre végétatif situé au-dessous du centre de sa première forme globuleuse. Aloi's apparaissent des filaments bruns, radiaux, nés de sa périphérie qui s'agran- dit; ils représentent l'utérus. — 5. Cet utérus présente deux couches con- centriques dont l'extérieure est lepéridium externe, dont l'autre donnera au Champignon la forme cylindrique qu'il aura plus tard. — 6. Dans la gleba, le tissu primordial devient mucilagineux. — 7. Par là lepéridium interne se trouve distingué pour la première fois du reste du tissu de la gleba. — 8. A l'intérieur de la gleba les points de transformation mucilagineuse s'offrent dans une couche parallèle au péridium et du bas vers le haut. — 9. Cette transformation procède de l'extérieur vers l'intérieur et laisse autour de chaque point mucilagineux un globale creux de tissu primordial resté intact. — 10. Ce sont là les jeunes sporanges, qui ont un funicule épargné de la même manière. — 11. Chaque funicule est entouré d'une poche qui se résout plus tard en mucilage. — 12. Dans le sporange lui-même se présente un second point muciiauineux situé au point d'insertion du funicule. — 13. Les parties de la moelle primordiale qui ne se résolvent pas en mucilage, savoir les sporanges, les funicules et le péridium interne continuent à se dé- velopper chacun selon une marche a lui propre. — ih. L'accroissement du péridium fait grossir le Chan)pignon ; celui du funicule fait tordre celui-ci en spirale; celui du sporange agrandit sa cavité. — 15. De la paroi interne du sporange naissent de bonne heure les paraphyses ; les hasides viennent plus tard s'insinuer entre celles-ci ; les unes et les autres doivent leur- ori- gine à des branches de filaments situés sur la paroi interne du sporange. — 16. L'enveloppe externe du sporange doit son origine aux filaments mu- queux qui se pressent autour de sa périphérie. — 17. Les spoi-es proviennent de petites verrues nées sur la membrane des hasides. — 18. I>es hasides s'ouvrent après la chute des spoi'es. — 19. Toutes les parties du Champignon consistent en branches des filaments qui forment la moelle primordiale de la gleba^ lesquelles prennent difféientes propriétés dans les différentes régions. — 20. Les régions où des branches homologues de ces filaments s'unissent constituent des tissus homogènes.— 21. Le Ijssu dg Champignon est formé de couches concentriques. Le tissu de l'utérus est une nouvelle formation proveuue de la périphérie de la gleba; le péridium inteine est simplement une partie périphérique de la moelle primordiale — 22. Le tissu du sporange est également en couches concentriques : sa couche primaire est un reste de la moelle primordiale; la couche de basides est une forma- tion nouvelle qui en est issue ; l'enveloppe externe appartient au tissu muci- lagineux. — 23. Le péridium intei'ne renferme les branches-mères de tous les filaments qui rayoïuient, a partir d'elle, vers l'extérieur et vers l'inté- t RKVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 67 rieur. — 2/4. Les élésnents des spornnges sont des branches immédiates des filaments muqueiix provcnus du péridium. Les éléments du funieule prQvie)|iieiit directement de cp dernier, aussi bien que ceux du sac funi- culaire. — 25. Les lilfts iiiuqueux forment outre les sporanges des sortes de MUirs tout percés , d'où la gleba tout entière est creusée d'un grand nombre de petits vides. — 26. Parmi les parties du cliampignon on doit distinguer celles de nouvelle formation (péridium externe, filaments en arabesques, couche de basides), celles qui résultent simplement de modifi- cations de la masi^e fondamentale ou moelle primordiale (sporange propre- n^ent dit, fui)i,cule, péridium interne), celles que distingue uniquement la direction et non pas la nature des filaments (par exemple: sac funiculaire), enfin celles qui sont spécialisées par la direction des filamenls et plus tard par leur modification physique (enveloppe exterae du sporange). — 27. Le d^âyeloppement du Crucibulum est donc surtout centripète par couches con- centriques. — 28. Les org.'ines produits par simple modification des tissus diffèrent essentiellement de ceux qui résultent d'une formation nouvelle. Ceux-ci sont des eouglomérats de formes semblables; ceux-là consistent en cellules rattachées entre elles par leur affinité et par leur dérivation d'une cellule-mère commune. — 29. Les filaments qui composent tout le Cruci- bulum ne peuvent être nommés filaments cellulaires, ni files de cellules. — 30. Les cloisons ne méritent pas ce nom pris dans son acception ordinaire ; les cavités qu'elles circonscrivent sont de simples vacuoles formés par sépa- ration entre une substance extérieure solide et une intérieure fluide. Sui* une anoiiiallc v«^'gétalo reiuarqnée sur nu Hêtre; par M. Pissoi. [Jûurn. de la Soc. im/jér. et centr. d'Hurtic. ; cah. de ^evr. 1856, p. 106-107.) Les Hêtres, dont il est question dans cette noie, croissent dans la forêt de Verzy,pres de Reims, département de la Marne, sur une étendue de plu- sieurs hectares, dans un sol calcaire, un peu argileux et tiès ferrugineux, au milieu d'autres Hêtres qui ne présentent lien d'anormal. Leur confor- mation est très singulière, et leur mode de développement des plus bizarres. Dans tous, le tronc, au lieu de s'élever verticalement, se contourne dans tous les sens; puis, à la haujleur de 2 ou 3 mèjres, il émet un très grand nombre de brafiches extrêmement flexueuses et contournées, repliées plu- sieurs fois sur elles-mêmes, qui se greffent même entre elles par approche, et qui forment un ensemble des plus irréguliers. « On dirait, selon les expres- sions de l'auteur, que, lorsque l'arbre a été assez élevé, un poids énorme §'ei>t abattu sur sa tête et l'a littéralement aplati. » Ces arbres, si singu- Jièrement confoiniés, se distinguent, en outre, par la facilité lemarquable avec laquelle ils se greffent par approche, lorsque leurs llexuosités en met- 08 SOCIÉTii BOTANIQUE DE FRANCE. tent les parties en contact les unes avec les autres; ainsi, le tronc de quel- ques-uns est forme par la réunion de deux ou même de trois brins difie- rents. Les extrémités des branches sont pendantes, et, lorsqu'elles touchent la terre, elles s'y enracinent facilement. Le développement de ces arbres est extrêmement lent; M. Pissot en cite un qui n'a pas plus de 2"', 50 de dia- mètre, et qui se trouve déjà désigné connue arbre de ligne de coupe dans un titre du xtv* siècle. Les lacines paraissent avoir une disposition ana- logue à celle des branches. On a fait, il y a quelques années, des semis de faînes de ces Hêtres ; mais, jusqu'à ce joui', les jeunes pieds, auxquels elles ont donné naissa.ice, n'of- frent pas la disposition tourmentée qui distingue leurs parents. Alinoriiic Bilcluiigeu {Formations anomales); par M. D. F. L. de Schlechtendal. [Botan. Zeitiing, du 2 novembre 1855, n" Utx, coL 769- 771.) Cette note renferme U observations différentes. 1. Disposition particulière de chatons de Saule. Un Salix fragilis présentait ses chatons femelles au bout de jets très vigoureux, de la hauteur d'un homme. Les feuilles cessaient dans le haut brusquement, sans que les supérieures fussent devenues plus petites, et toutes avaient leurs stipules. Après les feuilles venait le chaton, dont les écailles inférieures étaient pour la plupart un peu écartées, et reposaient sur une bractée plus grande, semblable aux supérieures pour la forme et la couleur pâle, mais qui, en outre, était accompagnée généralement de deux petites stipules vertes. Le chaton n'avait, d'ailleurs, rien de remar- quable, a cela près. Sur les feuilles, la base formait souvent deux petites oreillettes lancéolées, pourvues chacune d'une paire de dentelures, et entre lesquelles se trouvaient quelquefois sur la face supérieure, à côté de la côte, deux corps glanduleux courts, verts, cylindriques. L'auteur se demande, si ces deux oreillettes basilaires n'étaient pas formées par une dilatation des dents inférieures de la feuille. 2. Fruits d'Erables. Sur les mêmes pieds A'Acerplaianoides, parmi beaucoup de fruits nor- maux, M. de Schlechtendal en a trouvé quelques-uns à 3 ailes et 3 loges fréquemment stériles. Ces 3 loges étaient normales, égales entre elles, pla- cées symétriquement sur l'axe, ou bien une ou deux ailes étaient plus courtes, ou bien encore 2 faisaient entre elles un angle aigu, et la troisième partageait ensuite l'espace restant. — Sur des fruits d'Acer Pseudoplatanus, il existait h loges et U ailes, non sur un même plan, mais dont deux croi- saient la première paire et se trouvaient à un niveau un peu plus haut. # REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 69 Une même grappe contenait des fruits, les uns normaux, les autres anor- maux. 3. Streptocarptis Hexii, Lindl. Dans une serre du jardin botanique de Halle, l'auteur a observe parmi les fleurs ordinaires de cette plante, une fleur tout à fait régulière de forme et de coloration, qui avait ses lobes en préfloraison valvaire. Les 5 lobes de la corolle étaient dressés, obtus, échancrés, et marqués chacun de trois lignes d'un violet foncé, qu'on n'observe, dans les fleurs ordinaires, que sur le lobe moyen de la lèvre inférieure. 5 etamines alternaient régulière- ment avec ces lobes. On espérait semer les graines données par cette fleur péloriée ; mais elle ne produisit pas de fruit. h. Plilox Di'ummondii, Hook. Kn novembre 1853, M. de Schlechtendnl a observé des fleurs de cette plante, dont la corolle, deverue verte, avait son tube ou de la longueur du calice ou plus court, tandis ((u'il est plus long dniis les corolles colorées ordiuaires; les lobes de ces corolles vertes étaient aigus; les etamines n'avaient pas de pollen; le pistil avait son ovaiie aussi long f|ue la corolle, surmonté d'un style avec ses trois stigmates longuement saillants, ou bien, au contraire, il était rudimentaire avec un style très court. BOTANIQUE DESCRIPTIVE. .Supplément à la Flore géiiéraïe «le Belgique: par le doc- teur C. Mathieu. Additions, observations, corrections. Broch. in-S" de 43 pages. Bruxelles, Gand, Leipzig ; 1855. Les espèces signalées dans ce supplément sont au nombre de 334, dont 61 sont des Phanérogames. La plupart sont donc des Cryptogames. Dans l'une et l'autre de ces catégories, plusieurs sont mentionnées, et, par suite, caractérisées pour la première fois ; les antres ne ligurent qu'en raison des localités nouvelles où elles ont été trouvées. M. Mathieu a joint à sa liste le relevé des espèces qui ont été signalées pour la première fois dans la Flore de Namur de M. Bellynck, et qu'il n'a pas eu occasion de voir lui-même. Ce relevé comprend 19 noms d'espèces ou de variétés. Die Ci^efaesskryptos:aiiien «les (iii*0!S!ur la vég:étatiou «lu plateau central u'aient très peu modifié la situation financière de la Société, telle que nous vous l'avons fait connaître, si nous avions pu les comprendre régu- lièrement dans notre vérification. Nous mettons sous vos yeux en deux tableaux les recettes et les dépenses par chapitres ou par nature. Recettes. M. de l'Hervilliers. 8 cotisations arriérées de 185/i 160 » 109 — pour 1855, à 30 fr 3270 » Sommes payées à vie 600 » Vente du Bulletin 76 » Soldes, à comptes, recettes imprévues, intérêts . 87 » M. Laudy 2 cotisations arriérées àO » 31 — pour 1855, à 30 fr 930 » Vente du Bulletin ; 32 « Soldes, à comptes, recettes imprévues, intérêts . ZiO >> M. Fr. Delessert . 3 cotisations arriérées 60 » 32 — pour 1855, à 30 fr 960 » 1 — — 26 « 1 — — 29 07 V^ente du Bulletin liO » Total des recelics Fr. 6350 07 Il résulte du tableau que 13 cotisations sur les 21 à recouvrer sur l'exercice de 1854 ont été encaissées,— Pour l'année 1855, 174 membres seulement sont portés comme SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. Sf ayant acquitté la cotisation, quoique le nombre en soit plus considérable, parce que nous n'avons pu y comprendre ceux dont les cotisations n'ont été remises à M. le Tréso- rier par notre agent qu'en janvier seulement. Dépenses. Notes de l'imprimeur 760 25 Revue bibliographique 694 80 Port du Bulletin 21Zi û5 Mobilier, ports de lettres et de brochures 100 50 Chauffage, éclairage 185 75 Gages du garçon de bureau 150 » Fr. 2105 75 La nécessité et la modestie de chacun des articles les justifient suffisamment. Nous rappellerons seulement qu'une partie des dépenses, ainsi que nous l'avons dit, pour les raisons énoncées, n'a pu trouver place ici. Tels ont été les faits accomplis pendant l'année 1855 ; nous croirions faire un double emploi avec les communications que va vous faire M. le Trésorier et empiéter en quelque sorte sur son domaine, en vous énonçant les res- sources probables du budget de 1856, si nous entrions ici dans des dévelop- pements inutiles pour la vérification des comptes, sur le mouvement du personnel, sur la recelte des cotisations des deux années précédentes. Il nous semble résulter avec évidence de notre rapport, que la Société Botanique de France est dans une position telle qu'il lui est permis de penser qu'elle rem- plira ses engagements pour le présent comme pour l'avenir, pour le plus grand avantage des amis de la science. Avant de terminer et de vous demander l'approbation des comptes de 1855, nous croirions manquer à vos inspirations, si nous n'ajoutions à cette conclusion indispensable, le témoignage de votre gratitude pour les soins éclairés de M. François Delessert, et pour la généreuse obligeance dont il nous a donné tant de preuves depuis qu'il a consenti à accepter les fonc- tions plus laborieuses qu'honorifiques de Trésorier de la Société. Paris, le 8 février 1856. Les membres de la Commission, A. Passv, ^yEDDELL, DE Bouis, rapporteur. Les conclusions de ce rapport sont adoptées par la Société. M. de Schœnefeld donne lecture du rapport de la commission des archives, chargée de vérifier la gestion de M. l'archiviste. Ce rapport est ainsi conçu : 88 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. RAPPORT DE LA COMMISSION DES ARCHIVES. Messieurs, La bibliothèque de la Société est encore si peu considérable que la tâche de voire commission des archives a pu rapidement s'accomplir et que le rapport qu'elle doit vous présenter sera nécessairement d'une extrême brièveté. Nous sommes heureux de vous annoncer que nous avons trouvé dans un ordre parfait tout ce que le règlement appelle les propriétés de la Société, et nous devons signaler à votre reconnaissance le zèle éclairé et le soin minutieux de votre excellent archiviste, à la garde duquel ces propriétés sont confiées. Le Bulletin vous fait connaître avec régularité les livres et brochures dont s'enrichit journellement votre bibliothèque, maintenant petite encore, mais qui ne tardera pas à acquérir une véritable importance et dans laquelle brille au premier rang la précieuse collection des Annales des sciences naturelles que vous devez à la libéralité de M. Ad. Brongniart. Elle est disposée de telle sorte que dès ce jour elle peut être accessible à ceux de MM. les Membres qui auraient besoin de la consulter, et auxquels elle est ouverte les lundis, mercredis et vendredis, de une à cinq heures. L'armoire qui contient les livres étant déjà remplie, on fera incessamment l'acquisition d'un nouveau meuble, dont les dimensions permettront d'y placer les ouvrages du plus grand format. Les registres que M. l'Archiviste a établis et qui sont tous constamment à jour, sont les suivants : 1° Un registre d'entrée de tous les livres et objets qui sont donnés à la Société, par ordre de réception. 2° Un catalogue de la bibliothèque par ordre alphabétique des noms d'auteurs. 3" Un registre pour les prêts, où ceux des membres qui, d'après le règle- ment, ont le droit d'emporter des livres, doivent apposer leur signature. W Un registre des manuscrits. Ces manuscrits sont encore tous, pour le moment, déposés chez votre ancien secrétaire, qui continue, en qualité de secrétaire de la commission du Bulletin, à diriger, avec vos secrétaires actuels, la publication des comptes-rendus de vos séances, et qui a souvent besoin de consulter les originaux des communications. Néanmoins les manuscrits de 185^ seront prochainement remis entre les mains de M. l'Archiviste et constitueront le commencement des archives proprement dites. Quant aux exemplaires du Bulletin, voici le nombre de ceux qui restent encore actuellement dans votre magasin : SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 89 185a. N"' 1. 68 brochés ; 260 non brochés. 2. I\k — 276 — 3. Zl6 — 263 — • h. Ixl — 267 — 5. Zi6 — 265 — 6. 50 — 260 — 7. 51 — - 266 1855. N" 1. 31 brochés ; 250 non brochés. 2. 35 - 250 3. 36 - 250 Ix. 37 - 250 5. 38 - 250 6. 37 - 250 7. 37 - 250 8. /i2 - 250 9. Ui " 250 La fondation et l'entretien d'un herbier, présentant de grandes difficultés et entraînant des frais considérables, n'ont pas été jusqu'à pi'ésent, vous le savez, dans les intentions de la Société. Aussi le chiffre des plantes qui vous ont été envoyées est-il très peu élevé. Néanmoins vous en avez reçu quelques- unes à l'appui des communications qui vous ont été faites. Elles sont soigneu- sement gardées, et si leur nombre s'accroit, votre Conseil décidera de la destination qui pourra leur être donnée. La commision vous propose, Messieurs, de voter des remerciements à M. l'Archiviste pour le dévouement et l'exactitude avec lesquels il remplitses utiles fonctions. Paris, le 8 février 1856. Les membres de la commission, J. Gay, Germain de Saint-Pierre, W. de Schcenefeld, rapportew. Les conclusions de ce rapport sont adoptées par la Société. M. le Président, au nom de M. François Delessert, trésorier, em- pêché d'assister à la séance, présente le projet de budget des recettes et dépenses de la Société pour l'exercice 1856. 90 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. PROJET DE BUDGET POUR 1856. Recettes présumées. Cotisations de l'année 1856 (300 membres paj^Tnt chacun une somme de 30 francs. Le nombre des membres s'élevait au 1" janvier 1856 à 283) 9000 Cotisations anticipées 60 Vente du Bulletin IkO Intérêts des sommes placées 200 Total de la recette. . . Fr. 9/i00 Dépenses. 1" Dépenses fixes. Loyer de la salle des séances ZiOO Traitement de l'agent comptable 500 Gages du garçon de bureau 200 2° Dépenses variables. Frais de chauffage et éclairage 250 Frais de bureau 150 Ports de lettres, affranchissement de circulaires 200 Impressions de lettres d'avis, circulaires, etc ^ 200 Menus frais mobiliers 50 Dépenses diverses pour la bibliothèque 50 Frais de mandats encaissés 20 Impression du Bulletin, Il n"' à ^00 fr. environ ^i500 Brochage, satinage, etc 180 Revue bibliographique 1200 Port du Bulletin 400 Dépenses imprévues 300 Total de la dépense . . Fr. 8600 Excédant de recette présumé pour 1856 800 Total égal a la recette. . Fr. 9/iOO » La Société arrête son budget pour 1856, conformément au projet ci-dessus. M. de Schœnefeld, secrétaire de la commission du Bulletin, fait à la Société la communication suivante , au nom de ladite com- flîission : SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856, 91 Messieurs, Votre Bureau a reçu récemment quelques réclamations relatives à la publication du Bulletin de la Société. Plusieurs de nos honorables confrères se plaignent qu'un laps de temps trop long sépare la lecture et la publication des communications qui vous sont faites ou adressées. Ces plaintes ont été transmises à votre commission du Bulletin qui les a examinées avec l'attention qu'elles méritaient. Malgré l'exagération dont quelques-unes d'entre elles sont empreintes, nous devons reconnaître que ces réclamations ne sont pas sans fondement, et qu'il est regrettable sous plus d'un rapport que les procès-verbaux de nos séances ne soient pas plus rapidement livrés à la publicité. Le retard actuel dont on se plaint provient de plusieurs causes, parmi lesquelles nous mentionnerons : 1° L'inexactitude de quelques-uns des auteurs des communications, qui nous font souvent attendre leurs manuscrits, inexactitude qui, notamment en décembre 1854, a occasionné un arrêt de près d'un mois et retardé d'au- tant chacun des numéros de 1855. 2° Le dédoublement en deux numéros successifs du compte-rendu des séances d'avril 1855, dédoublement motivé par l'abondance des matières et qui a amené un nouveau retard d'un mois. 3° F^'intercalation d'une session extraordinaire, dont les trois séances ont été aussi chargées que nos séances ordinaires, et dont l'impression a duré cinq semaines. Ces mois de retard n'ont pu être regagnés à la fin de l'année dernière, à cause de la quantité de matériaux à publier; car, et c'est là ce dont jus- qu'ici personne ne s'est plaint, le volume de 1855, au lieu de contenir une trentaine de feuilles d'impression, ainsi que le prescrit l'art. 52 du règle- ment, en contiendra plus de 50. En outre la bonne exécution et surtout la correction du Bulletin, que tout le monde se plaît à reconnaître, com- pensent jusqu'à un certain point, ce nous semble, la lenteur de notre publi- cation. Vous devez comprendre. Messieurs, que, quel que soit notre bon vouloir, il nous est impossible de nous remettre à jour immédiatement. Cependant, grâce aux vacances passées, nous sommes dès aujourd'hui en mesure de publier nos séances, non plus au bout de cinq mois comme cela est arrivé en dernier lieu, mais au bout de moins de trois mois, car le compte-rendu des séances des 9 et 23 novembre sera distribué dans peu de jours. Ce délai est encore beaucoup trop long, nous le reconnaissons, et nous nous efforcerons de le réduire successivement de telle façon que, dans quelques mois, nous parvenions à mettre sous presse nos procès-verbaux dès le len- demain du jour de leur adoption. 92 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Mais, pour que nous puissions arriver à ce résultat, il faut absolument que nos efforts soient secondés par l'obligeant empressement des auteurs des communications. Nous espérons qu'ils voudront bien nous faciliter Taccom- plissement de notre tâche, en ne jamais manquant de nous remettre leurs manuscrits au terme fixé par le règlement. Jusqu'ici, ainsi que nous avons déjà eu le regret de le dire, leur empressement n'a pas toujours été tel que nous l'aurions désiré, et le défaut d'exactitude de quelques-uns d'entre eux n'a pas peu contribué aux retards qu'a éprouvés la publication de notre Bulletin. En effet, Messieurs, il ne suffit pas que les manuscrits nous soient remis deux ou trois jours avant le moment où l'on suppose qu'ils seront livrés à l'impression. Pour qu'ils nous parviennent réellement en temps utile, il est nécessaire qu'on nous les remette beaucoup plus tôt, car ils doivent être préalablement soumis à la commission du Bulletin qui ne se réunit qu'une fois par semaine et qui a besoin d'un certain temps pour les examiner. Souvent d'ailleurs leur étendue ou leur rédaction exigent des modiiications et amènent ainsi des pourparlers ou des échanges de lettres qui font perdre plusieurs jours et parfois une semaine entière. Or il est de notre devoir, dans l'intérêt bien compris de la Société, d'éviter à l'avenir que notre publication soit ainsi entravée. Nous prions donc très instamment tous nos honorables confrères de vouloir bien nous remettre autant que possible séance tenante les manuscrits de leurs communications, ou tout au moins de se conformer à l'article 56 du règlement, prescrivant la remise de ces manuscrits dans la semaine qui suit la séance dans laquelle les communications ont été faites. Il est indispensable que cet article soit dorénavant strictement exécuté. La commission est décidée à y tenir la main, et se verra dans la pénible nécessité d'ajourner la publication de tous les manuscrits qui ne lui seront pas livrés dans le délai de huit jours, fixé désormais d'une manière inva- riable. Paris, le 6 février 1856. Au nom de la commission du Bulletin, A. Lasègue, président, W. de Schœnefeld, secrétaire, MM. les Secrétaires donnent lecture des communications suivantes, adressées à la Société : NOTE SUR UNE ESPÈCE NOUVELLE DU GENRE ORCHIS { Orchis Marttinii, Nob.), par M. TITIBAL.-LjlGRAYe. (Toulouse, 2 février 185G.) Fleurs nombreuses, grandes, en épi ovale compacte, d'un rouge terne ylneux mêlé de brun etdc verdâtre, morfores; bractées linéaires-lancéolées. SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856, 93 les inférieures aussi lonj^ues que les fleurs, les supérieures égalant l'ovaire, le dépassant quelquefois; divisions supérieures du périantlie en casque, ovales acuminées, libres au sommet; labelluoi tripartit, pourpre brun, velu et velouté en dessus, les divisions latérales jj/ms larges, égalant celle du milieu qui est plus petite, lancéolée, obtuse; éperon obtus, très large, blanc, pellucide, ne diminuant de largeur que vers son extrémité, où il se recourbe brusquement ; feuilles lancéolées, larges, obtuses; tubercules radi- caux indivis. Il a été trouvé le 13 juillet 185i, dans une prairie alpine, près du village d'IIrbania (Pyrénées-Orientales), par M. de Martrin-Donos; il est probable qu'on le trouvera ailleurs dans la même région. Il diffère de VOrchis coriophora, L., par ses fleurs en épi ovale, très dense, d'une coloration particulière, inodores, du double plus grandes; par ses bractées plus longues, par son casque plus longuement ovale, à divisions aiguës, libres au sommet; par son éperon large, blanc, pellucide, et recourbé brusquement au sommet; enfin par ses feuilles plus larges, obtuses. De VOrchis fragrans. Poil., par ses fleurs plus grandes en épi plus com- pacte, différemment colorées, inodores; par son casque plus large, à divi- sions libres au sommet ; par son éperon blanc, pellucide, recourbé au sommet seulement ; par ses feuilles plus larges, obtuses. VOrchis Martrinii, Nob. , est bien plus distinct de ces deux plantes qu'elles ne le sont entre elles; le port, le faciès plus bas et plus trapu, distinguent parfaitement notre espèce à première vue. M. Cosson fait remarquer que VOrchis fragrans^ Poil., est une plante très polymorphe; ainsi M. Bourgeau a recueilli en Espagne des éclianlillons qui, par la forme de leur épi et surtout par la largeur excessive de l'éperon, semblaient très distincts de Y Orchis fragrans type, mais qui, pourtant, s'y rattachaient par des formes intermé- diaires. M. Cosson, à l'exemple de M. Reichenbach fils, et de même que MM. Grenier et Godron , réunit VOrchis fragrans , Poil., à VOrchis coriophora comme simple variété. NOTE SUR LA GERMINATION DU TUll?X GESNERIANA, par M. J.-O. FABRE. (Avignon, 27 janvier 185(3.) Nous devons à M. Germain de Saint-Pierre des observations d'un grand intérêt sur la germination des Tulipes (1). A l'appui de la théorie de l'indi- vidualité des feuilles, théorie que je suis loin de combattre, l'auteur a (i) Voyez le Bullelin, t. II, p. 159. 9 A SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. aononcé avoir constaté dans le Tulipa Gesneriana des faits si exceptionnels que, malgré ma profonde confiance dans l'IiabiietédeM. Germain de Saint- Pierre, Je n'ai pu m'empèciier de douter et d'examiner à mon tour la jeune plante prétendue privée d'axe et de gemmule, et dont la feuille cotylédo- naire donne elle-même naissance au bourgeon primordial. J'ai donc semé des graines de Tulipe dès que j'ai pu m'en procurer de mûres, c'est-à-dire au mois d'août, et ce n'est que maintenant, en janvier, que la germination est assez avancée pour me permettre enfin d'observer la plantule litigieuse. Parmi ces jeunes plantes, les unes commencent à sortir des téguments de la graine, et ont 2 centimètres au plus de longueur ; les autres ont achevé leur germination et mesurent une longueur de 1 décimètre environ. J'ai donc sous les yeux, à peu de chose près, les divers degrés de dévelop- pement décrits par M. Germain de Saint-Pierre; et cependant l'examen de ces plantes me met en contradiction bien involontaire avec ce savant obser- vateur. Je trouve, en effet, dans les plantules qui commencent à se dégager des enveloppes de la graine, une radicule parfaitement distincte par son dia- mètre, par son aspect, et nettement séparée de la feuille cotylédonaire. Je trouve a la base de cette feuille un léger mamelon qui, fendu dans le sens de la longueur de la plante, laisse voir une saillie conique noyée dans les tissus ambiants, et d'une telle exiguïté qu'il faut une excellente loupe pour l'apercevoir. Je reconnais enfin que cet organe délicat repose sur un tissu cellulaire très fin et serré. Tout cela peut plus aisément encore se constater dans les plantules dont le mamelon a un peu grossi sans former encore un éperon bien prononcé. Je n'ai pu parvenir à dédoubler cette saillie conique et à m' assurer si elle est indivise ou si elle se compose de plusieurs lames invaginées ; sa ténuité microscopique, son peu de consistance, se sont opposées à un examen plus approfondi. Je ne saurais cependant la prendre pour autre chose qu'une gemmule, de même que je prends pour un rudi- ment d'axe ou de plateau le tissu cellulaire fin et serré qui lui sert de base. M. Germain de Saint-Pierre n'a pu, dans les plantules de cet âge, réussir à distinguer une gemmule ni aucune trace apparente du point où cesse le cotylédon et où la radicule commence. Il est aisé de voir que le mamelon rudimentaire des plantules les plus jeunes devient, en s'allongeant, l'éperon qui, creusé dans toute sa longueur d'un canal complètement libre, gagne la base du cotylédon et s'y termine bientôt. A l'extrémité inférieure de ce canal se montre une petite masse conique assise sur du tisssu cellulaire fin et serré, pareil a celui que je viens d'assimiler à un rudiment de plateau. Quant à la faible gemmule qu'on observait dans les jeunes plantes au point de séparation de la radicule et du cotylédon, on ne l'observe plus ici, du moins à la même place, et c'est le cône du fond de l'éperon qui doit la représenter. L'axe rudimentaire qui SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 95 supportait cette gemmule s'est donc allongé pour l'éloigner ainsi de son point d'origine et l'amener au fond de l'éperon. Et en effet les deux faces de cet appendice sont bien loin d'avoir une égale épaisseur et une même structure; sa face externe eyt fort mince et uniquement cellulaire, sa face interne ou celle qui regarde la radicule est considérablement plus épaisse et contient un faisceau fibro-vasculaire. Du plexus du collet rayonnent trois faisceaux vasculaires dont deux plus fournis se rendent, l'un dans la feuille cotylédo- naire, l'autre dans la radicule, et dont le troisième, assez considérable à son origine, plonge dans la paroi interne de l'éperon, va en s'affaibiissant à mesure qu'il avance davantage, et finit, avant d'atteindre le cône genimu- laire, par des tracbéoles de la plus grande ténuité. M. Germain de Saint- Pierre n'a trouvé aucune connexion apparente entre le faisceau fibro- "vasculaire de la jeune plante et l'éperon qui, d'après lui, est entièrement de texture cellulaire. Cette connexion est cependant très manifeste dans les plantes que j'ai sous les yeux, du moins dans la partie supérieure de l'épe- ron. Plus bas, le faisceau vasculaire s'affaiblit beaucoup, il est vrai, ne montre que quelques rares et fines tracbées, et finit enfin par disparaître entièrement avant d'avoir atteint le bourgeon. Et c'est précisément ce qui doit être, si l'on admet que le tissu de la partie centrale de l'éperon prend naissance au collet de la plante, et est d'autant plus jeune qu'il est plus éloigné de ce point. 11 serait donc difficile, ce me semble, de ne pas voir dans la paroi de l'éperon, si épaisse relativement à l'autre, et la seule vascu- laire, un organe multiple, en majeure partie composé de l'axe même de la jeune plante qui, au lieu de s'élever verticalement et de s'engager dans la base du cotylédon, se dirige précisément en sens inverse et plonge dans une sorte de sac formé aux dépens de la feuille cotylédonaire. Alors le bourgeon placé au fond du cul-de-sac n'est pas le produit de l'enveloppe qui le pro- tège, c'est tout simplement la gemmule qui, peu à peu, par l'allongement de l'axe, a été transportée de sa place primitive, du collet, au fond de l'éperon où elle doit se transformer en bulbe. Le sac qui reçoit ainsi l'axe réfléchi de la jeune plante est un prolongement de la feuille cotylédonaire, prolongement qui s'accroît à mesure que l'exige le développement de l'axe, au lieu de crever sous la pression ; et c'est ainsi que se forme, sur le trajet de la gemmule, le canal qui parcourt l'éperon. Le côté externe de cet épe- ron est exclusivement formé par la feuille cotylédonaire, son côté interne résuite de la soudure intime de l'axe avec la même feuille. Cette soudure ne se traduit que par une différence à peine sensible dans la nuance des deux tissus soudés. Ce mode remarquable de développement d'un axe qui s'isole, pour ainsi dire, du reste de la plante et s'enfouit plus profondément pour mûrir à l'écart sa gemmule métamorphosée en bulbe, n'est pas particulier au genre Tulipe. J'ai démontré ailleurs {Recherches sur les tubercules de /'Himauto- 96 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. glossum hircinum, Ann. se. nat., 3''sér., 1855) que les plantuies à'Himan' toglossum hircinum provenant de gemmation se comportent, à peu de chose près, de la même manière. J'ai fait voir comment la sommité de l'axe s'organise en tubercule, comment ce tubercule s'ouvre un passage en per- forant les tissus qui l'enveloppent, et entraîne avec lui dans le sol le bour- geon terminal ainsi dérobé à la destruction qui le menace, et muni d'un réservoir alimentaire pour l'année suivante. Il y a une telle ressemblance entre le mode de formation du premier bulbe de la Tulipe et du tubercule terminal des plantuies à' Himantoglosswn, que je n'bésite pas à croire que cette Orchidée en germination ne produise son premier tubercule par une voie exactement pareille. Le développement en tubercules des gemmes axillaires des Ophrydées présente encore la plus complète analogie avec l'évolution de l'axe des jeunes Tulipes. Le collet de la plantule étant assimilé au point d'attache de la gemme, et la première feuille de celle-ci à la feuille cotylédonaire de l'embryon, on voit que les seules différences consistent:!" en ce que la base de la feuille cotylédonaire de la Tulipe s'allonge à mesure que l'exige le développement de la tigelle réfléchie, et forme de la sorte un sac qui enveloppe l'axe complètement et se soude en partie avec lui, tandis que la première feuille de la gemme de l'Ophrydée crève bientôt sous la pression du tubercule pour lui livrer passage, et ne contracte pas d'adhérence avec l'axe; 2" en ce que la seconde feuille de la gemme de l'Ophrydée prend un développement pareil à celui de la première, ou même plus grand, et se soude avec l'axe par une de ses faces, ce qui n'a pas lieu dans la Tulipe, dont la gemmule conserve sa seconde feuille à l'état rudimentaire. Mais ces légères différences n'altèrent en rien le plan général, et l'éperon de la Tulipe est, sous tous les rapports, comparable au cordon pédicellaire du tubercule des Ophrydées. Percés tous les deux, d'un bout à l'autre, d'un canal au fond duquel estnidulé un bourgeon, ils se composent également d'un axe soudé par l'une ou par l'autre de ses faces avec sa première ou sa seconde feuille. Le bulbe qui se forme au fond de l'éperon et le tubercule appendu au cordon pédicellaire sont des produits analogues, et résultent pareillement de l'hy- pertrophie d'un bourgeon terminal. S'il était encore nécessaire de prouver, par des exemples puisés dans d'autres plantes, que le tubercule des Ophry- dées n'est ni une racine, ni un faisceau de racines soudées, mais l'extrémité hypertrophiée d'un rameau, il serait impossible de désirer un exemple plus concluant que celui que présente la Tulipe en germination. En résumé : 1° Le Tulipa Gesneriana, à l'époque de la germination, est muni, comme les autres plantes, d'un axe rudimentaire et d'une gemmule. 2" L'éperon est formé par l'axe réfléchi et soudé par une de ses faces avec le sac que produit la base du cotylédon. SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 97 3° Le bourgeon situé au fond de l'éperon est la gemmule elle-même, graduellement déplacée par l'élongation de l'axe. Zi° Ce bourgeon n'est donc pas une dépendance de la feuille cotylédo- uaire, et les plantules de Tulipe ne peuvent être citées comme fournissant un exemple de feuille gemmipare. 5° Dans la Tulipe, l'éperon avec son bulbe terminal est analogue, pour l'origine et la structure, au cordon pédicellaire et au tubercule des Ophrydées. M. Germain de Saint-Pierre répond à cette communication de la manière suivante : Je ne puisque me féliciter d'apprendre qu'un observateur de talent comme M. Fabre, reproduit les expériences et suit de son côté les études que je poursuis moi-même sur la végétation souteiraine des plantes. Le travail général de rhizographie dont je m'occupe depuis plusieurs années ne pourra que gagner à la discussion des faits qui en sont l'objet. A l'occasion de mon étude sur la germination et le développement du bulbe dans le genre Tidipa, M. Fabre s'est occupé des mêmes recherches et a vu, comme cela devait être, les faits que j'avais vus moi-même. Les différences dans l'observation de certains faits signales par M. Fabre me paraissent avoir pour cause le manque de similitude complète dans l'âge des premiers états comparés. L'époque où je regarde la plantule comme indivise n'est pas celle où l'éperon commence à se manifester, et la radicule à êire distincte de la feuille cotjMé- donaire, c'est l'époque qui précède immédiatement cet état, époque à laquelle la plantule n'est que l'embryon grossi mais non encore visiblement modifié dans sa forme, A cet état, la feuille cotylédonaire me parait en effet constituer l'embryon tout entier; aucune l'ente gemmulaire n'existe (ni du reste n'existera plus tard), c'est dans la période qui suit immédiatement que la radicule devient manifeste et que l'éperon latéral de la base de la feuille cotylédonaire commence à être ébauché, et c'est au fond de cet éperon ou cœcum basilaire de la feuille que se développe la gemmule ou bourgeon primordial. A cette deuxième époque, la plantule me parait con- stituée par la feuille cotylédonaire, par la racine qui nait de sa base, et par le caecum ou prolongation latérale de sa base et le bourgeon rudimen- taire inséré au fond de cette cavité. A ce même état, la feuille et sa racine présentent un cordon vasculaire continu, et le caicuni n'en présente encore que les premiers rudiments ; le jeune bourgeon et sa base, sorte de chalaze ou axe rudimentaire, sont encore uniquement constitues par du tissu cellu- laire. Si donc la feuille cotylédonaire constitue d'aboid à elle seule la plantule, si l'éperon ou cœcum est une dépendance de cette feuille, si la gemmule nait au fond de cet éperon, si enfin aucune partie axile ne peut T. III. 7 98 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. être constatée en dehors du cotylédon et de ses appendices (radicule et cae- cum gemmifère) je me crois bien fondé à dire que la feuille précède l'axe que je vois résulter du développement de la gemmule et dont rien ne me semble révéler l'existence avant l'apparition de la gemmule. En admettant que la gemmule rudimentaire existe déjà, ce que Je regarde comme proba'ùie, sinon d'une manière distincte du moins à l'état de tissu naissant, à la base de la feuille cotylédonaire avant que la surface à laquelle elle est insérée se creuse eii csecum et l'entraine, en s'allongeant, au fond de sa cavité, le résultat, au point de vue morphologique, me parait être absolument le même que si la gemmule n'apparait qu'un peu plus tard. Le cas, pour cette première péiiode, serait simplement celui de la plupart des autres Monocotylédones, d'un Allium ou d'un Muscari par exemple, plantes dans la germination desquelles je vois, comme chez la Tulipe, la feuille cotylédonaire précéder le bourgeon et l'axe. Le fait, bien qu'étant essentiellement le même dans les différents cas, est seulement plus facile à démontrer chez la Tulipe, en raison de la formation tardive de la gemmule et de son accroissement au fond du csecum du cotylédon. — En résumé, tant chez la Tulipe que chez d'autres Monocotylédones, si, d'une part, il n'existe en dehors de la feuille cotylédonaire déjà pourvue de son tissu vasculaire, qu'une production radiculaire et une gemmule rudimentaire dont la base, qui deviendra l'axe de la plante, n'est encore représentée que par déjeune tissu cellulaire; si, d'autre part, de deux productions dont l'une a engendré l'autre, celle dont la structure est la plus avancée doit être considérée comme génératrice de celle dont le tissu est à l'état naissant, il n)e semble rationnel d'admettre que c'est la feuille cotylédonaire qui engendre la gemmule et sa base ou axe celluleux rudimentaire, et que, dans ces plantes, il n'existe pas d'axe primordial qui engendre la feuille cotylédonaire et la gemmule; en d'autres termes: l'axe primordial est la feuille cotylédonaire elle-même, qui est du nombre des appareils que j'ai désignés sous le nom ù" Appareils axilo- ou axo-foliaires [Hist. desAnom. végéi., p. 9). M. Germain de Saint-Pierre, dit M. Fabre, n'a pu dans les plantules de cet âge, réussir à distinguer une gemmule, ni aucune trace apparente du point où cesse le cotylédon et où la radicule commence. J'ai, comme je l'ai dit, distingué la gemmule et la naissance de la radicule à l'époque où M. Fabre a pu distinguer ces organes, mais M . Fabre n'a sans doute pas exa- miné la plantule à l'âge antérieur où je ne les ai pas distingués. M. Germain de Saint-Pierre, dit encore M. Fabre, n'a trouvé aucune connexion appa- rente entre le faisceau fibro-vasculaire de la jeune plante et l'éperon qui d'après lui est entièrement de texture cellulaire. On peut lire à la page 161 [Bull. Soc. But., t. II) que je dis simplement « éperon qui dans rorigine est lui-même entièrement celluleux, » plus tard rien n'est plus facile à voir en effet, que le raphé vasculaire de l'éperon. Loin de nier que ce SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. QQ raphé représente un axe rudimentaire, j'ai eu occasion d'insister sur ce point non-seulement à l'occasion de l'éperon des Tulipes, mais aussi à l'oc- casion de l'éperon du faux-bulbe des Ophrydées; j'insiste seulement ici sur ce point que, dans le cas (jui nous occupe, cet organe semi-axile se déve- loppe après la formation de la feuille- mère; je ne vois pas dans ce fait, ainsi que M. Fabre, la soudure d'un axe à une feuille, mais un même organe qui tient de l'axe et de la feuille. J'ai, également avant M. Fabre, insisté sur l'analogie ((ue présente le bulbe pédicellé des Tulipes et le faux- bulbe pédicellé des Ophrydées et j'ai précisé les différences essentielles que présentent ces deux formations, à savoir que : l'éperon du Tulipa est le caecum d'une seule feuille et que l'éperon de l'Ophrydée est composé des caecum invaginés et soudés entre eux de plusieurs feuilles ; que le bourgeon invaginé des Tulipa prend beaucoup d'accroissement et que ses feuilles pharnues constituent un véritable bulbe, tandis que chez les Ophrydées le bourgeon reste rudimentaire pendant une période analogue à celle pendant laquelle il grossit chez la Tulipe; enfin, que tandis que le bulbe pédicellé de la Tulipe ne présente pas de productions radicellaires pendant la pre- piière période de la végétation, le faux-bulbe pédicellé présente à sa base une masse radiculaire indivise ou divisée plus ou moins complètement en plusieurs racines. Les premières livraisons actuellement sous presse de mon onvrage intitulé ArcAryes de Biologie végétale renferment l'exposé de mes observations sur ces divers modes de végétation, et les planches qui y sont relatives. M. Ducliarlre, secrétaire, donne lecture d'une lettre de M.Leclère, ^e 3Iontivilliers, près le Havre, et A\m tableau adressé à la Société, présentant les observations météorologiques faites par cetbabileborti- culteur pendant le mois de janvier dernier. Ces observations seront transmises à M. le secrétaire de la Société Météorologique de France. M. Germain de Saint-Pierre fait liommage à la Société de la deuxième livraison de son nouvel ouvrage intitulé Histoire iconofjra- phique des anomalies de l organisation dans le règne végétal (1), et expose en ces termes le plan général de ce livre : La première liviaison, dont j'ai récemment fait hommage à la Société, (1) Histoire iconographique des anomalies de l'organisai ion dans le règne vé- gétal, ou série méthodique d'observations raisonnées de Tératologie végétale, recueillies, décrites , figurées et gravées par M. Germain de Saint-Pierhe. Paris, 1855; librairie de Klinclcsieck, rue de Lilii;, 11 ; texte et planches in-folio. -— LMiistoire des anomalies végétales formera un volume renfermant environ 100 planches; il sera publié par hvraisons. Cliaque livraison (prix 12 fr.) con- ticQdra 8 pianelies coloriées avec soin et une ou plusieurs feuilles de texte. 400 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. contient une Introduction consacrée à l'exposé des moyens d'exécution, tant au point de vue des recherches de l'auteur que des ressources qu'il a trou- vées en lui-même pour le dessin et la gravure; et des Considérations sur l'esprit dam lequel ce livre a été conçu et exécuté (les huit planches qui accompagnent cette livraison sont consacrées à l'étude des modifications tératologiques que présente l'ovule, soit chez les plantes à placentas parié- taux, soit chez les plantes à placenta central). — Les études tératologiques de l'auteur, qui embrassent le cercle des anomalies végétales coimues, sont basées sur ses propres observations ; le principe qui le guide dans ses éludes phytologiques, et dans ce travail en particulier, est la loi d'unité de com- position organique. La deuxième livraison contient des Considérations préliminaires sur la structure générale des végétaux phanérogames, qui ont pour but de mettre le lecteur en mesure de saisir aisément les considérations sur l'état anormal, qui fout l'objet du livre. Ces considérations préliminaires sont divisées en trois chapitres; le premier a pour titre : De l'individucdité des bourgeons et des feuilles, et du mode de développement des axes ; le second a pour titre: Des divei^ses formes que présentent les feuilles et de leur l'ôle physiologique ; Je troisième a pour titre : Des appareils foliaires, des appareils axilo-fo- liaires, et des appareils axiles ; la nouvelle classe des appareils axilo-foliaires ou axo-foliaires établie par l'auteur est, pour la première fois, précisée et délimitée dans ce chapitre. L'histoire des anomalies végétales est divisée en deux parties : 1" partie, Etude méthodique des anomalies^ 2' partie, Description et explication des planches. — La 1" partie est divisée en trois livres : livre 1"" : Des phéno- mènes tératologiques considérés dans leurs caractères essentiels et généraux ; livre 2* : Études des modifications qui résultent de chacun des accidents tératologiques considérés pour chaque organe en particulier ; livre 3* : Étude des phénomènes tératologiques considérés dans leur action sur l'organisme chez les différents groupes naturels des végétaux. Le chapitre premier, commencé dans cette livraison, a pour titre: Défi- nition du mot anomalie. Objet de la Tératologie. De l'espèce, de la variété, de la race, de Vhybride, de l'anomalie. Distinction de l'état tératologique et de l'état pathologique. Cette deuxième livraison est accompagnée de huit planches coloriées relatives au phénomène de la divulsion (fasciatiou et dédoublement) chez les feuilles foliacées et chez les rameaux. M. Puel, vice-secrétaire, donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre qu'il a reçue de M. le docteur C. Gaillardot : SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 101 LETTRE DE H. GAILLARDOT. Saïda (Syrie), 15 septembre 1855. Mon cher confrère, Vous me demandez quelques détails sur mes excursions de cette année ; malheureusement elles ont été peu fréquentes. Le printemps a été complè- tement perdu pour moi sous le rapport botanique : et le printemps en Syrie est la saison la plus riche pour herboriser dans les régions peu élevées, comme celle que j'habite. Au commencement de l'été, on voit la végéta- tion diminuer, tout se dessèche ; les Crucifères et les Légumineuses, les Caryophyllées et les Ombellifères qui forment la masse des espèces prin- tanières disparaissent complètement ; les Labiées et les Composées-Cyna- rées les remplacent, mais leurs espèces sont bien moins nombreuses ; elles n'en sont pas moins intéressantes, car presque toutes sont ou des plantes classiques signalées il y a longtemps par les premiers botanistes qui ont parcouru l'Orient, ou des espèces nouvelles. J'aurais bien voulu pouvoir aller passer quelques jours dans les régions les plus élevées de la montagne, où la végétation s'est en quelque sorte réfugiée, mais je n'ai pu faire qu'une seule excursion un peu remarquable. J'allais reconduire !M. de Barrère, notre consul à Damas, qui, après avoir, vers la fin de juin, passé quelques jours à Saïda, et retournant à son poste, tenait à observer le point de jonction du Liban et de l'Auti-I-ihan. Je lui conseillai donc de traverser la montagne direc- tement à l'est, eu suivant une ligne perpendiculaire à la côte, et je l'accom- pagnai jusqu'à en\iron cinq heures de Saida. Je vais vous exposer le résultat de mes observations : tout cela sera bien vague et bien incomplet, car je n'ai vu qu'en courant ; mais j'espère cepen- dant pouvoir vous donner une idée de la configuration du sol et de sa richesse botanique, au moins dans cette saison-ci. Le Liban, au niveau de Saïda, vient se terminer par une suite de mon- tagnes peu élevées, et qui descendent vers la mer en formant plusieurs étages ou gradins, constituant chacun un système de couches différentes, et autant que j'ai pu en juger, caractérisées par une végétation différente. En sortant de Saïda, après avoir suivi pendant environ une demi-lieue le bord de la mer formé par une bande de sable, au milieu duquel croissent le Batatas littoralis, le Salsola Kali, le Cakile mariiima, etc., etc., on arrive a l'embouchure du Nahr Aoulé. Au delà de ce fieuve, les calcaires marneux supérieurs forment un cap plongeant presque à pic dans la mer : dans les rochers de ce cap j'avais trouvé quelques jours auparavant le Cardopatiura orientale : peut-être cette localité est-elle la limite sud de cette magnifique (Composée, car je ne l'ai pas trouvée plus bas sur la côte : au contiairc, eu remontant vers le nord, à ce que médit \L Blanche, aux environs deXripoli, cette espèce devitot très abondante : la elle parait être dans son centre de végétation. Des pelouses prcsijuc entièrement formées de Stotice sinua(a 102 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. occupent les intervalles des rochers, et dans peu feront place au Statice grœca, qui, lui-même, sera remplacé par \e Statice Lirnoniwn, var. macro- clada. Un fait digne de remarque et qui, je crois, mérite d'être étudié, c'est que rarement ici les espèces d'un même genre fleurissent ensemble dans la même localité : ce que je viens de vous dire pour les Statice a lieu pour une foule de plantes : ainsi, le Campanula stellaris paraît le premier, puis vient dans les haies le Campanula sidoniensis, qui est remplacé par le Campa- mda retrorsa ; à peine ce dernier est-il desséché, que le Campanula pere- grina commence. A peine le Clematis Flammulase dessèche-til après avoir donné ses fruits, que le Cl. cirrhosa entre en floraison. On quitte le bord de la mer à l'embouchure du Naltr Aoulé, et en prenaiit à l'est on s'engage dans la montagne par la vallée au fond de laquelle le fleuve a creusé son lit. Je ne vous parlerai point ici de la riche végétation qui couvre ses bords : VAlnusoblongata, Y Alnus orientalis,\t Pyrus syriaca, le Salix libanoiica, V Eupatorium syriacum, Y Epilobium tomentosum et bien d'autres plantes rares et curieuses forment d'épais taillis à travers les- quels coulent les canaux qui alimentent les moulins de Saïda et arrosent ses jardins. Le Liban, en le traversant de l'ouest à l'est, direction que nous suivîmes, présente cinq étages bien marqués. Le premier, relativement inférieur, mais géologiquement supérieur aux autres, est formé par des calcaires marneux blancs, crayeux, quelquefois de peu de consistance, profondément sillonnés par des ravins et des vallons perpendiculaires à la côte de la mer. Les pentes sont raides, mais elles sont assez bien cultivées : elles s'élèvent par d'innombrables gradins formés par des espaces horizontaux que séparent des talus presque à pic. Ces talus que le soc de la cliarrue n'a jamais entamés sont couverts au printemps d'une riche végétation caiactérisée parle Poterium spinusum [{\\.\^\i\wçioh cou- vert des touffes pourprées du discuta palœstina), le Calycotome villosa, le Phlomis viscosa, le Ruta chalepensis, aujourd'hui en fruits, le Sideritis condensata, VOnonis Natrix, V/nula viscosa, le Synelcosciadium Cûrmeli, V Anthémis Triumfetti, les Crucianella imbricata et macrostachya, VEryn- gium falcatum, qui commence à fleurii- : nous avons aussi deux autres Eryngivm: VJu'yngium creticum, qui se trouve seulement dans les parties plus basses et plus gainies de terre végétale, et qui est déjà à demi desséché; V Eryy\gium glomeratum, qui au contraire commence un peu plus tard : il croît en abondance dans les parties élevées de la montagne, et dans l'Anti- Liban; cependant M. Blanche et moi nous l'avons trouvé dons une seule loca- lité des environs de Saida, au fond du vallon de liarglioutié, à environ deux cents mètres au-dessus du niveau de la mer; peut-être y était-il accidentel- lement. Parmi les Graminées (|ui croissent avec les plantes que je viens de vous citer, on remarque Y Andropogon /?«/e^e»s«s, plusieurs Bromus, VHor- SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 105 deum bulbosum, VÂ^gilops triaristata^ à propos duquel je ne puis m'empê- cher de vous raconter un fait qui protiahlement vous étonnera autant qu'il m'a surpris: l'année dernière, traversani i'Anti-Liban pour me rendre à Danaas, je récoltai quelques touffes d'y^^îVo/w au-dessus du village d'^SFifa. Quelques paysans de ce villape, qui s'étaient joints à moi pour traverser avec plus de sécurité le Bogliar Janthn, etqui avaient déjà plusieurs fois remarqué avec étonnement que je ramassais les plantes que jfe rencontrais sur ma route, se mirent à rire, et l'un d'eux, s'approchant de moi, me dit : « Con- naissez-vous ce que vous avez ramassé là? ¥M bien ! c'est la mère du blé: si vous ne le croyez pas, ouvrez l'épi et regardez ses grains, vous serez con- vaincu. » Bien certainement le fellah ne connaissait pas plus les travaux de M. Esprit Fabred'Agde, que celui-ci ne connaissait les traditions populaires des Arabes de Syrie, quand il a entrepris ses belles recherches sur la con- version de VyEgilops en Triticum. Toutes les plantes que je viens de citer se retrouvent en masse à toutes les hauteurs du système de couches de calcaiie marneux. A sa partie la plus basse croissent les deux belles plantes récemment découvertes par notre ami M. Blanche: le Rlms oxyacantha, trouvé ici par lui en même temps qu'un autre botaniste le trouvait en Algérie, et la magnifique Composée que Mi Boissier a nommée Warthemia iphionoides : cette dernière plante paraît ne croître que parmi les rochers de calcaire plus compacte : au pied de la montagne elle pullule sur les rochers mêmes, dans les fentes et les petits creux où s'est amassée une faible quantité de terre végétale à peine suffi- sante pour contenir ses racines : en montant on trouve des couches de cal- caire crayeux très friable et pas un seul pied du Warthemia qui, un peu plus haut, reparaît avec les couches compactes. J'ai retrouvé cette belle plante dans des circonstances identiques sur le mont Carmel, le mont Thabor et toutes les autres montagnes de la Galilée. C'est aussi dans les talus et les rochers des parties basses du IJban, qu'au printemps nous avions trouvé les magnifiques plantes a bulbe si intéressantes, soit comme plantes classiques, le Banunculus asiaticus, le Pancratium parviflorum, soit parce qu'elles sorit nouvelles, comme les Crocus syriacus, ochroleucus, hyevialis, V Ornithogalum densurn, etc. Plusieurs Orchis ornent aussi à cette époque cette partie de la montagne, entre autres, VOrchis sancta de Linné et VOrchis syriaca, espèce nouvelle. Aujourd'hui des débris qui couvrent ces talus on voit surgir le Scrofularia bicolor en fruit, V Hypericum crispum en fruit, V Hypericum serpyliifoliurn, qiV\ commence à peine tandis qweV Hypericum lanuginosum a (\is[^i\vn, les Verbascumtri- politanum et berytheum, le Cephalaria joppensis , qui succède au Ccpha- laria syriaca. Sur les pentes des vallons, on trouve leSaturcia Thymbra, le Thyuibra spi- cota, plusieurs Teucrium, le T.crcticum^(\wç, les habitants des campagnes 10/i SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. emploient comme fébrifuge, le T. Polium et le T. divaricatum qui forment des tapis non interrompus, du milieu desquels surgissent les hampes de VBelichryswn sanginneum, dont les akènes ont été dispersés par les vents. Il serait beaucoup trop long de vous énumérer toutes les richesses bota- niques de ces collines et des vallons qui les traversent : il me suftira de vous dire que jusqu'à présent la majeure partie de ce que M. Blanche et moi avons trouvé dans nos herborisations a été récolte dans ces localités, indiquées sur nos étiquettes par ces mots : premières collines du Liban. Dans toute cette partie de la montagne, aucun arbre ne croît spontané- ment : il n'y a que des arbrisseaux : les sommets sont nus ou couverts des plantes que je vous ai énumérées plus haut : vers le milieu des pentes des vallées commencent à paraître quelques pieds isolés des lihamnus pundata et palœstina, le Cratœgus Aronia : à mesure qu'on descend vers les fonds les arbrisseaux se resserrent et forment quelquefois de véritables taillis de Quercus Calliprinos, parmi lesquels s'élèvent quelques rares pieds des Pis- tacia pcdœstina et Lentiscus, du Cercis Siliquastrwn, etc., tandis que les rochers qui encaissent le lit du torrent sont couronnés de touffes de Dian- thus pendulus, de Chamœpeuce mutica, de Pennisetum Tiberiadis : enfin le lit du torrent lui-même est presque couvert d'énormes buissons du Nerium Oleander qui, pendant tout l'été, étale ses magnifiques touffes de fleurs roses. A environ une heure et demie du bord de la mer, après avoir continuel- lement monté par des pentes assez douces, on arrive au village de DJouni, qui a servi de dernière résidence a lady Esther Stanhope : ici commence le calcaire qui forme le second elage; il est compacte, dur, caverneux, à cassure esquilleuse, blanc, quelquefois jaune ou rosé. Les pentes deviennent plus raides et plus escarpées : l'aspect du sol a complètement changé ; plus de talus, plus de vallées profondes, mais une chaine presque continue sil- lonnée de ravins ; le roc est à nu presque partout, et c'est dans les inter- valles (jui séparent les pointes des rochers que l'on trouve de rares espaces couverts d'une terre végétale rouge et très consistante. Cette terre rouge et la teinte qu'elle donne aux rochers impriment a tout cet étage une couleur brun clair, qui tranche de loin avec la teinte blanche et crayeuse des marnes calcaires. Comme on le comprend bien, les céréales ici ne sont que peu cul- tivées, tandis qu'elles couvrent l'étage inférieur; la Vigne, l'Olivier, le Mû- rier, le Tabac dominent ; c'est même dans les champs pierreux du calcaire compacte que l'on récolte les tabacs des qualités les plus estimées. Une vallée assez profonde et escarpée sépare les deux étages; sur le versant est de cette vallée est bâli le couvent de Deir Mekhallès, chef-lieu de tous les couvents grecs catholiques ; il est situé a environ deux heures et demie de Saïda ; nous allantes y passer la nuit, et le lendemain matin 22 juin, comme nous ne devions pas nous mettre en route, nous consacrâmes la matinée à aller visiter la vallée au fond dç laquelle coule je ^ohr Aoidé, Cefte vallée e§t SÉANCE DU 8 FÉVRIER 1856. 105 étroite, profonde, escarpée ; c'est une véritable crevasse, à travers laquelle le fleuve, autrefois ramassé dans le Mei^dj-Besri, et formant un petit lac, s'est creusé une issue. I.e point du versant sud-est, que nous avons visité à la hâte, est formé par des rochers de calcaire compacte presque à pic : parmi les débris de beaucoup de plantes complètement sèches, j'ai tiouvé de magni- fiques touffes du Prcnanthes triquetra, mais ses tiges longues et minces étaient déjà jaunes et prêtes a se dessécher. Jai vu avec plaisir cette plante que je n'avais encore trouvée qu'à une distance de plus de quatre heures de Saïda, dans le Ouadi el Lamam, sur la route de Deir el Kamar. J'ai trouvé aussi dans les fentes des rochers un petit Hypericurn que je ne connais pas. En remontant au couvent, nous traversâmes un bouquet de pins autour duquel je récoltai un Verbascum , probablement le berytheurn, VAndrachne telephioides, le Thesium grœcum, le Scutellaria jjeregrina et le Sedimi altissimwn. Après midi, nous nous remimes en route, et nous traversâmes la crête de calcaire compacte qui sépare Deir-Mekhallès du Merdj-Besri. Je ne pourrai vous donner que peu de détails sur la végétation de cette partie du Liban, car je n'ai fait que la traverser en courant: il était tard, et je tenais à aller à une heure et demie encore plus loin, récolter pour l'herbier de Syrie le magnifique Teucrium procerum, Boiss. et Bl., puis revenir à Saïda : ce n'est donc qu'en passant que j'ai observé ce qui suit. Aussitôt que commence le calcaire compacte, seulement dans les inter- valles où il y a assez de terre végétale pour recevoir un peu de blé ou d'orge, parait le Centaureacerinthefolia. Je revis la localité où M. Blanche, l'an dernier, récolta [Qnopordon cynarocephalum, Boiss. et BI., etVAlsine Smithii : nous avions entrevu aussi quelques débris de Ferulaqo syriaca. Tout à fait au sommet de la crête, je récoltai des débris de Y Eremostachys laciniata. J'ai été assez étonné de retrouver cette plante à un point aussi élevé et dans des terrains aussi pierreux, en me rappelant que M. Blanche m'a dit l'avoir observé dans les plaines basses et fangeuses de la Palestine, bordant les ruisseaux, les routes et les limites des champs en aussi grande abondance que \eMoluccelta spinosa dans les plaines et les parties inférieures du calcaire marneux supérieur. M. Blanche a trouvé un Eremostachys snv les coteaux de Bekfaïa et près (ï Edar, à la limite des neiges, sur le bord des l'uisseaux : mais comme la plante était complètement desséchée, il n'a pu reconnaître si elle appartient a une autre espèce que le laciniata. Je remarquai aussi un Phlomis dont les feuilles sont plus allongées et plus étroites que celles du Pldomis viscosa • peut-être est-ce le Phlomis lonyifolia, Boiss. et Bl. 11 n'y avait plus de fleurs. Après une bonne heure de marche, nous arrivâmes au Merdj-Besri, où nous nous séparâmes. M. de Barrère prit au sud-est pour se diriger vers Uasbeya, et moi je continuai a remonter le Mcrdj-lksri en suivant le cours 106 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. du Nahr-Aoulé. C'est un fait digne de remarque que la plupart des fleuves qui prennent leur source dans le Liban suivent pendant la majeure partie de leur cours une ligne parallèle à la chaîne principale, c'est-à-dire nord-sud, puis à quelques lieues de leur embouchure, changent brusquement de di- rection, font un angle presque droit, et vont, en coulant à l'ouest, se jeter dans la Méditerranée : dans un travail que je prépare, je dois m'étendre sur cette particularité et en étudier les causes. C'est au coude que forme le Nahr-Aoulé en changeant de direction que se trouve le Merdj-Besri (plaine marécageuse de Besri), qui, autrefois, était probablement un petit lac traversé par le fleuve. Cette plaine sinueuse, très irrégulière, encaissée des deux côtés par de hautes montagnes presque à pic, peut avoir une heure et demie de longueur sur un quart d'heure dans sa plus grande largeur; son fond est formé par un lœss assez compacte, dans lequel le fleuve a creusé son lit. La végétation y est bien plus vigou- reuse que dans les lieux que nous avons traversés : V Eryngium crcticum, le Synelcosciadum Carmeliy atteignent des dimensions vraiment colossales; d'énormes buissons de Nerhnn Oleander, de Vitex Agmis-castus^ de Bosa phœnicia bordent les rives du fleuve, dans les îlots duquel je remarquai un Tamarix beaucoup plus petit que le T. paniculata^ Stev. [T. Pallasii, DC), et portant encore quelques fruits. J'aurais bien voulu aller le récol- ter, mais le fleuve n'était pas guéable, et il m'aurait fallu faire un détour que le peu de temps qui me restait ne me permettait pas de faire ; ce n'est qu'après environ une demi-heure de marche que nous pûmes le traverser pour aller au pied des montagnes de grès ferrugineux, récolter le Teucrium procerwn, principal but de mon excursion. Je n'ai point étudié le troisième étage du Liban ; je n'ai fait que le tra- verser l'an dernier en allant à Damas: aussi je ne vous en dirai pas grand chose. Le fait saillant est la présence de pins qui couvrent presque toute la montagne et y forment de véritables bois, tandis qu'ils manquent dans les étages calcaires. Je n'en ai jamais rencontré dans les marnes calcaires supé- rieures, et ceux qui sont dans le calcaire compacte paraissent n'y croître qu'accidentellement : ils y ont été plantés, et ne forment que de rares bou- quets autour des villages et des couvents. Le Nerium Oleander est remplacé dans les sables par le Bhododendron ponticum. L'année dernière, au l/i juin, le Teucrium procerum formait une magni- fique bande d'un bleu vif ondulant au pied de la montagne de grès dont le sommet est couronné par le couvent maronite Deir Machmouche. Cette année, le 22 juin, c'est à peine si j'ai pu lécolter une centaine d'exem- plaires fleuris sur une bande de plus de 200 mètres de longueur sur environ 80 de largeur, entièrement couverte de cette belle plante en boutons ; c'est que cette année-ci l'hiver a été beaucoup plus long et plus froid ; les pluies ont duré plus longtemps. SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. 107 Je récoltai aussi à la hâte VOriganwn hirtum et le Lavandula Stœchas; je repris le chemin de Saïda, met)romettant bien de revenir au Merdj-Besri aussitôt que les circonstances me le permettront, étudier les couciies de grès et de sables ferrugineux dont la végétation est si différente de celle des calcaires au milieu desquels elles sont intercalées. Quant aux autres étages, je tâcherai de réunir mes souvenirs, et si je ne puis, dans une seconde lettre, vous donner une description détaillée de cette région élevée du Liban, je pourrai au moins vous dire ce que j'ai récolté et vu sur ma route jusqu'à Damas. Je vous ai envoyé cette note, mon cher confrère, pour vous faire voir que, malgré les circonstances défavorables et les préoccupations de tout genre au milieu desquelles nous vivons aujourd'hui, je ne manque point de saisir, toutes les fois qu'elle se présente, l'occasion de continuer à étudier la nature de notre riche et intéressante Syrie. Je n'ai point eu la prétention de vous envoyer un mémoire : c'est une simple causerie botanique que vous envoie votre tout dévoué confrère et ami, Gaillardot, D.-M. A la suite de cette lecture, M. Puel soumet à l'examen des membres présents à la séance la première centurie des plantes recueillies en Syrie et publiées par iMM. Blanche et Gaillardot. SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. PRÉSIDENCE DE M. A. PASSY. M. Léon Soubeiran, vice-secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du 8 février, dont la rédaction est adoptée. Par suite des présentations faites dans la dernière séance, M. le Président proclame l'admission de : MM. Le Fort (Léon) interne en médecine, rue des Fosssés-Saint- Bernard, 22, à Paris, présenté par Mi)L Moquin-Tandon et L. Soubeiran. GoMBAULT (Urbain), interne en médecine, rue de Constantine, 3/1, à Paris, présenté par MM. Moquin-Tandon et L. Soubeiran. BiNET (Alfred), interne en médecine, à l'hôpital La Biboisière, à Paris, présenté par MM. L. Soubeiran et Décès. Garinieu (Almire), interne en médecine, à l'hôpital des Enfants malades, à Paris, présenté par MM. L. Soubeiran et Décès. M. le Président annonce en outre deux nouvelles présentations. 108 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Dons faits à la Société: 1" De la part de M. Alpb. De Candolle, de Genève : Notice sur la vie et les travaux de M. de Martius. 2o Delà part de M. F.-W. Scbultz, de Wissembourg : Archives de Flore, p. 177 à 192. 3° En échange du Bulletin de la Société : L'Institut, février 1856, deux numéros. M. Decaisne communique la note suivante, adressée à la Société : SUR UN NOUVEL OPHRYS D'ALGÉRIE , par M. G. MUIVBY. (Oraii, février 1856.) Ophrys atlantica, nova species. 0. petalis tribus exterioribus ovalibus obtusis viridibus patentibus in- curvis. superiore cuciillato, gynosleniium obtegente, omnibus trinerviis, duobusinterioribus linearibus undulatis glaberrimis œneis fusco marginatis, ad apicem obtusis quasi truncatis petala exteiiora sulisequantibus, labeilo amplo triiobo, margine replicato, lobo medio emarginato veiutino holose- riceo atropuipureo, disco depresso glabro caeruiescente, basi angustato. Gaules 6 poliicares, bracteœ ianceolalae ovario breviores ; flores laxi 2 vel 3, labelium postice glaberrimum in sicco valde nervosum. Fleurit en mai dans la région atlantique, depuis Tlemcen jusqu'aux frontières du Maroc. Espèce voisine de VO. fiisca, dont elle diffère par la grandeur de la fleur, par sa couleur, par i'epoque de la floraison, et même par la forme du tablier; elle doit se rapprocher beaucoup de VO. atrata, Lindl. M. Germain de Saint-Pierre fait à la Société la communication suivante : ÉTUDE DU MODE DE VÉGÉTATION DU DIOSCOREA BATATAS, Dne., par M. E. GERMAIIV DE S.IIIVT-PIERRE. On sait que l'Iguame {Dioscorea), dont la racine a été proposée en France conmie succédanée de la pomme de terre, a été confondue d'abord avec le Dioscorea japonica, et que M. Decaisne, après avoir démontré que cette phmte constitue une espèce distincte des diverses espèces ùq Dioscorea connues autérieuremeut des botanistes, lui a donné le nom ç|e D. Batutas^ SÉANCK DU 22 FÉVRIER 185fi. 109 nom qui rappelle l'analogie qui existe entre la forme et les propriétés ali- mentaires de sa racine et celles de la Patate [Convolvulus Bidatas). Le Dioscorea Batatas est digne de fixer l'attention des agriculteurs par les qualités nutritives et la saveur agréal)le de sa partie axile souterraine, par la multiplicité et la rapidité de ses modes de reproduction, et par le tempérament robuste qui lui permet de s'accommoder des terres sablon- neuses les plus médiocres et de résister au froid de nos hivers. Mais il n'est que trop à craindre que les maladies qui sévissent depuis quelques années sur nos plantes alimentaires, et dont la cause me parait résider dans cer- taines conditions météorologiques générales, n'atteignent l)ientôf, à leur tour, les plantes nouvellement introduites dans la culture ; l'accroissement du nombre des espèces cultivées, et la diversité de leurs tempéraments et de leurs mœurs, constituent néanmoins les ressources les plus efficaces dont nous puissions user pour combattre le mal, sinon dans son principe, au moins dans ses effets. Ce Dioscorea est une plante dioïque vivace à tiges annuelles; jusqu'à cette année, nous n'en avons possédé en France que des individus mâles. Un individu femelle a fleuri et a produit ([uelques graines l'année dernière en Algérie; ces graines, si elles sont fécondes, nous donnent l'espoir d'obtenir plus tard de nouvelles variétés. La culture de cette plante en Europe date de quatre à cinq années seulement; sa propagation a été obtenue par bou- tures de tiges et de racines, par la séparation des souches, et par la planta- tion de certains bourgeons charnus désignés sous le nom de bulbilles. C'est sur la nature de ces bulbilles et sur le mode de végétation de la partie sou- terraine du Dioscorea que je désire appeler l'attention de la Société. M. Decaisne, dans une excellente notice relative aux modes de repro- duction et de culture du Dioscorea (1), indique, d'une manière générale, le mode de végétation de cette plante ; cette notice, accompagnée de très bonnes figures, étant écrite au point de vue horticole pratique, son savant auteur ne précise pas d'une manièi-e positive la nature des organes de la "végétation; néanmoins il paraît considérer la partie souterraine charnue et radiciforme comme un rhizome, et les l)ulbillescomn)e de véritables bulbes; la dénomination de tubercule, et surtout celle de racine, ne lui paraissent pas exactes (2). (1) Celte notice, qui a été publiée à part, est insérée dans le Bon Jardinier, année 1855 (p. 2'2-/i0) ; la l^' partie est datée de 185/i. (2) Aliii (le ne point m'exposor à altérer la pensée de M. Decaisne, je crois devoir reproduire ici les phrases dans lesquelles il meiilionne et caractérise les organes dont nous nous occupons : — p. 23, « Le Dioscorea Batatas... est vivace par ses racines ou, pour parler plus exactement, par ses rhizomes... véritables tiges sou- terraines, qui, au lieu de s'élever ou de ramper sur la surface du sol, s'y enfoncent ilO SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Les organes désignés, chez, le Ficaria ranunculoides, sous le noni de bulbilles axiliaires et de racines à fibres charnues ou griffes, dont j'ai en- tretenu récentîment la Société, présentent l'analogie la plus remarquable dans leur mode de développement, avec les organes désignés également sous le nom de bulbilles chez le Dioscorea, et avec les productions char- nues souterraines de cette plante. Chez la variété dite buibifere du Ficaria, à l'aisselle des feuilles cauli- naires, se développent des bourgeons dont la partie gemmaire reste d'abord rudimentaire, et dont la base se développe en une masse radiculaire charnue et ovoïde identique avec une des fibres radicales ; ce bourgeon à racine charnue se détache spontanément de la tige, et, tombé sur le sol, émet des pacines filiformes adjuvantes, et développe sa partie gemmaire eu tige feuillée, aux dépens de la masse radiculaire qui se vide et se flétrit; puis eette nouvelle plante produit, à l'aisselle de ses feuilles inférieures, des bourgeons qui émettent plusieurs fibres radicales ovoïdes et charnues, et, à l'aisselle de ses feuilles supérieures, des bourgeons, dits bulbilles, dont chacun émet une seule libre radicale ovoïde et charnue, et qui sont sem- blables a celui dont la plante était provenue. J'ai insisté sur ce point que les bulbilles, chez cette plante, ne diffèrent des griffes radicales qu'en ce perpendiculairement à la profondeur d'un mètre, et quelquefois davantage, suivant qu'il est plus ou moins perméable ». — p. 25, « Les rhizomes, ou racines, selon l'expression vulgaire, varient de grosseur et de longueur, suivant la force des plantes, et probablement aussi suivant la nature du terrain, dont la légèreté et la té- nacité, ainsi que la profondeur plus ou moins grande, doivent certainement influer sur leur forme et sur leur mode de développement... quelques-uns (des rhizomes) présenleni un léger sillon longitudinal. » — p. 33, « J'ai fait planter au Muséum des tronçons de tubercules de Dioscorea Batatas, pris les uns dans la partie supérieure et amincie, les autres dans le plein des tubercules. » —p. 39, « Beau- coup de Dioscorées jouissent de la propriété de se multiplier par des bulbes, qui se détachent des tiges lorsqu'ils ont atteint leur maturité, et qui nous fournissent ainsi un exemple de rameaux caducs. Le Dioscorea Batatas est dans ce cas ; à l'aisselle de ses feuilles naissent très fréquemnienl de petits bulbilles sphériques... c'est d'eux que juût le rliizome utile de la plante, ou pour mieux dire, ce rhizome n'en est que la continuation dans un sens vertical et descendant; car, quoi qu'on en ait dit, il m'est impossible de voir autre chose qu'un rhizome dans le tuber- cule de notre Igname ; sous ce rapport mon opinion est identique avec celle de Du- trochet et de iM. Vilmorin n, — p. /lO, « La ligure 3 représente le développement d'un bulbille (a); le rhizome ou méritlialle verlical renflé à la base et muni au sommet d'une lige et d'un bourgeon (b) », — p. 39, « Chez une autre espèce cul- tivée à Alger par M. Hardy, et qui ne peut réussir sous notre climat qu'en serre, le produit consiste dans des bulbes qui naissent à l'aisselle des feuilles, et dont le volume ne dépasse guère celui d'un gros œuf de poule. Ces bulbes sont grisâtres à l'extérieur, marqués de tubérosilés disposées en séries régulières... ». SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. IH que le bulbilleou bourgeon, né sur un rameau, étant plus faible, ne présente qu'une racine, tandis que le bourgeon né a la base de la tige, étant plus vigoureux, en présente plusieurs. L'exposé bien compris de ce mode de structure facilitera l'intelligence de ce que j'ai a dire du bulbillo des Dioscorea ; le buibille du Ficaria et celui du Dioscorea me paraissent eu effet présenter entre eux de grandes analogies. La différence la plus apparente consiste dans l'absence de fibres radicales capillaires à la surface de la masse radiculaire du buibille chez le Ficaria, et dans la présence de ces fibres radicales à la surface de la masse radiculaire du buibille chez le Dioscorea. A ce point de vue, la racine charnue du Dioscorea se rapproche de la racine pivotante charnue qui ter- mine les bourgeons souterrains des Aconitum; mais tandis que, chez les Aconitwn, la racine charnue est très épaisse au niveau de son insertion et s'atténue inférieurement en une libre capillaire, la racine du Dioscorea^ souvent étroite au niveau de son insertion et comme pédicellee, se termine en une masse charnue, ovoïde et obtuse. Le mode de végétation du Dioscorea m'a paru être le suivant : à l'aisselle des feuilles inférieures de la tige, se développe souvent un bourgeon dont la base se prolonge latéralement en une masse radiculaire charnue, de forme généralement ovoïde; le plus ordinairement, cette masse radiculaire est indivise ^ il arrive cependant quelquefois qu'elle se prolonge eu plusieurs racines ovoïdes-obtuses ; le bourgeon reproducteur peut donc offrii-, comme chez le Ficaria, soit une seule, soit plusieurs racines charnues. C'est ce bourgeon, dont la base présente une masse radiculaire indivise ou multiple, que l'on désigne sous le nom de buibille } la partie gemmaire s'allonge immédiatement en tige; assez fréquemment, au-dessous de l'insertion de cette tige, se manifestent un ou plusieurs bourgeons adventifs qui se déve- loppent en tiges en même temps que la tige principale. Vers la lin de l'au- tomne, la tige ou les tiges se dessèchent jusqu'au collet, ou, pour parler plus exactement, jusqu'à la racine. La racine cliarnue ainsi privée de tige et de collet reste vivante. Au printemps suivant, cette racine produite son extrémité supérieure, autour de la cicatrice ou des cicatrices des tiges détruites, un ou plusieurs bourgeons atlventifs qui deviennent des tiges aériennes. En même temps que ces tiges s'allongent, la racine-mère, ou buibille primordial, se flétrit et se dessèche, mais en même temps aussi, des bourgeons de la même nature que le bulbille-mère, les uns adventifs, les autres franchement axillaires, se développent à la base de la plante, et émettent chacun une racine charnue qui s'enfonce verticalement dans le sol ; ces racines, qui appartiennent à une plante déjà assez vigoureuse, ne différent de celle du buibille primordial que par leur volume plus considé- rable, leur partie supérieure est proportionnellement moins grêle: elles se prolongent en une masse charnue insensiblement renflée et obtuse, et sont 112 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. garnies, flans toute leur longueur, de fibres radicales capillaires ; quelques- unes de ces fibres, non encore développées, sont indiquées à la surface de la racine par une légère éminence regardée à tort par quelques horticulteurs comme l'indice d'un bourgeon adventif; lorsque ces fibres sont détruites, la déchirure, ou la cicatrice laissée sur la racine par leur chute, présente l'aspect, mais non la structure, d'une lenticelle. A la fin de la saison, les tiges se détruisent Jusqu'à leur base, comme celles de l'année précédente, et au printemps suivant, des bourgeons nés sur la racine autour des cica- trices laissées par les tiges détruites reproduisent de nouveau la plante; les racines charnues s'épuisent et sont remplacées par d'autres encore plus volumineuses, qui naissent des nouveaux bourgeons. Enfin, la plante ayant acquis toute la force qu'elle est susceptible d'atteindre, les racines des années suivantes présentent un volume en rapport avec les qualités plus ou moins convenables du terrain et les circonstances extérieures plus ou moins favorables à la végétation. (Je ferai remarquer que chez le /ïcflrm, dont j'ai comparé le mode de végétation a celui du Dioscorea, les racines charnues qui se succèdent ne présentent pas d'année en année un semblable accroissement proportionnel en volume; les racines du Ficaria ne m'ont pas paru non plus produire de bourgeons adventifs, les bourgeons m'ont semblé être tous axillaires.) Nous avons dit qu'aux modes de multiplication naturels par graines et par bulbilles, l'horticulture ajoute les modes de multiplication par boutures de rameaux et par boutures de racines. Le bouturage par fragments de tiges aériennes et le marcottage ou couchage de ces tiges, ont pour résultat de produire des bulbilles reproducteurs à l'aisselle des feuilles situées sur la tige à des niveaux élevés, où les bourgeons seraient restés latents ou auraient produit des rameaux ordinaires. Le bouturage par tronçons de racines a pour résultat : r d'obtenir du tronçon supérieur le développe- ment de bourgeons adventifs (qui se seraient produits dans tous les cas) ; 2° d'obtenir, en outre, d'une série de tronçons inférieurs, des bourgeons adventifs qui se développent au niveau de la surface mise à nu par la sec- tion, et qui ne se seraient pas produits si la racine n'eût pas été divisée en fragments; chacun de ces bourgeons constitue un bulbille qui est l'origine d'une plante distincte. Cette description du mode de végétation du Dioscorea nous paraît démon- trer que le? masses charnues désignées sous le nom de rhizomes, bulbes et tubercules, sont réelleir.ent des racines pivotantes d'une forme particulière qui descendent isolément de bourgeons axillaires ou de bourgeons adventifs; nous croyons cependant, pour plus de précision et de clarté, devoir énu- mérer les caractères comparés des divers types ou modes de végétation attribués au Dioscorea. Le bulbille des Dioscorea n'est pas un bulbe ; un bulbe est un bourgeon à axe court et à feuilles charnues, dont les racines SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. 113 sont filiformes et ne se développent que pendant une seconde période de végétation ; eliez le bulbilie ou mieux faux-bulbille du Dioscorea^ un ou plusieurs bourgeons groupés, à feuilles non cbarnues, émettent, dès le prin- cipe, une racine charnue tubériforme. Ce faux-bulbille n'est pas et ne dev'ent pas non plus un tubercule ; un tubercule est un bourgeon ou rameau souterrain dont l'extrémité est renflée en un axe charnu à feuilles rudimen- taires également charnues produisant des bourgeons axillaires; le faux- bulbille du Dioscorea est, dans l'origine, constitué par un bourgeon autour duquel peuvent naitre des bourgeons adventifs, mais la masse charnue est située au-dessous du bourgeon lui-même, et cette masse charnue descendante, munie de libres radicales, offre tous les caractères d'une racine, et ne présente pas, comme un tubercule, des feuilles rudimentaires et des bour- geons axillaires ; elle présente seulement (et à la base du bourgeon dont elle est une émanation) des bourgeons adventifs, comme la plupart des racines peuvent en produire. Ce faux-bulbille n'est pas et ne devient pas non plus un rhizome ; un rhizome est une tige souterraine qui se détruit par sa base à mesure qu'elle s'allonge ou se multiplie par des bourgeons développés à son sommet, et qui ne diffère du tubercule que par sa forme C3Miadrique et l'allongement des entre-noeuds qui séparent les feuilles; ces feuilles, souvent rudimentaires, comme celles des tubercules, peuvent également émettre des bourgeons à leur aisselle ; enfin le rhizome, ainsi que les tuber- cules et toutes les tiges ou tous les rameaux, qu'il soit horizontal, ascendant ou descendant, se termine à son sommet par un bourgeon ; or la production radiciforme de notre Dioscorea n'offre aucun de ces caractères; tout au plus pourrait-on regarder comme un rhizome rudimentaire l'ensemble de bourgeons qui naissent à l'aisselle de la feuille, mais la production charnue qui descend de ces bourgeons et qui constitue presque toute la masse tubé- riforme, est une racine comparable à l'une des fibres radicales d'un véri- table rhizome. C'est la racine d'un bourgeon latéral, comme les racines pivotantes napiformes ou dauciformes, du Navet et de la Carotte, sont la racine d'un bourgeon primordial ; enfin cette racine présente une forme ovoïde ou renflée en massue à son sommet ; mais cette forme, bien qu'assez rare, est déjà connue chez d'autres racines, et n'a rien d'incompatible avec la structure et les propriétés d'une racine. L'expression vulgaire de racine nous paraît donc être en même temps l'expression exacte et organogra- phique. Je remarque en outre qu'il existe une très grande analogie entre le mode de végétation des Dioscorea et celui de notre Tamus communis, dont j'ai suivi le mode de développement, à partir de la germination. La racine primordiale, coléorhizée, du Tamus, est ovoïde et obtuse, et présente com- plètement l'aspect d'un bulbilie de Dioscorea. T. HI. 8 HÛ SOCIÉtÉ BOTANIQUE DE FRANCE. M. Decaisne annonce qu'il a reçu du Ministère de la Guerre des graines de Dioscorea Batatas provenant d'Algérie, qu'il a fait semer et dont il suit le développement avec un grand soin. Il fera connaître plus tard à la Société le résultat de ses observations, et répondra à la communication que vient de faire M. Germain de Saint-Pierre.— M. Decaisne ajoute que les jeunes individus du Dioscorea Batatas présentent déjà des faits analogues à ceux que Dutrochet a décrits dans son mémoire sur le Tamus, et que cette analogie le conduit à regarder le tubercule du Dioscorea Batatas comme identique avec celui de cette plante. 31. Cbatin fait à la Société la communication suivante : NOTE SUR L'EXISTENCE DE CELLULES CRISTALLIFÈRES TRAVERSÉES OU PERFORÉES PAR DE GROS ET LONGS CRISTAUX, par M. AD. CIIATIIV. L'attention étant de nouveau appelée, par les observations de notre confrère, M. Trécul, sur les biforines de Tuipin et de Delile, le moment me semble opportun pour faire connaître des cellules cristallifères que j'ai observées dans le Pontederia crassipes et le P. cordata. Bien que ces cel- lules soient très distinctes des biforines (que, pour le dire en passant, je n'ai pas été assez beureux pour voir s'ouvrir spontanément), leur histoire ne pourra que se trouver près de celle de ces dernières, quand on consi- dérera d'une manière générale les cristaux formés au sein des tissus végétaux. Pontederia crassipes (fig. 1). — Si l'on examine, à un grossissement Fisr. 1. Fig. i . Pontederia crassipes. — Coupe transversale (grossie) d'un fragment du parenchyme lacuneux du pétiole ; tac, lacunes; di., diaphragmes coupant les lacunes. Une utricule dos parois d'une lacune est traversée par un cristal; une autre utricule a deux cristaux. suffisant, les tissus du pétiole, notamment dans la portion inférieure au renflement si remarquable qui s'étend longuement dans sa région moyenne, on observe les parties suivantes : «, un épidermc percé de stomates etcon- SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. 115 tenant néanmoins quelques granules verts ; i, un parenchyme sous-opi- dermoïdal, formé par trois ou quatre assises d'utiicules lâchement unies; c, un parenchyme intérieur lacuneux; d, des diaphragmes perforés (1) qui Se superposent dans les lacunes; e, des faisceaux fibro-vasculaires dont les plus extérieurs sont adosses au parenchyme sous-épidermoïdal, et dont les autres sont épars dans le parenchyme lacuneux. Or, c'est dans quelques- unes des utricules formant les parois des lacunes qu'on observe des cris- taux, les uns l)i-pyramiilaux, les antres en forme de navette ou de grosse raphide, par suite de l'arrondissement (?) des arêtes. Les cristaux, le plus souvent solitaires dans chacune des utricules, quelquefois au nombre de deux, atteignent une longueur beaucoup plus grande que le diamètre de celles-ci, qu'ils perforent pour s'avancer par leurs deux extrémités ou pôles, dès lors exsertes, dans les deux lacunes contiguës séparées par la rangée d'utricules à laquelle appartiennent celles de ces dernières que traversent les cristaux. Quelques-unes des utricules formant les parois des lacunes sont remplies de lines raphides; quelques autres contiennent des granules verts. Je n'ai pas observé que les cellules des diaphragmes dn P. crassipes ^vo- duisissent des cristaux perforants. Pontederia cordata (fig. 2 et 2'). —Ce n'est plus dans le pétiole et dans Fig. 2. Fig. 2'. )~i \c^ \.:\ij^:^ijj0pë\ ( / \it: :7rT|îv7 L.; _./ ■■■::,i^"-^ - id. ^^r^^'jr" Fig. 2^01 2'. Pontederia cordata. — 2, coupe Ion- Fig. 2', coupe transversale : di., portion de dia- gitutlnialc d'un fragment du parencliynie lacu- pliragmc allacliéc sur un desos côlés au parcn- neux: di., diaphragmes Iraversés par des cristaux cliyme pariétal des lacunes ; sur le diaphragme, perforants et portant des cellules ovifonnes à ra- qui présente sa face supériciu-e, s'élèvent une phides, etc. moitié de cristal qui, complut, est une doulile pyramide :i i faces, une ulricule à raphides et une utricule encore vide de l(ms cristaux. les utricules formant la paroi des lacunes, mais dans la tige même et les (1) Noire savant et aimable confrère, M. le professeiu- Parlalorc, nomme fe- nèlres (fmestre) les trous ou perforations des diaphragmes qui coupent les lacunes des plantes aquatiques {Atti deU'ottava riwiione degli scicnz. ilal. in Genova, 18/|G, p. 59/i). 116 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. cellules diaphragmatiques du P .cor data que j'ai trouvé des cristaux perfo- rants. Vus dans une coupe longitudinale du parenchyme lacuneux, ces cristaux (qui parfois se montrent réduits à une de leurs moitiés, par suite de non-formation de l'autre moitié de la pyramide ou par cassure) ont leurs deux pôles engagés dans les deux chambres superposées que sépare le diaphragme auquel appartiennent les cellules cristallifères (fig. 2). Observés au contraire dans une coupe horizontale de la tige, ces cristaux ne montrent tout naturellement que la moitié de leur pyramide qui passe au-dessus du diaphragme (fig. 2'). Des utricules ovoïdes remplies de fines raphides s'élèvent d'ailleurs de la surface des diaphragmes ou pendent au-dessous d'eux dans les chambres des lacunes; quelques autres cellules, qui peut-être servent de matrice à des cristaux perforants, sont placées çâ et là entre les cellules tabulaires des diaphragmes au delà desquelles elles s'avancent dans les chambres à air. La solubilité des cristaux perforants des Pontederia dans les acides chlorhydrique et azotique, et leur insolubilité dans l'acide acétique éta- blissent qu'ils sont formés d'oxalate de chaux. Plusieurs questions, parmi lesquelles celle de leur mode de foimation occupe le premier rang, sont à résoudre pour compléter l'histoire des cris- taux perforants; nous y reviendrons. M. Ducliartre demande à M. Chatin s'il a examiné l'analogie qui peut exister entre les cellules qu'il vient de décrire et les cellules étoilées des Nymphéacées, dont quelques naturalistes ont considéré les branches comme des cristaux. M. Chatin répond qu'il a étudié aussi les cellules dont parle M. Duchartre, et qu'il les a retrouvées dans le Limnanthemum et dans le Villarsia. Dans toutes ces plantes, il n'y a réellement que des cellules ramifiées, dont chaque branche peut être considérée comme un poil. Les cristaux des Pontédériacées ont bien, dans leur extrémité faisant saillie hors de la cellule, une certaine ressemblance avec les branches des poils étoiles, mais on les en distingue aisément à leurs arêtes droites, à leur solubilité dans les acides, etc. Ces cris- taux ne sont autre chose que des composés d'oxalate de chaux. M. Weddell donne quelques détails sur le mode de végétation de l'ergot du Seigle, et communique ensuite l'extrait suivant d'une lettre adressée à M. L.-R. Tulasne par 31. Durieu de Maisonneuve : Bordeaux, 8 février i856. Je vous ai entretenu déjà de la plantation considérable d'ergots de Seigle que j'ai faite les 2 et 3 novembre 1855, et dont le produit est destiné aux SÉANCE DU 22 FÉVRIER 1856. 117 Ersiccata. de M. Schuitz; mais je vous dois encore quelques détails à ce sujet. Mes semis ont été faits dans des terrines d'environ 30 centimètres de diamètre, que je remplis, jusqu'à k centimètres du bord, avec de la terre ordinaire de jardin, mondée et criblée. Sur cette terre fut étendue très uni- formément une légère couche de sable siliceux blanc, fin et très pur ; et c'est à la surface de ce sable que furent placés symétriquement des milliers d'ergots. Ma fille, qui voulut bien se Charger de cette besogne minutieuse, y mit tant de soin que le sol des terrines disparut complètement sous les rangs pressés des ergots couchés parallèlement les uns près des autres. Cette opération terminée, les terrines furent recouvertes chacune d'une lame de verre, et portées dans une petite construction, moitié serre et moitié appentis, (|ui est au bout de mon jardin. Elles n'ont pas eu d'autre abri pendant les quelques jours de gelée que nous avons éprouvés, et de rares bassinages ont suffi à y maintenir un état d'humidité convenable. Eh bien, avec aussi peu de soins donnés à une telle culture, Vios Scier otimn étaient tous en pleine germination, si je puis ainsi parler, dès le 1" janvier, c'est- à-dire deux mois à peine après leur plantation. Figurez-vous que pas un seul de ces ergots n'a boudé ; qu'ils ont tous, sans exception, émis de nom- breux capitules déjà tellement exhaussés sur leurs pédicelles que les petits champignons atteindront, j'imagine, leur parfaite maturité vers la fin de ce mois. Ces prés de Claviccps sont vraiment une merveille et font l'admiration de mes nombreux visiteurs. Aussi la connaissance de l'histoire de l'ergot se vulgarise-t-elîe ici chaque jour davantage. Vous vous rappelez sans doute, en effet, que mes essais de culture de l'an passé n'ont pas eu moins de succès que l'expérience de cette année, ni moins de témoins oculaires de leurs résultats. Seulement, en 185/i, je ne plantai mes ergots que le 15 novembre, et ce ne fut que vers la mi-avril de 1855 que j'en obtins des Claviceps complètement développés. Il me reste à tenter maintenant la reproduction de ces champignons par leurs spores, et je médite à ce sujet quelques expériences pour le printemps prochain. REYUE BIBLIOGRAPHIQUE. PHYSIOLOGIE VEGETALE. i^ag'^io rtî s^udi iutoa>ii4» al giasciodet scniî. {Essai d'études sur le tégument des graines), par M. Adol. Targioni Tozzetti , de Florence [Memorie délia R. Accademia délie scienzedi Torino, série 2% tomexv*. Tirage à part en brochure m-k" de 87 pages et/i planches gravées, Turin, iraprim. royale; 185^). Ce mémoiie étendu est divisé en trois parties relatives, la première à l'ovule, la seconde aux élénnents auatomiques dont se compose le tégument séminal, et à la manière dont ils se forment, la troisième aux tissus et à leur disposition dans le tégument des graines. Malheureusement les faits nombreux dont l'exposé s'y trouve consigné ne pourraient être analysés dans les limites étroites d'un article de Revue hibliographi(juP. Les résumer serait même d'autant plus difficile que l'auteur a négligé, soit de le faire lui- même, soit de déduire sous une forme concise les conséquences générales qui peuvent découler de son travail. Nous essaierons toutefois de piésenter un exposé succinct de la manière dont M. Adol. Targioni Tozzetti considère la formation et le développement des diverses parties de l'ovule. Tous les ovules, dit-il, sont une production de la poition de l'ovaire qui porte le nom de placenta ou cordon pistil laire. Ils naissent en se relevant un peu sur la surface de cette partie, et ils prennent ensuite leurs formes variées. A une certaine époque ces productions manquent peut-être d'un tissu propre ; à une autre elles se composent d'une membrane sans ouverture, très mince, et d'une masse composée de granulations, de nucleus de cel- lules, ctde cellules très délicates, plus ou moins distinctes. Hans cette masse, la couleur, la consistance, les réactions chimiques, tout indique un tissu très jeune ou en voie de formation ou à peine formé. Pourtant toutes les parties de l'ovule ne sont pas arrivées en même temps au même degré d'or- ganisation ; la périphérie a (jnelquefois une couche de cellules bien dis- tinctes, lorsque le centre est encore à l'état de canibium, de blastème, de plasma, et l'extrémité libre est dans cet état, lorïque la base est formée d'un tissu bien défini. Le sommet contli>ue de montrer la même apparence, parce qu'à mesure que sa matière s'organise en tissu, il s'en produit de nouvelle; le tissu ainsi formé augmente la base solide, tandis f]ue la matière orgaui- sable nouvellement séparée maintient l'extrémité de l'ovule molle, diaphane, granuleuse, plus ou moins acuminée. Pendant quelque temps la forme reste BEVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 119 à peu près la même; mais bientôt des changements se produisent. Les pro- ductions nouvelles terminales et centrales obéissent à une impulsion qui les porte ei] avant, d'où leur base se circonscrit, tandis que leur hauteur aug- mente ; au contraire les parties inférieures se dilatent et s'étendent en de- hors par-dessus les premières, pour lesquelles elles forment d'abord une base ou un piédestal, puis un rebord saillant, enfin un tube et un involucre. Puis de la convexité cie l'ovule commence à procéder un relief plus ou moins sensible. Ainsi la nucelle n'est pas la première partie de l'ovule qui apparaît sur le cordon pistillaire. Lorsque la masse de l'ovule a produit le iclief cen^ tral qui porte en avant sa sommité, ainsi que son bourrelet périphérique, l'ovule se trouve divisé en nucelle et système tégumentaire. Celui-ci reste souvent simple ; mais, dans d'autres cas, de simple il devient complexe, parce qu'il se montre en lui une expansion, un gonflement des tissus, ([ui peu à peu se divise en deux parties ; celles-ci cioissent ensuite indépendam- ment l'une de l'autre, et le système reste composé d'un involucre central [Secondine Mirbel) et d'un involucre extérieur [Primine Mirbel). IVonvellesi études «rciiibryogéuîc végétale 5 par M. L. R. Tu- lasne [Annal, des se. natur., k^ sér., Bot., iv [1855], pag. 65-122, pi. VII-XVIIl). Tous les botanistes se rappellent sans doute le beau mémoire publié en 18^9 par M. L.-R. Tulasne, sous le titre de Etudes d'embryogénie végétale [Ann. des se. nat., '6" sér., Bot., XII, p. 21-137, pi. m- vu), et ils n'ont pas oublié que les conclusions déduites de ce travail étaient contraires à la théorie delà fécondation conçue par M. Horkel, soutenue ensuite avec autant de talent que de persévérance par M. Schleiden. Il semblait résulter nettement des nombreuses observations de M. L.-R. Tulasne : 1° que, pour opérer la fécondation, le boyau ou tube pollinique arrive seulement en con- tact avec l'extrémité du sac emhryonaire qui regarde le rnicropyle, sans refouler devant lui la membrane de ce sac pour s'y invaginer, comme le professait M. Schleiden, sans le percer non plus pour pénétrer plus ou moins profondément dans sa cavité, comme l'admettent aujourd'hui M. Schacht et la plupart des partisans de la même théorie; 2° que la vésicule emhryo- naire, dont une extrémité doit se développer en e;iibryon, est un produit de la fécondation et n'existe pas avant l'anivée du tube polliniciue. Ces deux points étant ceux précisément sur lestjuels porte tout le débat qui dure depuis quelques années entre les observateurs les plus distingués de notre époque, MM. Tulasne ont cru ne pouvoir accumuler trop d'argu- ments, ni réunir trop de faits en faveur de leur manière de voir, et dans cette pensée ils ont fait' un grand nombre de recherches nouvelles, dont les résultats, plus décisifs encore que ceux de leurs premières observations, 420 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. sont consignés dans le mémoire que nous allons analyser. Ce mémoire a été rédigé de manière succincle ; mais il est accompagne de 12 planches qui ren- ferment un grand nombre de figures dessinées par M. C. Tulasne avec l'ha- bileté qu'on lui connait, et très bien gravées par M. Picard. Il se divise en deux parties consacrées, la première à l'exposition des faits, la seconde aux conséquences qui en découlent ou qui s'y rattachent. Les faits sont pré- sentés d'après l'ordre des familles, de la manière suivante. I. Labiées (PI. vu à xi). Les espèces étudiées sont : Lamium purpureum Lin., amplexicaule, Lin., album^ Lin. ; Leonurus Cardiaca^ Lin. ; Stachys sibirica, Lin., sylvatica. Lin., arvensis, Lin.; Salvia sclarea, Lin. ; l'eu- cn'um Botrys, Lin. ; Nepeta Mnssini, Horn. ; Lycopus europœus. Lin. ; Be- tonica hirsuta, Lin., grandiflora, Willd., officinalis. Lin. ; Galeopsis Lada- num, Lin. ; Dracocephalumpeltatiim, Lin. ; Thymus Acynos, Lin. — L'ovule des Labiées en général est hémitrope ; le style n'a pas de canal, mais ses cellules internes se dissocient naturellement au temps de l'anthèse pour laisser passer le tube pollinique qui doit ensuite traverser une portion du gynophore, afin de pénétrer dans les cavités ovulifères et d'arriver au micro- pyle. Le sac erabryonaire, examiné avant l'anthèse, est formé de deux am- poules ovoïdes, unies par un isthme court, dont la supérieure ou micropy- Jaire est de beaucoup la plus grande, tandis que l'inférieure grandira plus tard considérablement, sera le siège de la formation d'un albumen et logera l'embryon. Avant l'arrivée du tube pollinique, le sac ne présente aucun indice de vésicule embryonaire. Dans le Lamium, par exemple, l'extrémité obtuse et à peine renflée du tube pollinique, après avoir traversé le canal micropylaire et le sommet du nuceiie, vient s'appuyer sur la tête du sac embryonaire, sans y causer de dépression. Ce contact fécondateur déter- mine la formation d'une vésicule embryonaire qui naît a peu de distance du filament pollinique et qui s'allonge rapidementen unsuspenseur linéaire très transparent. Enfin chacune des deux poches du sac est pourvue d'un appendice en caecum peu allongé, IL BoRRAGiNÉES. Le tcmps a manqué à l'auteur pour des études embryo- logiques sur cette famille. III. Composées (pi. xii). M. Tulasne ne donne quelques détails que sur les Calendula. L'ovule est ici formé d'un tégument simple, très épais, qui enveloppe étroitement un nucelle oblong, contenant, à son tour, un sac em- bryonaire de forme semblable à la sienne. Les Chordœ pistillares de M. Rob. Brown sont de longs fils, presque solides, soudés entre eux et a la paroi ovarienne, qui conduisent a leur surface les tubes polliniques jusqu'au micropyle. la vésicule embryonaire née dans le haut du sac se développe en un suspenseur à deux parties, dont l'inférieure, plus lenflée, par laquelle il est d'abord attaché, grandit beaucoup pendant le développement de l'em- Jjrvon, rompt le sommet du sac, s'allonge au dehors, dépasse l'extrémité dv! REVUE BIBLIOGKAPHIQLE. 121 nucelle, tend vers le miciopyle, et persiste très longtemps, tandis (|ue la supérieure, ou le vrai suspenseur, s'atténue bientôt et semble disparaître. IV. ViOLARiÉES (pi. XVI). Dans la Pensée, le stigmate forme une grande chambre globuleuse en communication avec le canal vide du style, qui est continu avec la cavité ovarienne. I.e canal stylaire est ensuite obstrué par une masse de tubes polliniques, qui vont ramper sur les placentas pour atteindre les ovules. Ceux-ci sont anatropes ; sous leurs deux téguments le nucelle se montre limité extérieurement par une membrane mince, fort résis- tante, tandis que son parenchyme intérieur devient peu à peu lâche, mou, et se résorbe. Le sac embryonaire ovoïde ou oblong, sans appendice, grandit rapidement; le tube pollinique,qui atteint son extrémité antérieure, semble s'écraser et se fondre sur celle-ci, mais il n'y détermine que rarement une dépression appréciable. La vésicule embryonaire, née dans le sac à la suite de cette fécondation, s'attache au haut de celui-ci par une base large, cir- culaire, et devient peu a peu ohovale arrondie. Elle se transforme en em- bryon directement, en conservant ses relations primitives avec le sac, sans s'allonger en suspenseur bien appréciable. V. CisTiNÉEs (pi. xvii). Dans les Helianthemum lasiocarpum, Desf. et salicifoliwn, Desf., les tubes polliniques descendent de la base atténuée du style, dans la cavité ovarienne, vers les ovules qui sont orthotropes, et portés sur de longs funicules déliés. Dans ces ovules, les deux téguments très minces couvrent une nucelle dont la substance centrale se fond en quelque sorte à mesure que grossit le sac embryonaire ovoïde et sans appendices. La vési- cule embryonaire naît à quelque distance du point que touche le tube fécondateur ; elle est ovoïde, s'allonge peu et forme seulement un coude médian renflé latéralement. L'embryon tient très fortement au sac par son suspenseur gros et assez court. •VL Carvophyllées (pi. xiii à xv). Les plantes de cette famille étudiées par M. Tulasne sont : Cerastium triviale, Link., et collinum, Ledeb. ; Ho- losteum umbellatum. Lin. ; Stellaria média, Sm., et holostea, Lin.; Sper- gula arvensis, Lin. ; Arenariarubra, Lin. ; Scleranthus annuus , Lin. ; Dion- thus barbatus, plumarius et Caryophyllus, Lin, — Dans les Alsinées, le sac embryonaire est généralement allongé ou tubuleux, sans appendices, très obtus aux deux bouts et courbé, la vésicule embryonaire nait juste au-des- sous du point que touche le tube pollinique. Elle s'allonge rapidement en large tube qui se renfle, un peu au-dessous de son milieu, en forme de vessie ; sous ce renflement, elle se divise transversalement en cellules super- posées, et elle se termine enfin en embryon. ï-e Stellaria média, Sm., offre de plus ce fait remarquable, et propre a induire en erreur, que le sommet du sac embryonaire présente, dès avant la fécondation, une saillie en cône obtus, dans laquelle naît la vésicule embryonaire. — Parmi les Silénées, les J)ianthus ont un sac immense, ovoïde oblong, très obtus aux deux bouts, 122 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. sans appendices. Le tube pollinique, gros et solide, se greffe au bout raicro- pylaire du sac en s'y moulant, se bifurquant même. La vésicule naît juste au sommet du sac fécondé par une large base circulaire, et le suspeuseur qu'elle engendre est formé de deux grosses vessies superposées, auxquelles l'em- bryon se rattache par un isthme court et étroit. VIL PoETur.AcÉEs (pi. xi). Dans le Tetrayonia crystallina, L'Hérit., la base du suspenseur forme une saillie obtuse et irrégulière analogue à celle un Stellmna média. Le tube pollinique s'en distingue toujours bien par son faible diamètre, par sa couleur et sa consistance. Le suspenseur est cylin- droïde, et diminue du haut vers le bas ; il se remplit entièrement de tissu cellulaire ; fait analogue à ce que montre le Géranium liobertianum. VIII. Amygdalées (pi. XVI etxvii). Les espèces étudiées sont le Prunus spinosa. Lin., les Cerasvs avium, Moench et Mahaleb, Mill., V Amygdalus communis, Lin. Dansées végétaux, le sac embryonaire est en long tube étroit, sans appendice, qui grandit, à son sommet, au fur et à mesure de l'accroissement de l'embryon. La vésicule naît sous ce sommet par une large base ; elle reste courte, ovoïde et forme l'embiyon à peu près sans sus- penseur appréciable. IX. Juglandées; Heli.éborées ; Légumineuses. M, Tulasne signale ces plantes surtout pour appeler sur elles l'attention des observateurs. X. LiLiAcÉES (pi. xviii). Les Scillanutans Sra., etbifoiia^ Lin., laissent voir aisément les tubes polliniques descendant du style dans l'ovaire et arri- vant au micropyle. Dans le Muscari racemosum^ Mill., le sac porte deux grosses vésicules embryonaires juxtaposées, très largement sessiles et for- tement adhérentes à sa membrane, dont une avorte presque toujours. Le Nothoscurdum fragrans, Kunth, a jusqu'à cinq vésicules embryonaires globuleuses et sessiles, inégales, tandis qu'on en voit une seule chez le N. striatellum, Kunth. L'Ornithogalumnutans, Lin., n'a qu'une vésicule em- bryonaire, dont la base est quatre ou cinq fois plus large que le diamètre du tube pollinique. XL Aroïdées. m. Tulasne a fait quelques recherches sur VArisa7'um vul~ gare, Targ. Le sac embryonnaire de cette plante remplit de bonne heure toute la cavité supérieure du nucelle ; il est ovoïde et rétréci dans le bas en un appendice tubuleux assez long. Un volumineux albumen se forme à la pé- riphérie de ce sac et non dans son appendice. Dans \' Arum maculotum, Lin. , le sac est beaucoup plus étroit supérieurement. Le tube pollinique vient toucher son sommet, et au-dessous de ce tube nait intérieurement une vési- cule embryonaire qui devient promptement large, obovale, puis presque cordiforme. Conclusions. Les faits que nous venons de résumer déterminent 31. Tu- lasne àpersisterpurementetsimplement dans les conclusions qu'ilavaittirées de ses premières recherches, sans leur faire subir la moindre modification. REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 123 Pîc BefrucIttaBUg- «lei* PSiaiicro^amcu. lilau Bctrajs; «iir KiitâiC'flivitBiliiii «les «larsshcr bcstti'iseudcBi .StreUes. [La fécondation des Phanéroy urnes. Note pour ;iidei- a terminer la discussion qui existe à ce sujet) ; par M. Ludwig Radlkofei-. (Broch. iu-/i" de 36 pages et 3 plan. lith. Leipzig, 1856, chez W. Engelmann.) Ce travail est intéressant non-seulement par hii-mème, mais encore parce que son auteur, élève de M. Schleiden, y expose des observations dont les résultats sont entièrement contraires a la doctrine de son maître, et dont l'exactitude a été vérifiée et reconnue par le célèbre professeur d'Iena. Après un exposé historique des travaux qui ont été publiés jusqu'à ce jour sur la fécondation, l'auteur présente ses propres observations qui ont porté sur les plantes suivantes : Euphrasia Odontites, Lin,, Pedicularis sylvatica. Lin., Lathrœa Squamaria, [Jn., Campanula, Hesperis matro- nalis, Lin., Œnothera biennis, Lin., Viscimi, Canna. Les espèces sur les- quelles il entre dans les détails les plus circonstanciés sont les deux premières. Après cet exposé il déduit de ses recherches les conclusions suivantes : Le suspenseur n'est pas un prolongement immédiat du tube pollinique, mais bien une formation indépendante ; il existe déjà ébauché dans le sac embryonaire avant l'arrivée du tube pollinique. L'embryon des Phanéro- games nait par l'effet des changements qui s'opèrent dans une cellule (vésicule embryonaire) logée dans le sac embryonaire, rendue apte à subir l'influence du tube pollinique qui arrive dans son voisinage, et dont le contenu est transmis jusqu'à elle. Ce passage du contenu du .boyau pollinique dans la vésicule embryonaire u'a pas lieu par des ouvertures visibles. Le tube pollinique vient tantôt en contact immédiat avec la vésicule embryonaire {Canna, Visciini), tantôt il reste séparé d'elle par la membrane du sac em- bryonaire [Campanula), tantôt, entre son extrémité et la vésicule embryo- naire qu'il féconde, il y en a une qui ne se développe pas (Rhinanthacées). Le tube pollinique a pour objet de porter la substance fécondante; son contenu est l'analogue des petits corps des anthéridies des Floridées, des fils motiles et des spermatozoïdes des autres Cryptogames, des spermato- zoaires des animaux. Nous ajouterons que les figures publiées par M. Radikofer rappellent entièrement plusieurs de celles publiées par iM. Tulasne dans ses deux mé- moires embryologiques, quant à la forme, à la situation et à l'attache du suspenseur sous l'extrémité supérieure du sac embryonaire. La seule diffé- rence qui existe entre les énoncés de l'observateur allemand et ceux de M. Tulasne consiste en ce (|u'il regarde la vésicule embryonaire comme existant avant l'arrivée du boyau pollinique et en ce qu'il admet, dans cer- tains cas, l'existence constante de deux vésicules, dont une seule est fécondée et se développe. 12/i SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. On tlie «levelopiuciit of tlie ovule of SfiwtiatUMt aïhwn wltli soiiic reiMark^ oiitlie plieuoiiiciiaof'inipres;iiatiou in plants g-cnerally {Sur le développement de l'ovule du Santalum album, avec quelques remarques sur la fécondation dans les plantes en général); par M. Henfrey. Ce mémoire a été communiqué à la Société linnéenne de Londres \ek mars 1856. On en trouve un résumé dans le Gardcners" Chronicle du 22 mars, p. 195. L'auteur s'est proposé de fournir dans ce travail de nouveaux argu- ments en faveur des idées qu'il avait exposées antérieurement au sujet de l'acte intime de la fécondation, idées analogues à celles de la majorité des physiologistes, et par conséquent en contradiction avec celles de MM. Schlei- den et Schaclit, L'un des points sur lesquels il existe encore quelque peu de divergence entre les physiologistes est relatif à l'époque à laquelle se montre la vésicule embryonaire. D'après M. Hofmeister, elle apparaît avant la fécondation ; d'après M, Tulasue, elle ne se montre qu'à la suite de ce phénomène. M. Hen- frey parait hésiter à se prononcer sur ce sujet, à cause de l'extrême difficulté de ces observations. La plupart de ses recherches sur le Santalum album ont porté sur l'extrémité du sac embryonaire avec le boyau pollinique qui y adhère. 11 a examiné, dit-il, au moins 25 préparations de ce genre. L'adhérence du boyau avec ce sac est tellement forte, qu'on ne peut la rompre dans un ovule réellement fécondé. Il pense que Grifdth s'est trompé lorsqu'il a cru à une pénétration dans le sac embryonaire. Il croit que le boyau se borne à s'appliquer fortement contre ce sac, sur le point où se rencontre une ligne de séparation entre les deux coagulums situés dans le haut de celui-ci. Mais il dit être porté à admettre qu'il se produit la un phéno- mène analogue à une conjugation. En outre, fort peu après que le boyau pol- linique est devenu adhérent, le nucléus se recouvre d'une membrane propre, et il devient une vraie cellule, ou la vésicule embryonaire de laquelle pro- vient le suspenseur. « .le pense, dit M. Henfrey, que le contenu du boyau pollinique, après que celui-ci est devenu adhérent au sommet du sac em- bryonaire, passe dans ce sac, arrive au nucléus, et détermine sa conversion en cellule. » « Les faits relatifs à la germination des Fucacées et des Conferves qui ont été signalés par MM. Thuret et Cohn, joints à ceux que renferme ce mémoire, tendent à prouver que le procédé de la fécondation dans les plantes consiste en un mélange absolu de la substance protoplasmique de deux cellules (mâle et femelle) dont la substance ou corps femelle (ou em- bryonaire) préexiste toujours sous la forme d'un nucléus ou protoplaste, tandis que la substance mâle (ou spermatique) existe sous la forme d'un iluide granuleux. Dans les Phanérogames le tluidc spermatique est trrinST REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 125 porté directement dans le sac enibryonaii e par le canal du boyau poilinique. Pareil phénomène parait exister dans la conjngation des Algues inlerieures. Dans d'autres cas, le fluide spermatique est transporté d'organes éloignés de la vésicule embryonaire par le moyen de corps motiles, ou spermato- zoïdes, qui se sont développés dans les cellules spermaliques, baignés dans leur contenu et rejetés avec lui, et composés eux-mêmes de la matière pro- toplasmique azotée du contenu cellulaire. » Tersiicli zu eiiiei* Bericlitiguiis dei* llctaiiiorphoseii- lelire. {Essai pour rectifier la doctrine de la métamorphose] ; par M. Da- niel Mueller, à Upsal {Botan. Zeit. du 25 janv. 1856, n° h, col. 52-56). D'après la doctrine de la métamorphose universellement admise aujour- d'hui, la fleur est regardée comme étant un rameau arrêté dans son accrois- sement, c'est-à-dire comme le résultat du développement anormal d'un bourgeon, dans lequel les organes latéraux, qui devaient normalement se ranger en spirale, se sont disposés en verticilles. Par suite, on admet que le calice et la corolle, même l'androcée et le gynécée, sont des feuilles modi- fiées; par suite aussi, la fleur entière n'est qu'un assemblage de feuilles mo- difiées. Mais une question se présente de prime abord : que sont devenus les bourgeons de ces feuilles florales? Les bourgeons l'ont partie essentielle des rameaux, et même les feuilles paraissent n'y exister qu'à cause d'eux. On ne peut croire qu'il aient complètement avorté dans la fleur; on pour- rait même penser, au contraire, que leur formation est d'autant plus active que la vie végétale se concentre dans cette partie reproductrice du végétal. Mais, d'un autre côté, on doit s'attendre à trouver dans la fleur les bour- geons axillaires sous une forme modifiée, puisque tout i^e présente ici sous des configurations particulières. Partant deces idées, M. Dan. Mueller pense que les bourgeons axillaires des sépales et des pétales ont été comme absorbes et manquent; il admet que, dans l'étamine, le filet est une fouille métamor- phosée tout entière et non pas seulement le pétiole de cette feuille, comme on l'admet généralement, tandis que l'anthère n'est pour lui que le résultat du développement du bourgeon de cette feuille, bien qu'elle se présente non pas à son aisselle, mais à son extrémité. Il expose ensuite quehjues raisons qui lui paraissent venir à l'appui de cette manière de voir. Quant aux car- pelles, il admet qu'ils ont développé leurs bourgeons dans leur intérieur, et que ceux-ci ne sont pas autre chose que les placentaires. « D'après les lois selon lesquelles la fleur est formée, ses bourgeons métamorphosés ne doivent pas s'allonger en pousse, mais ils se décomposent en cellules isolées, et l'acti- vité vitale est ici tellement exaltée, qu'il se forme ainsi un dualisme ana- logue à celui de l'animal. Les cellules du bourgeon-anthère deviennent libres, indépendantes, et passent à l'état de pollen; celles du bouigeon car- pellaire passent a l'état d'ovules. » 426 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. BOTANIQUE DESCRIPTIVE. Moflee SMi* plusieurs plantes iionvclles vt antres ; par M. Alexis Jordan {Annotations à la Flore de France et d'Allemagne^ publiées par M. C. Billot. Haguenau, 1855, in-8°, pp. 12-33). Clematis cbenata, Jord. M. Jordan a dû la connaissance de cette plante à M. Godron, qui la lui signala en 1847 comme une forme du Clematis Vifalba, Lin., très singu- lière p;ir son feuillage. Il l'a cultivée pendant huit années, et il a été ainsi conduit a penser qu'elle constitue une espèce distincte, séparée du C. Vi- talba par des caractères tranchés , notamment : par ses feuilles beaucoup plus courtes, et non ovales-lancéolées, nullement acuminées, à crénelures bien plus nombreuses et plus courtes; par ses grappes plus lâches, à fleurs plus petites, plus longuement pédonculées; par ses anthères apiculées et nonmutiques; par ses stigmates verdâtres, entourés et dépassés par les poils de la pointe du carpelle, tandis que, dans le C. Vitalba, ils sont blan- châtres, assez longuement dénudes et saillants au-dessus des poils. Elle se trouve dans les broussailles des collines calcaires, près de Nancy. Elle fleurit en juillet. HiPERicuM PERFor.ATUM, Lin. Sur cette espèce, ainsi que sur celle qu'il a nommée H. microphyllum^ M. Jordan a remarfjué une propagation rapide par des stolons souterrains. Il a également constaté : 1" que ces stolons souterrains ne naissent pas de la souche; 2" qu'ils ne naissent pas sur les racines principales; 3" qu'ils cessent compléteaient de se montrer sur les pieds déjcà vieux; li° qu'ils se forment principalement sur les fibres secondaires des l'acines des jeunes individus, lorsque la plante n'a fleuri qu'une fois ou n'a pas encore fleuri. Il présume que les Viola Riviniana, Rchb. , et nemoralis, Jord., se pro- pagent aussi par des bourgeons qui naissent de leurs racines et non de leur souche. OXALIS COBNICULATA, IJu. Dans un article précédent des ^rcAz'yfs de Ai. Billot, M. Jordan s'est proposé de montrer qu'il n'était pas du tout certain que VOxalis stricta des floristes modernes fût la plante désignée sous ce nom par Linné, et indiquée par le botaniste suédois comme américaine. Il a dès lors nommé l'espèce européenne 0. europœa. Aujourd'hui il veut faire voir que Linné a confondu cette dernière plante avec son Oxalis corniculata, et que 10. stricta des auteurs modernes est entièrement ou en partie \'0. corniculata de Linné et de ses coritemporains. Il se livre dans ce but à une discussion circonstanciée qui se résume dans la synonymie suivante des deux espèceSi REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 127 1° 0. corniculata. Lin., Sp. (pro parte). Cliis. .T. Bauh. Moris. Jacq., Ox. FI. dan., t. 1753. Willd., Sp. Scop. Alli. Smith. DC, FL fr. et Auct. récent. T 0. europœa, Jord., in Billot, Arch., p. 309. 0. corniculata, \Ày\.,Sp. (pro parte). FI. dan.., t. 873. Roth. Leysser. Krocker. Bergen. Pollit'Ii. Gmeliii, FL bad. Vill. Latour. Lamk. , Encycl. Thuil., FL de Par.., éd. 1. 0. sfricta, Willd., Sp. (pro parle). Alli. DC, FL'fr. Al. Braun, in Flora, 1822, p. 690. Wiegnn., in Flora, 1825, n'' 36 et omnes récent, aucl. (non Lin.). Galeopsis PBtEcox, Jord. La plante que M. Jordan décrit sous ce nom fleurit deux mois avant le G. Tetrahit, Lin., dès les premiers jours du mois de juin. Klle se trouve dans les champs et les fossés, non loin du Rhône, à Saint-Font, près de Lyon. Elle se distingue surtout par ses graines plus grosses que celles des G. Tetrahit et bifida, Boenn. Ses fleurs sont d'un blanc rosé et assez petites. EUPHORBIA ESULA, LÏO. "'D'après M. Jordan, onze espèces distinctes sont comprises, du moins implicitement, dans V Euphorbia Esula de beaucoup d'auteurs, car les caractères qui les séparent sont, à peu de chose près, équivalents. Ces espèces sont les suivantes, pour lesquelles il indique les caractères distinctifs et l'habitat : \. E. Pseudo-Çyparissias, Jord.; 2. E. Esula, FI. dan.; 3. E. mosana., Lej.; k. E. esuloides, Joid. ; S. E. Loreyi, Jord. [E.pini- folia, Lorey, non Lamk.); 6. E. Fleuroti, Jord.; 7. E. riparia, Jord. ; 8. E. ararica, Jord. ; 9. E. salicetorum, Jord.; 10. E. salicifolia, Host; 11. E. Incida, Walds. et Kit. M. Jordan donne ensuite la diagnose déve- loppée de ses Euphorbia Pseudo-Cyparissias, Fleuroti, riparia et ararica. Il annonce qu'il décrira plus tard les E. Esula de Prusse, esuloides de Fontainebleau, Loreyi de la Côte-d'Or, et salicifolia de Montpellier. — V Euphorbia Pseudo-Cyparissias, Jord., se distingue de YE. Cyparissias par ses ombelles à rayons moins nombreux et moins rigides ; par les folioles des involucelles du double plus grandes et au delà, évidemment mucro- nées; par les lobes de l'involucre propre des fleurs, plus saillants et plus longuement ciliés aux bords ; par les glandes plus grosses et plus larges, à cornes plus liues et du double plus longues, dressées; par les lobes du stig- mate plus spatules, plus loiigs et plus étales-recourbés. Kn outre, ses rameaux sont plus étalés, ses feuilles sont plus allongées et plus aiguës, étroites, mais nullement capillaires ; sa tige est plus haute, sa souche est très tra- çante. Klle habite les saussaies et les lieux un peu humides des bords de la Saône, près de Lyon. Elle fleurit dès le commencement de mai. — U Eu- phorbia Fleurotiy Jord., ditt'erede VE . mosanade M, Eoreau par ses ombelles 128 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. • beaucoup moins amples, à rayons toujouis très brièvement dichotomes à leur sommet, et dont les involucelles sont plus petits, surtout les terminaux ; par ses feuilles d'un vert jaunâtre et nullement glauques, plus régulière- ment rétrécies, à partir du milieu; par ses capsules plus déprimées; par ses graines un peu plus grosses, de couleur unie et sans marbrure; par sa tige verte et par sa floraison plus tardive de quinze jours, qui a lieu en juin ou vers la lin de mai. Elle provient probablement des environs de Dijon. — h'Euphorbia riparia, .Tord,, est fort distincte de la précédente, dit l'auteur, par ses ombelles plus grondes et plus ouvertes, dans le*-quelles les branches de la dichotomie sont bien plus allongées; par ses involucelles plus grands et de forme un peu différente; par ses feuilles d'un vert plus pâle, et bien plus régulièrement linéaires ou oblongues-linéaires. Elle se trouve dans les champs des bords du Rhône et de la Saône, près de Lyon. Elle fleurit en mai et juin. — UEuphoi^bia ararica, Jord., par la forme et la largeur de ses feuilles, tient le milieu, dit M. Jordan, entre l'espèce précédente et VE. salicetorum ; la forme des involucres ainsi que celle des glandes la séparent de la première ; son port moins robuste, ses ombelles moins amples et moins ouvertes, la forme des involucelles, plus élargis transversalement et non rétrécis vers la base, la distinguent de la seconde. Ses feuilles ne sont pas glauques et sont généralement allongées; ses graines sont plus grosses, et elle fleurit plus tard. Elle se trouve dans les saussaies et sur le bord des fossés, sur les rives de la Saône, près de Lyon. Elle fleurit à la fin de mai et en juin. TuLiPA PLATYSTiGMA, Jord. (7'. Didicri, Gr. etGodr., FI. de Fr., lll, p. 177, non Jord.). Cette Tulipe diffère du T. Didieri, Jord., par sa fleur odorante, d'un pourpre pâle, lilacé et non vif; par son périgone moins renflé, à lobes beaucoup moins rétrécis veis la base, très obtus au sommet, portant dans le bas une tache de moitié plus petite, non bordée de jaune au sommet, mais munie sur les côtés d'une large bordure blanchâtre ; par les stigmates plus larges, moins relevés en dessus et plus prolongés dans le bas contre l'ovaire, a marge plus ondulée et chargée de papilles plus saillantes ; par sa capsule d'un tiers ou de moitié plus grosse, beaucoup plus allongée et moins renflée, moins rétrécie aux deux bouts; par ses graines plus longues que larges et non aussi larges que longues; par ses feuilles moins glauques, moins ondulées, plus larges ; par sa tige plus basse et plus épaisse, flexueuse. Elle croit à Guillestre (Hautes-Alpes). Cultivée à Lyon, elle y fleurit vers les premiers jours de mai. # REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 129 Cebcp Vantfof'nst»Èn ovafa, Waldst. et Kit. , ninl rv»t»ttcrf, Pall. (.S'?°, ainsi que sa var. i^ multicaulis. Sans affinitû maïquée avec aucune espèce du genre. —8. lieseda Reuteriana, n. sp. (/t. stricta, Munby, Ft. cVAlg., non Pers. R. saxatilis, Balansa, PL sec. d'Alg. (1852), n" 201, non Pouir.) Oran et IMostaganein, ainsi que la var. |3 brachycarpu. Très voisin du R. stricta, Pers,, noais plus haut et moins resserré, racine nniltioaule, feuilles plus disséquées, à divisions spalulées, divergentes, surtout fleurs, capsules et graines plus grosses. — 9. Reseda Roissieri, n. sp. Egypte, entre Cahira et Suez. — 10. Reseda Duriœana, J. Gay, in Expl. scient. de l'Alg., t. LXXI, fol. 1 (fig. sans descr.). Algérie. Bessemblaut beau- coup au R. collinu, ,]. Gay, mais entièrement différent par la forme des pétales, le nombre des ovules et les graines très lisses. — 11. Reseda papil- losa, n. sp. Conslantine, Il se rapproche, à plusieurs égards, du Reseda Duriœana, J. Gay, niais il s'en distingue très bien par les papilles qui revêtent toutes ses parties, par sa racine ligneuse, par ses pédoncules plus longs, par ses pétales de configuration différente, etc. — 12. Reseda clausa, Rchbc, inéd. in hh. Perse. — 13. Holopetalwn spatliulatum., J. Miili. {Reseda spathidata, E. Meg. , in Drège PL exs. ; et Drège, Docum, p. 94 , in Flora, 18^3). Cap de Bonne-Espéiance. — \h. Holopetalwn Rurchelli, n. sp. Cap de Bonne-Espérance. — 15, Resedella Dregeana, J. Mull. {Reseda dipetala, Drège, PL exs. Cap. et Flora, 18i3). Cap de Bonne- Espérance. Filices IjecBilcriana' , c'liilense!»< ae pcrnaiia^ , cura K.-F. Iloliei&aekeri ctBîia', auctore G. Meitenius. Bioch. in-8" de 30 pag. et 3 pi. gravées sur pierre. Leipsig, 1856: chez Léopold Voss. I.e nombre (les espèces inscrites dans ce catalogue est de 144, qui se distribuent de la manière suivante : 126 Fougères, 2 Équisétacées, 9 Lyco- podiacées, 5 Sélagir.ellées, 2 Rhizocarpées. Sur ce nombre, 17 sont l'objet d'une description ; ce sont les suivantes, parmi lesquelles la plupart sont entièrement nouvelles. Fougères. Polypodiacées : Acrostichum Lechleria- nuni, n. sp. Polybotrya l.echleriana, n. sp. (tab. 1). Polypodium tenui- sectum, Bl. (lab. 2, fig. 1-3); P. Vittaria, n. sp. Gymnogramme mohriae- formis, Kunze, Herb. Pteris coriacca, Dsv,; Pt. flexuosa, u. sp. Blechnum acuminatum, J.-W. Sturm. Diplazium Lechleri, n. sp. (tab. 2, fig. 10). Hypolepis pteroides, n. sp. (tab. 3, fig. 7-13); H. Pœppiggiana, n. sp. Meniscium giganteum, n. sp. Aspidiuni multifidum, n. sp. Oleandra micaus, Kunze. Microlepia inœqualis var. nigrescens (Davallia nigiescens, ivunze, Herb.). — Cyathéacées : Cyathea microphylla, u. sp. (tab. 3, f. 1-6). — Lycopodiacéi-s. Lycopodium compactum Hook, 132 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Observatious sur «liverses Algues «nicroseopîqnes, par M. Hei-m. Itzigsohn (Voy. Bolan. Zeit., du 18 janv. 1856, n° 3, col. h^-hl). A la séaDce de la Société des amis de l'Histoire naturelle, de Berlin, qui a été tenue le 18 décembre 1855, M. Al. Braun a communiqué des obser- vations du docteur Itzigsohn, de ^'eu-Damm, sur différentes Algues microscopiques, notamment sur une nouvelle espèce de Characium, C.pha- noides, Itz., qui est presque globuleuse, avec un court pédicule et une épine terminale droite. On la trouve sur les soies des Bulbochœte. Ces observations portent aussi sur la formation des zoospores du CIrroolepus, sur l'organogénie du Palmodactylon varium et sur le nouveau genre de Palmellacées Staurocystis . Enfin il y est question du genre Spirotœnia^ établi en 18/i6 par M. Brébisson. Le Spiiyitœnia condensata, Bréb., pos- i^ sède un ruban spiral simple, dont les tours s'élèvent, selon l'âge, à 8-16. Le Sp. obscura, Ralfs, présente 5-8 rubans spiraux parallèles. Ces deux espèces, qui n'avaient été vues encore qu'en France et en Angleterre, ont été retrouvées par M. Itzigsohn, près de Neu-Damm. Il en a découvei-t, eu outre, une troisième espèce qu'il a nommée Spirotœnia erythroce- phala, dont les caractères consistent dans un seul ruban spiral à tours lâches et dans des pointes rouges. Les Spirotœnia rappellent d'un côté les Clostéries, de l'autre les Spirogyra, desquels ils se distinguent, abstraction faite de la végétation unicellulaire, par la direction du ruban spiral, qui tourne à gauche dans les premiers, à droite dans les derniers. A ces faits se rattachent des remarques sur la constance dans la direction de la spire de plusieurs végétaux et objets microscopiques, desquelles il résulte que presque toutes les figures publiées manquent de certitude sous ce rapport. Les filaments eu vis des Spirulines, et les chaînes faiblement tordues des Desmidies se dirigent vers la droite. C'est aussi la direction du mouvement de torsion desOscillaires. Le iil spiral, simple ou multiple, des élatères des Hépatiques tourne à droite, tandis que ceux qui s'enroulent autour des spores des Equisetum, ainsi que les fibres spirales qui se montrent dans les cellules du sporange de ces végétaux, marchent vers la gauche. Les cel- lules spirales du capillitium des Trichia sont dextrorses; les spermato- zoïdes des Fougères sont sinistrorses, tandis que ceux des Cbaracées sont dextrorses. Les poils de l'Ortie sont rayés vers la droite. Essai «l'une nouvelle classification des Licliens (2' mém); par le docteur W. Nylander (Mémoires de la Soc. impér. des sciences naturelles de Cherbourg. 111-8° III, 1855, p. 161-202). Dans un premier mémoire, qui a été imprimé dans le 2'' volume des Mémoires de la Société des sciences naturelles de Cherbourg, M. Nylander REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 133 a posé les bases générales de sa classification des Lichens. Dans son second mémoire, il expose en détail cette classification, qui repose sur l'étude simultanée des formes extérieures et de tous les appareils organiques de ces végétaux, à savoir : du thalle, des fruits et des spermogonies. Nous pré- senterons le relevé de cette classification, à laciuelle l'auteur rapporte non- seulement tous les genres de Lichens d'Europe, mais encore tous les genres exotiques connus de lui. L'exposé de M. Nylander présente pour chaque genre l'indication des caractères distinctifs et l'énumération des espèces qu'il compi-end. Les familles et tribus sont indiquées seulement par leurs noms, leurs caractères ayant été donnés dans le premier mémoire. Nous distinguerons par le mot exotique (exot.) les genres étrangers à l'Europe. CLASSIS LICHENUW. — Fam. L Collemacei. Trib. L Lichinei. Gonionema, Nyl. — Ephehe, Fr. — Lichina, Ag. — Pterygium, Nyl. Trib. IL Colleinei. Synalissa, DR. — Paulia, Fée (exot.). — Ompha- laria, DR. et AJont. — Collema Ach. — Leptogium, Fr. — Obryzum, Wallr. — Phylliscum, Nyl. Fam. IL Myriakgiacei. Trib. t. Myriangiei. — Myriangium, Mont, et Berk. Fam. IIL LtchenvCEI. Séries 1. CONIOPHOREI. Trib. L Calicioidei.~'ÏYa.c\\y\\Q.,¥\'. — Calicium, Ach. — Coniocybe. — Sphinctrina, Fr. Trib. IL SphœropJiorei . — Sphœrophoron, Fers. ISeries %'*. CladONIOIDEI. Trib. III. Bœomycei. — Bœomyces, Pers. Trib. IV. Cladoniei. — Cladonia, Hoff. Trib. V. Stereocaulei. — Stereocaulon, Schreb. Séries 3". RamalODEI. Trib. VI. Roccelle.i. — Roccella, Bauh. Trib. VIL Usneei — Usuea, Hffm, — Neuropogon, Nées et Fw. — Chlorea, INyl. Trib. VlII. Ramalinei. — Alecloria, Ach. p. p.— Evernia, Ach. — Dufourea, Ach. — Ramalina, Ach. Trib. IX. Cetrariei. — Cetraria, Ach. — Platysma, Hffm. Séries 4L''. PhylloDEI. Trib. X. Peltigerei. — Nephroma, Ach, — Peltigera, Hffm. — Solorina, Ach. Trib. XL Parmeliei. — Sticta, Ach. — Ricarolia, DN. — Parmelia, Ach. — Physcia, Fr. Trib. \ir. Gyroplion-i, — Umbilicaria. Hffm. 134 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Séries 5^ PlaCODEI. Trib. Xin. Lecamrei. — Subtrib. I. Psoromei. — Psoroma, Fr. — Subtrib. II. Pannariei. — Erioderma, ]Mont. (exol.). — Pan^ naria, Del. — Coccocarpin, Pers. (exot.). — Cora, Fr. (exot.). — Dichonema, Nées (exot.). — Subtrib. III. Amphilomei. -^ Ampbiloma, Fr. p. p. — Subtrib. IV, Squamariei. — Squa- maria, DC. — Subtrib. V. Placodiei. — Placodium, DC. — Subtrib. VF. Lecanorœ sensu strictiori. — Lecanora. — Pel- tula, Nyl. (Alger). —Glypholecia, Nyl. (Alger). — Urceolaria. — Diriua, Fr. — Pertusaria, DC. — Pblyctis, Wallr. — ïhelolrema, Ach. Trib. XIV. Lecidinei. — CaBnogonium, Fbrenb. (exot.). — Lecidea, Acb. — Gyrothecium, Nyl. Appendix. — Gomphilus, Nyl. — Mycoporum, Fw, et Zw. Trib. XV. Xylogro.phidei . — Xylogvaj^ha. Fr. — Agyrium, Fr. p. p. Trib. XVI. Graphidei. — Grapbis, Ach. — Opegrapha, Acb. — Pla- tygrapba, Nyl. — Stigmatidium, Mey. — Arthouia, Acb. — Lecanactis, Eschw. — Pseudographis, Nyl, — Chiodecton, Ach. — Glyphis, Ach. Séries 6. PyrrnODEI. Trib. XVII. Endocarpei. — Thelocarpon, Nyl. — Normandina, Nyl. — Endocarpon. — Verrucaria. — Limbaria, Fr. — Thele- nella, Nyl. — Endococcus, Nyl. — Strigula, Fr. — Thelopsis, Nyl. — Trypethelium, Ach. Voici le tableau des espèces d'Europe et de France que renferment les tribus dont on vient de voir le relevé : Espèce 1. Licllinei 2. Collemei 3. Myriangei Ix. Calicioidei 5. Sphœrophorei. . . 6. Bœomycei 7. Cladoniei 8. Slereocauli 9. Roccellei 10. Usneei 11. Ramalinei 12. Cetrariei 13. Peltigerei IZi. l'armeliei 15. Gyrophorei .... 16. Lecanorei 17. Lecideinei 18. Xylograpliidei . . . lî). Graphidei 20. Endocarpei 551 /|33 s d'Europe. Espèces Je France 5 6 m 36 1 1 28 24 3 3 3 2 25 19 9 8 3 3 5 h 19 13 10 • 7 12 11 A9 41 11 n 99 «0 J17 89 5 5 48 36 53 45 KEVLE BIBLIOGRAPHIQUE. 135 Dans un appendice à son inémoire, M. Nylander publie \U espèces de Lichens de France, dont il donne la diagnose et dont voici les noms: Col- lenf)a diffractum, Tr;icliylia lecideina, T. subsimilis, l.ecanora constans, Lecidea xanthella. L. collematoides, L. trachylina, L. incana, Xylographa hysterella, Opegrapha monspeliensis, 0. lutulenta, 0. saprophila, Arthonia ruderalis, Thelopsis rubella. BOTANIQUE GÉOGRAPHIQUE ET GÉOLOGIQUE. On sontc sinall seed-vefsscls (IFnltiotiMites satiwvMiMtMg Bronn), ft'otn tHe Mtovey "l'rttvefp catti. {Sur quelques petits fruits (Folliculites minutulus, Bronn) du lignite de Bovey Tracey) ; par le docteur J.-D. Hooker [Proceedings ofthe geoloyical Society, séance du 13 juin 1855, xi, pag. 566-570, pi. xvii). Ce fruit remarquable a été signalé et communiqué à l'auteur par feu E. Forbes. D'autres échantillons ont été fournis ensuite par le docteur Croker dans une collection d'échantillons de la série de couches de tourbes et de lignites de Bovey Tracey donnée par lui au musée de Kew. D'après la description tracée par M. Croker, le corps de cette formation consiste: l°en une couche de tourbe contenant des troncs d'un arbre qui n'existe plus dans le voisinage immédiat, et que M. 1). Hooker croit être VAcercampestre. 1° En lignites, dont les couches supérieures ont fourni un cône identique avec celui du Pinus sylvestris. Ces lignites sont formés de bois de Coni- fères. 3° Sous les couches supérieures du lignite se trouve une couche épaisse de sable granitique ferrugineux. [x° Ensuite viennent dix assises de bon lignite, dont les supérieures sont séparées par des couches d'argile bleue. Au-dessous de l'argile bleue se trouve la couche épaisse qui contient \es Fol- liculites répandus en grand nombre sur la surface des lames du ligniîe et un peu enfoncés dans sa substance, comme s'il était mou lorsque le dépôt s'est produit. Us reposent toujours sur le côté plat, comme s'ils étaient arrivés en flottant aux places qu'ils occupent. U est vrai que leur forme comprimée peut aussi être due à la pression. M. D. Hooker donne les caractères détaillés du genre Folliculites, Bronn, et l'historique de ses espèces, dont la première, Follicidites thalictroides, Zenker, a été décrite d'abord par M. Alex, liiongniart dans les Annales du muséum (xv, p. 382, pi. 33, f. 17) sous le nom de Carpolitlies thalictroides. Quelles que soient les vraies affinités des Folliculites, M. I). Hooker pense que ce fossile n'a aucun rapport ni avec les Naïadées ni avec les Rononcu- lacées. H en a examiné 25 échantillons en état parfait quant aux enveloppes qu'il présente, mais dont il a été impossible de faire de bonnes sections, et dont le tissu interne n'a pu être étudié que sur des fragments. 136 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Les fossiles rapportés par M. D. Hooker au FollicuUtesminutulus, Bronn, présentent une enveloppe externe, qualifiée par lui de Sporange. Les parois eu sont denses, opaques, épaisses et fragiles, composées de plusieurs rangées de cellules serrées ; sa surface externe est ondulée et pointillée ; son sommet épaissi est arrondi et strié verticalement. Les surfaces de déhiscence sont lisses et polies, et un sillon ou canal conduit du haut de la cavité interne au sommet du fossile. La surface interne de ce sporange est formée d'une couche de cellules plus grandes, oblongues ou linéaires, souvent prolongées en sac à leur base et en cônes proéminents au sommet. La cavité de ce sporange est ovale-oblongue, un peu resserrée au-dessus de sa base et elle contient un sac membraneux, hyalin, adné au fond resserré de la loge, rétréci vers son extrémité, qui s'ouvre latéralement vers le sommet par une fente courte. Ce sac est lesac. sporulaire. Il ressemble beaucoup à celui du Carpolithes Ovu- lum (1) pour son insertion, sa nature membraneuse, etc. ; mais il se distingue par plusieurs particularités de sa forme et par sa structure anatomique, no- tamment par sa fente de déhiscence située au-dessous de son extrémité étroite et aiguë, ensuite par ce qu'il est formé d'une seule couche de tissu cellulaire très comprimé. Ce sac ne contient que de très petits corps que M. D. Hooker regarde comme des spores, et qui sont sphériques ou oblongs, transparents, de différentes grandeurs. Les affinités des Folliculites sont extrêmement obscures. M. D. Hooker regarde comme probable que ce fossile, ainsi que le Carpolithes^ peut bien avoir appartenu à un groupe de plantes plus voisin des Fougères que de tout autre groupe naturel existant actuellement, si même il n'appartenait pas à V Alliance filicoïde. Il ne croit pas qu'il soit possible d'établir pour ces restes fossiles une famille particulière. BOTANIQUE APPLIQUÉE. Detitseltlaiids ForstcMltur-Pflaiiaeii (Espèces forestières de V Al- lemagne), par M. Ferdinand Fiscali, avec une introduction par M. Léopold Grabner. in-8° de xi et 220 pages ; avec un atlas in-folio de 18 planches lithographiées en couleur. Vienne et Olmùtz, 1856 ; chez Kd. Hoeizel. Cet ouvrage présente en style courant la description et l'histoire des espèces ligneuses de l'Allemagne, qui peuvent être considérées avec plus ou moins de raison comme entrant dans la formation des bois et des forêts. La partie botanique en est traitée avec peu de développement, on pourrait presque dire supprimée, et toute l'attention de l'auteur s'est portée sur l'his- toire forestière des végétaux ligneux. Cependant le botaniste pur peut encore lire avec fruit les observations consignées dans ce livre, surtout au sujet du (1) Bull, de la Soc. bot, de France, l. 111, p. 76, REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 137 développement des racines et des tiges, considéré soit en lui-même, soit au point de vue de l'influence qu'exercent sur lui le sol, l'altitude, le cli- mat, etc. Quant au sylviculteur, il trouve dans le chapitre relatif à chaque espèce, UD résumé des faits les plus intéressants qui la concernent. L'ou- vrage est écrit entièrement en allemand. Les planches in-folio qui forment l'alla.5 sont bien exécutées. Les figures de port .sont fidèles, de grandeur na- turelle, et elles sont accompagnées de détails analytiques en général mieux soignés que ne sont ceux qu'on est habitué à voir dans les ouvrages des forestiers. Plusieurs espèces sont réunies sur chacune d'elles, de telle sorte que les 18 planches qui composent l'atlas illustrent 66 espèces différentes. Essai sur quelques plautes utiles de IiBe Bourbon. Thèse présentée et soutenue à l'École de pharmacie de Paris, par M. J.-F.-D.-E. Viuson; m-U de 25 pages. Paris, 1855. Cette thèse est divisée en trois chapitres , consacrés chacun à une plante : I. Siegesbeckia orient alis. Cette composée annuelle, spontanée dans l'Inde et simplement cultivée dans les îles Maurice et Bourbon, reçoit des créoles les noms vulgaires de Guérit-vite, Herbe divine, Colle-colle, Herbe de Flacq, dont les pre- miers indiquent quelle haute opinion on a de ses propriétés médicinales. L'analyse de ses feuilles a donné à l'auteur un principe aromatique, oléa- gineux , jaune-verdàtre, très soluble dans l'éther; une résine verte soluble dans l'éther et dans l'alcool; une résine brune soluble dans l'alcool; un principe amer, très soluble dans l'eau ; de la gomme. C'est au principe extractif amer que M. Vinson rapporte les vertus curatives du Siegesbeckia orientalis. Cette plante lui doit une amertume extrême qu'on reconnaît très facilement en en mâchant la feuille. Les Indiens l'emploient comme sialagogue et masticatoire; on l'emploie aussi comme tonique, sti- mulante et apéritive; mais c'est surtout en qualité de dépuratif que ses feuilles ont une haute importance. Voici, du reste, comment l'auteur résume les propriétés de ce végétal : 1" Le Siegesbeckia orientalis peut offrir au médecin de précieuses ressources dans certaines affections de la peau ; 2" c'est un des remèdes les plus sûrs contre le Tambave de Madagascar; 3° dans les brûlures, les ulcérations, son suc produit des effets qu'on ne peut révoquer en doute; [\° comme stoma- chique, il peut remplacer avec efficacité les amers jusqu'ici connus en thé- rapeutique. M. Vinson signale ce fait remarquable que le suc de cette phuife, étendu sur une pltiie, l'enduit d'un vernis analogue à celui du collodion, fait cjue 138 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. rappelle le nom vulgaire de Colle-colle, et qui a beaucoup d'importance dans les pays chiiuds, où le tétanos est toujours à craindre. II. Histoire naturelle du Mouroungue {Moringa pterygosperma) . Cet arbre, de la petite famille des Moringées, qu'EndIicher place, faute de mieux, à côté des Légumineuses, a très peu attiré l'attention des auteurs de traités de matière médicale, et cependant l'auteur dit que, parmi les plantes médicinales de nos colonies, il n'hésiterait pas à lui assigner le pre- mier rang, à cause des grands services qu'il rend à l'art médical, à l'in- dustrie, à l'économie domestique. D'après lui, il existe à l'île Bourbon deux variétés de cette espèce, distinguées par la coloration des rameaux et des fleurs, et qui reçoivent de lui les noms de Moiinga pterygosperma alba et M. pterygosperma rubra. Le Mouroungue, introduit, on ne sait à quelle époque, de l'Inde à l'île Bourbon, y réussit merveilleusement. En un an, il atteint jusqu'à 2 mètres de hauteur. Son feuillage léger, 2-3-pinné, ses fleurs blanches ou roses, selon la variété, suspendues en grappes élégantes, le font rechercher comme espèce d'ornement. On en mange les feuilles et les jeunes pousses, nommées dans le pays bipèdes, qui constituent une nourriture stimulante et forti- fiante, bonne surtout pour les phthisiques et les scorbutiques. Ses graines jeunes remplacent nos petits pois, et Bontius rapporte qu'elles sont fort re- cherchées sur les marchés d'Amboine. A l'état de développement complet, elles donnent une huile douce, sans odeur, qui ne rancit pas en vieillissant, qu'on emploie, concurremment avec V huile de Ben proprement dite, fournie par une espèce congénère, et sous le même nom, soit dans la parfumerie, pour la composition des huiles odoriférantes, soit dans l'horlogerie, pour adoucir le jeu des rouages. Mais la grande importance du Moringa pterygo- sperma réside dans sa racine, dont Tv-corce possède des propriétés rubéfiantes trèsprononcées.Cetteracine,jaune,rougeâtreou blanchâtre, rugueuse, exhale, à l'état frais, une odeur absolument analogue à celle de la racine de Rai- fort; elle la perd par la dessiccation, mais elle la reprend si, après l'avoir pulvérisée, on met un peu d'eau froide sur la poudre qij'on en a obtenue. Cette substance a des vertus sinapisantes « de beaucoup supérieures à celles de la farine de moutarde {sinupis nigra), » et ses effets sont toujours iden- tiques. Pour s'en servir, on écrase dans un mortier, et l'on réduit ainsi en pâte l'écorce fraîche de cette racine, ou bien, après l'avoir fait sécher, on la réduit en poudre à laquelle on ajoute de l'eau froide. L'auteur présume que la racine de Mouroungue doit ses propriétés à une huile analogue à celles de la Moutarde noire et du Raifort. III. Clematis mauritiana, Lamk., vulgairement nomme, à l'île Bourbon, Liane arabique. Les feuilles de cette plante, employées fraîches, ont des propriétés vési- REVUE BIBLIOGHAPHIQUE. ■^\ 139 cantes énergiques, en raison desquelles on les substitue avec avantage aux cantharides. Seuieiiieiit leur emploi exige des précautions, un contact trop prolongé avec la peau produisant des plaies profondes, qui peuvent aisément passer à l'état d'ulcères. On les emploie dans les divers cas où les cantharides sont indiquées. Que8e|iie« falt^ pona* servir à riiisfoire cliiiiiic|iie et fecli- iiw8o$;'i<|up «ItB iiiarroK (l'iittle ; par M. P. -H. Lcpage. {Précis de l'Acad. des se., belles-lettres et arts de Rouen, année 185^-1855. Ti- rage à part en broch. in-8° de 15 pages.) L'objet principal de ce travail est de faire connaître la composition chi- mique de la graine de W-Esculus Hippocastanum, telle qu'elle résulte des analyses faites par l'auteur. Voici les résultats que l'analyse a donnés : Eau ^5,00 Tissu végétal, ou parenchyme 8,50 Fécule 17,50 Huile douce saponifiable 6,50 Glucose ou sucre analogue 6,75 Substance particulière d'une saveur à peine douceâtre 3,70 Principe amer (saponiiie) 1,55 Matières protéiques, albumine et caséine 3,35 Gomme 2,70 Acide organique indéterminé/ Potasse , chaux, magnésie, chlore, acide \ et ' snifurique, phosphorique, avec traces [ 1,55 substances minérales. ( de silice j Dans un deuxième chapitre l'auteur s'occupe des applications du marron d'Inde. La substance qui s'y montre en plus grande quantité est la fécule, qui s'y trouve à très peu près en même proportion que dans la pomme de terre. Cette fécule est, dit l'auteur, facile à extraire et à obtenir, d'une sa- veur douce, sans qu'il soit besoin d'ajouter aucun agent chimique à l'eau qui sert à en opérer le lavage. Selon lui, le meilleur et le plus simple moyen de l'employer comme aliment serait de la consommer en nature, en potages au gras par exemple, ou en bouillies au lait. On peut aussi en faire un pain d'un goût agréable en y ajoutant une fois et demie son volume de farine de froment. Le sucre qui existe dans cette graine pourrait faire penser à en obtenir de l'alcool. Mais M. Lepage croit que cette extraction n'aurait rien d'avantageux. En effet, les marrons contiennent trop peu de sucre; leur infusion aqueuse fermente mal ou pas du tout, et la saponine la fait mousser au point d'en rendre la distillation sinon in)possible, au moins très difficile. On peut aussi employer le marron d'Inde au blanchissage du linge, à cause de la saponine qu'il contient. 1/iO SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Alcool fl*Opuiitîa. Un journal allemand annonce qu'une société vient de s'organiser pour établir eu Sardaigne des distilleries dans lesquelles on obtiendra de l'alcool au moyen des fruits de VOpuntia. On sait que cette plante grasse, vulgai- rement connue sous les noms de Figuier de Barbarie, Figuier d'Inde^ est extrêmement répandue aujourd'hui dans cette île, où elle est entièrement naturalisée, ainsi que dans la plupart des parties les plus méridionales de l'Europe et dans le nord de l'AlVique. Or son fruit est extrêmement sucré. On se rappelle même que, a la date de quelques années, des industriels son- gèrent à en extraire en grand le sucre qu'il renferme. Il n'est donc pas éton- nant que maintenant le prix élevé des alcools ait fait penser à en obtenir au moyen de ce fruit, ni que cette nouvelle branche d'industrie s'établisse en Sardaigne, où la plante est si abondante que son produit y est presque sans valeur. MÉLANGES. Fertilité de l'Avoine. Dans le jardin de l'abbaye de Braunau en Bohême, on voyait cette année trois pieds d'avoine provenus chacun d'un seul grain et qui présentaient, l'un 140 chaumes de la grosseur d'une plume à écrire, le second 96 chaumes, le troisième 80. A^e de «fiielques Ifs. L'If parait être celui des arbres de l'Europe qui peut vivre le plus long- temps, l>a mesure de ses couches ligneuses faite plusieurs fois avec soin a montré que, pendant les 150 premières années de son existence, son tronc gagne chaque année un peu plus d'une ligne d'épaisseur, et que de 150 à 200 ans son accroissement annuel en épaisseur n'atteint pas tout à fait une ligne. D'après ces données, il est facile de voir que divers pieds de cet arbre qui existent dans la Grande-Bretagne remontent à une époque fort reculée. Il en existe plusieurs à la vieille abbaye de Fontaine, près de Bippon, dans le Yorkshire, qui étaient déjà connus pour leur grosseur en 1133 et qui, en 1770 avaient atteint 1214 lignes de diamètre. Ils auraient donc aujourd'hui plus de douze cents ans. Ceux qui se trouvent dans le cloître de Crow- Hust, dans le comté de Surrey, mesuraient 1287 lignes de diamètre en 1660, d'après Evelyn. Comme ils existent encore ils doivent être âgés de quatorze cent cinquante ans. L'If de Fotheringhall, en Ecosse, avait envi- ron 2588 ligues de diamètre en 1770; il avait donc alors deux mille six cents ans. Enfin celui qu'on voit dans le cloître de Braburn, dans le Kent, avait une épaisseur de 2880 lignes en 1660. Son âge actuel est donc de trois mille ans, {Bonplandia.) REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. M. 1/jl Ilittlioiliiiijgfcii iiher eiiien ntMieii Apparat fuer ntskros- kopiehes Zeielincu {Note sur un nouvel appareil pour dessiner au microscope) ; par le prof. Wigand [Flora; n' du 28 novembre 1855, pag. 689-693). Cette note, dont M. Wigand est désigné comme l'auteur, n'est en réalité qu'une lettre du professeur Gerling, dans laquelle se trouvent exposés les détails de construction d'un appareil pour dessiner directement les objets vus sous le microscope, et quelc|ues développements sur les principes de cette construction. Cet appareil est une Caméra lucida ou Chambre claire, comme les microj:rapbes en emploient tous les jours. iNous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer que ni le principe sur lequel il est basé, ni les détails de sa construction ne sont nouveaux, et qu'il revient purement et sim- plement à la Chambre claire connue en France sous les noms de MM. Doyère et Milne lulwards, ses inventeurs, telle que la construit depuis plusieurs années notre habile et célèbre opticien Georges Oberhaueser. La seule mo- dification que M. Gerling y ait apportée, consiste à ^ubstituer aux deux prismes k section de trianyle rectangle deux petits miroirs d'acier, c'est-à- dire deux miroirs deSoemmerring. Or nous doutons fort que les microgra- phes regardent cette substitution comme un perfectiotmement. La consé- quence qui nous semble découler de ces faits c'est que la Chambre claire de MM. Doyère et Milne Kdwards doit être fort peu connue en Allemagne, tandis qu'elle l'est beaucoup en France. Quoiqu'il en soit à cet égard, voici en peu de mots quel est l'appareil décrit comme nouveau dans l'article de la Flora. Au-dessus de l'oculaire du microscope placé verticalement, M. Gerlin» dispose un petit miroir d'acier situé un peu à côté de l'axe de l'instrument sur lequel il est incliné d'un peu plus de ko degrés. Par l'effet de cette situa- tion l'œil peut regarder directement les objets à travers le microscope en même temps qu'il reçoit les rayons rétkcbis par ce miroir. Un autre miroir plus grand, placé vis-à-vis de celui-ci, et sous la même inclinaison, réfléchit sur lui les rayons lumineux qu'il reçoit lui-même. Il résulte de là que si l'on promène w\\ crayon sur un papier posé à côté du microscope, sur la table qui le porte, l'œil de l'observateur (jui regarde dans l'instrument voit à la fois et l'objet directement et le crayon par double réflexion, c'est-à-dire par le moyen des deux miroirs. L'effet total est tel que limage de l'objet semble reportée sur le papier pose à côté du microscope, et que, voyant en même temps le crayon, on n'a qu'à suivre avec celui-ci toutes les lignes de cette image pour en dessiner une reproduction exacte. Ce peu de mots suffit pour montrer qu'il y a identité complète entre l'ap- pareil de M. Gerling et la chambre claire de MM. Doyère et Milne Edwards. Nous ajoutcTons cependant comuie j enseignement utile que la chambre claire 4â2 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. construite avec les deux miroirs d'acier par M. Schubart, à Marburg, ne coûte que 3 thalers et demi (1/i francs), tandis que le prix de celles qui sor- tent des ateliers de Georges Oberhaeuser, construites avec deux prismes, ne coûtent pas moins de 35 francs. NOUVELLES. — Nous avons sous les yeux le catalogue imprimé de la bibliothèque de feu G. W. Biscboff, le célèbre professeur de Heidelberg, dont la vente est annoncée comme devant avoir lieu à Berlin, le 19 mai prochain. Cette col- lection est aussi nombreuse que précieuse par le choix des ouvrages qui la composent ; en effet, elle ne comprend pas moins de 198i numéros, et toutes les parties de la science y sont bien représentées. On en jugera par le relevé suivant. Les livres de botanique inscrits au catalogue sont divisés en caté- gories de !a manière suivante : 1° Bibliographie. Histoire de la botanique. Biographies : 62 numéros. — 2° Auteurs anciens : 6/1 numéros. — 3° Jour- naux, Collections : 69 numéros. — U° Traités généraux et systèmes : 120 numéros. — 5" Flores: 315 numéros. — 6° Géographie des plantes et voyages : 80 numéros. — 7° Morphologie, Anatomie et Physiologie : 326 numéros. — §0 Cryptogames : 28U numéros. — 9° Phanérogames, Monographies : ^68 numéros. — 10' Plantes nouvelles et rares : 81 numéros. — 11° Botanique appliquée, Horticulture : 89 numéros. — 12° Plantes fossiles : 30 numéros. La bibliothèque de Biscboff contient plusieurs grands et splendides ou- vrages à planches, tels que les Plantte asiaticœ rarioi^es de Wallich ; les grands ouvrages de MM. de Humholdt et Bonpland ; la plupart de ceux des Jacquin, notamir.ent V Horlus schoenbrunensis, les Fragmenta, les, Eclogœ, Hortus vindobonensis, les Oxalis, etc. ; les plantes grasses de De Candolle et Redouté ; la Flora japonica de Siebold et Zuccarini ; les figures et des- criptions de Champignons de Krombholz ; la Phycologia generalis de Kût- zing ; la Dryologia europœa de Bruch, Schimper et Gûmbel ; le Species MfscorMm d'Hedwig, avec les suppléments, etc. Parmi les grandes collections académiques et les journaux nous signale- rons la série complète des Mémoires de l'Académie du Danemark, en 12 vol. et 210 plan.; celle des Mémoires de la 1'''= classe de l'Académie des Pays-Bas, en 25 vol. ; les grandes publications de l'Académie des sciences de Paris ; les collections de VAllgemeine Gartenzeitung, de la Flora^ de r/ses, de la Linnœa, de la Botanische Zeitung, des mémoires de la Société d'horticulture de Prusse, en 18 vol. in-W, etc. Eniin nous ajouterons que la bibliothèque de Biscboff est riche en mé- moires détachés, et en tirages à part d'écrits publiés dans différents recueils ; en un mot, eu travaux qui, pour la plupart, ne se trouvent pas dans le cora- REVUE BIBLIOGRAPHIQUE. 143 raei'ce de la librairie, et qu'on ne voit guère que dans les coHeetions des savants, dont les relations scieutiliques sont étendues. MM. R. Friedlaender et fils, à Berlin, Kurstrasse, 50; IM. Gaveiot jeune, rue des Bons-Knfants, 26, à Paris; ]\IM. Williams et Norgate, à Londres, sont désignés sur le catalogue comrae se chargeant de commissions pour la vente de la bibliothèque de Bischoff. Plantes à vendre. Herbier classique. Collection de cent plantes vulgaires, choisies parmi les familles mentionnées au programme du baccalauréat es sciences. Toutes ces plantes, récoltées en tleur et en fruit, seront accompagnées d'une éti- quette portant le nom générique, le nom spécifique, le nom vulgaire, la famille, la classe linnéenne, les caractères du genre et de l'espèce et les par- ties de la fructification disséquées et collées. Fixées sur des feuilles de papier blanc, elles formeront deux fascicules renfermés chacun dans un carton élé- gant, format in-folio. Le premier fascicule paraîtra à la fin de |uin pro- chain ; le second, vers le 15 août. Le prix de l'Herbier classique est de 20 francs., payables en deux parties égales, après la réception de chaque fascicule. S'adresser franco., avant le 10 mai, à M. Léré, professeur, à Pont-à- Mousson (Meurthe), rue du Camp, n° 8. BIBLIOGRAPHIE. Flora oflcr alls'cnieiue Botaiiiselie Zcitiiug-. Articles originaux publiés à partir du mois d'avril 1855. Hochstetter {C/i. F.) — Plantas novas africanasproponit et describit ; n°^ 13, 18, 21 ; p. 196-205, 273-285, 321-335. Lagger [D'). — Carex Dematreana, ein neues Riedgras fiir die Schweizer- flora. [Carex Dematreana, Cypéracée nouvelle pour la llore de Suisse) ; D» 13, p. 206-207. Landerer (/)"■). — Ueber die Bedeutuiig der Blumen im Altherthume. (Sur l'importance des fleurs dans l'antiquité); n" 16, p. 209-217. Caspary (l)" liobert). — Naclitraf; zu meinem Aufsatz : Ueber Samen, Kei- mung, Specien und Nrelirpflanzen der Orobanchen. (Supplément à ma note : sur la graine, la germination, les espèces et les plantes nourricières des Orobanches); n° 15, p. 225-237. Massalongo [A. D. P. B.) — De Cryptogamis nounullis novis agri Vero- nensis ; n° 16, p. 261-264, pi. IIL Hofnieister [W.]. — Embryologisches (Note embryologique) ; n°17,p. 257- 266. l/jii SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Nylandcr {D' W.]. — Kritische Bemerkungen, etc. (Remarques critiques sur les deux fascicules des Lichens d'Europe puliiiés par M. Hepp) ; u° 21, p. 289-299. Traduction libre d'un travail publié dans le Bulletin de la Société botanique de France, I, p. 319. Leybold {Friedrich) .— E'm botanischer Ausflug auf den Gaukofel in Sûd- tyrol. (Une excursion botanique sur le Gaukofel, dans le Tyrol méri- dional); II" 20, p. 305-316. Leybold (Fr.). — Stirpiumin Alpibusorientali-australibusnuperrime reper- tarum nonnullarumque non satisadbuc expositarum Icônes quibus brevem ex recentissimisobservationibusderivatamadjunxitdescriptionem; n''22, p. 337-3^9, pi. IV-XV. Gûmbel [Th.). — Eine tigenthûmliche Art der Bildungsweise vom Kartof- felknollen. (Mode particulier de formation du tubercule de la Pomme déterre); n" 2a, p. 369-370. Strauss [Friedrich von). — Heutige INamen der von Schaeffer in ^ Fungorum Bavariae etPalatinatus, qui circa Ratisbonam nascuntur, Icônes abgebil- deten Pilze, etc. (Noms actuels des Champignons figurés par Schaeffer dans ses Icônes, etc.) ; n*" 26, p. h^\-h\Z. Hochstetter. — Kritische Bemerkungen iiber einige exotischeOrasgattungen, etc. (Remarques critiques sur quelques genres exotiques de Graminées et sur leurs espèces, rectifiant les erreurs de différents auteurs, et particu- lièrement donnant des éclaircissements sur plusieurs des Graminées publiées par VUnion itinéraire) ; n" 27, p. Zil7-432. Wolfner [D" Wilhelm). — Zwei neue Pflanzen-Arten aus Boehmen, etc. (Deux nouvelles espèces de plantes de la Bohême, [Alliuni Opizii, Cytisus repens]); n° 28, p. a33-/i34. Schacht [Hermann). — Ueber die Befruchtung der Pedicularis sylvatica. Sur la fécondation chez le Pedicularis sylvatica) 5 n° 29 et 30, p. /[i49-461, /i65-476, pi. XVI. Nylander [W.) — Animadversiones qusedam lichenogratlcae; n" 31, p. USl- Sentder [0.]. — Zur Bôdenfrage der Pflanzen dienende chemische Analyseu aus^efûhrt von D' C. Voilh. (Analyses chimiques par le D"" G. Voith, ser- vant à éclairer la question des rapports des plantes avec le sol, etc.); n" 32, p. 499-510, Bamberger [G.). — Ein kleiner Beitrag pflanzengeographischen Inbalts. (Petite note de géographie botanique) ; n" 35, p. 5/j5-5ù7. Hasskarl (J, K.). —Ueber einige neue Gattungen der Sapotaceœ, welche Getah pertjah liefern. (Sur quelques nouveaux genres de Sapotacées, qui fournissent de la Gutta-percha); n» 37, p. 577-579. Paiis. — Imprimerie «le L. MARTINET, rue Mignon, 2. SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. SEANCE DU 14 MARS 1856. PRÉSIDENCE DE M. DE SCHOENEFELD , VICE-PRÉSIDENT. : M. de Schœnefeld, en prenant place au fauteuil, présente les ex- cuses de 31. Passy, président de la Société, empêché de se rendre à la séance. M. Ducliarlre, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du '22 février, dont la rédaction est adoptée. Par suite des présentations faites dans la dernière séance, 31. le Président proclame l'admission de: 3I3I. Gretaine (Alexis), interne en pharmacie, quai de Béthune, 26, à Paris, présenté par 3I3I. L. Soubeiran etComar. GuiART, pharmacien en chef à l'hôpital de la Pitié, à Paris, pré- senté par M31. Chatin et Fermond. 31. le Président annonce en outre quatre nouvelles présentations. Dons [ails à la Société : 1» Par 31. Duchartre : Expériences sitr la végétation des plantes épiphytes, et conséquences qui en découlent relatioement à la culture de ces plantes. Paris, 1 856 . 2° Par 31. Léon Soubeiran : Mémoire tendant à faire admettre au nombre des vérités démontrées la théorie de Lahire sur l'origine et la direction des fibres ligneuses dans les végétaux, par Poiteau, 1831. Essai sur la nature des substances connues sous le nom de gommes- résines, par J. Pelletier, 1812. 3° De la part de 31. Timbal-Lagrave, de Toulouse : Note sur le Ranunculus tuberosus, l.np. T. 111. 10 ihù SOCIÉTÉ BOTANIQl'l! DE FRAlNCn:, h" De la part de 31. Kleinliolt : Causes et caractères de l'altération despomjnes de terre ^ moyens de les préserver de la maladie, 1856. 5° En échange du Bulletin de la Société : Bulletin de la Société industrielle d'Angers, 1850 à 1853. Congrès scientifique de France, 2 vol. Bulletin de la Société impériale zoologique d'acclimatation^ t. III, n°' 1 et 2 ; et Rapport de l'année 1855. Journal de la Société impériale et centrale d'horticulture de Paris, numéro de janvier 1856, L'Institut, février et mars 1856, trois numéros. M. Ducharlre fait hommage à la Société de sa notice intitulée ' Expérie?ices sur la végétation des plantes épiphytes. M. J. Gay fait à la Société une communication intitulée : Revue du genre Asphodelus et des genres voisi?2S (d). A l'occasion de cette communication, dans laquelle M. Gav a dit quelques mots sur la végétation deV Agave americana, M.Balansa fait remarquer que cette plante, qu'il a pu ohserver fréquemment en Algérie, meurt inévitahlement après sa floraison. Le pied qui fleurit est ordinairement, avant le développement de sa hampe florifère, entouré de rejets, qui le remplacent après sa morl. M. Cosson confirme ce fait. V Agave se perpétue par des rejets qui naissent à l'aisselle des feuilles. Dans les haies d' Agave on arrache les pieds qui ont fleuri, et qui, dans aucun cas, ne peuvent continuer à vivre. M. Germain de Saint-Pierre ajoute qu'il en est de même chez toutes les monocotylédones vivaces. Lorsque la plante-mère meurt, elle est remplacée par des rhizomes sortis de l'aisselle des feuilles, et terminés chacun par un hourgeon. Il cite comme Q\çm^\eY Asphodelus luteus. M. de Schœnefeld rappelle que le mode de végétation desSemper- vivum a la plus grande analogie avec celui de V Agave americana. M. de la Perraudière a vu, aux îles Canaries, WEonium ccespitosum présenter des faits semblables. M. Balansa est d'avis que les plantes monocarpiques sont beaucoup plus nombreuses qu'on ne le croit généralement. Il a vu souvent aussi (1) GcUe coninuinication devant cire reprodiiilc plus lard par AI. Gay, avoc de nouveaux développemcnis, sou insorlioii dans le l'iiiielin est ajomnrf. SÉANCE DU lll MARS 1856. 147 des rameaux qui sont réellement monocarpiques, et que pourtant on regarde parfuis comme stériles, parce qu'ils ne fleurissent qu'après plusieurs années. Il a constaté entr'autres ce fait sur plusieurs Euphorbes. M. Léon Soubeiran donne lecture de l'extrait suivant d'une lettre qu'il a reçue de M. Orphanidès : Athènes, 4] 13 janvier 4850. Mon cher camarade en Linnaeus , De la réponse que je recevrai d'Allemagne, dépend en grande partie mon prochain voyage, et, si je pars pour l'Asie Mi- neure, soyez sûr que vous aurez une notice exacte sur le styrax et sur les autres objets de matière médicale du pays. Pour le moment je puis vous assurer d'une erreur de M. le professeur Guibourt. Le styrax liquide n'est pas le produit de l'arbrisseau Styrax officinale, mais provient d'un Liquidambar qm croit dans l'Asie Mineure, vis-à-vis de Rhodes. Cela résulte d'un échantillon que l'on m'a apporté, mais en trop mauvais état pour pouvoir en déterminer l'espèce. Penl-être ce Liquidambar e&t-W nouveau, puisqu'il n'a jamais été cité dans le monde scientifique ? Un malheureux accident a fait périr les échantillons qu'on nous envoyait cette année; mais j'espère plus tard les avoir moi-même. De l'étude que j'en ai faite et de celle qu'en a faite de son côté M. Crinos, pharmacien distingué d'Athènes, et élève de mon- sieur votre père, nous croyons que le texte de Dioscoride au sujet du Styrax doit être corrigé. Mais je reviendrai plus tard sur ce point et sur plusieurs autres analogues. J'ai vu par expérience combien le conseil que notre maître Adrien de Jussieu me donnait, est vraiment infaillible. Il me dit un jour : « En fait de plantes des anciens, il ne faut pas prendre en consi- dération ce que les savants d'Europe eu ont dit, mais il faut étudier les plantes de votre pays, les ouvrages des anciens, consulter les traditions des peuples, et leurs préjugés même, réfléchir mûrement, et au bout de dix ans, communiquer le résultat de vos études aux corps savants. De cette manière, je suis assuré qu'un Grec, résidant dans son pays, peut nous éclairer sur une foule de questions insolubles encore, à cause de l'obscurité ([ui règne sur le texte et les descriptions des anciens auteurs. » Paroles dignes d'un Jussieu et conseil plein de sens, que j'ai toujours présent à l'esprit depuis six ans, et dont je commence à goûter le fruit. Tout à vous, G. -Th. Orphanidès. M. Balansa l'ait observer qu'il n'y a pas de Liquidambar en Asie- mineure. Dans le Taurus, le Styrax est très connnun, mais .M. Balansa n'a pas appris qu'on employât dans le pays môme la substance qui en 148 SOCIÉTÉ lîOTANIQllE DE FRANCE. provient . Néanmoins, il a vu ses guides faire des incisions au pied des arbres et en oiîtenir ainsi un suc résineux. M. Soubeiran ajoute que M. Délia Sudda l'a assuré que la substance connue en pharmacie sous le nom de styrax ne provient pas d'une espèce du genre qui porte ce nom. M. François Lenormant présente à la Société des empreintes de médailles antiques trouvées en Sicile, et fait à ce sujet la communi- cation suivante : NOTE SUR QUELQUES REPRÉSENTATIONS ANTIQUES DU CIIAM.^ROPS HUMILIS , par M. FRAINÇOÏS LEIMOR.lI,lIVT. Il est peu de pays eu Europe dont la flore ait autant changé depuis l'antiquité que celle de la Sicile. La plupart des plantes qui donnent un aspect si original et si frappant aux paysages de cette contrée viennent d'Amérique ou d'autres pays inconnus des anciens et sont d'une introduction comparativement très récente. Seul le Chamœrops humilis remonte à l'anti- quité. Kn voyant la plaine de Sélinonte couverte de palmiers nains, on ne pouvait s'empêcher de supposer que c'était à cette circonstance que Virgile, si exact dans ses descriptions, faisait allusion dans le vers : Teque dalis linquo ventis, palmosa Selinus (1), et que Silius Italicus avait dû être fiappé de la même observation quand il écrivait, ....... palmisque arijusta Selinus (2). Le Chamœrops /tu7)iilis (^U\U du reste parfaitement décrit, sous le nom de j^a/jtafppttpsç tfoTvt^, par Théophraste (3) qui disait : Il pousse abondam- ment en Crète et encore plus en Sicile, « ttoXXo'c 6ï xui h vç Kf>r,Tf, ylvovrai xat zTt pôcXXov Èv Tfl I.ixili'y. [U). » On devait donc s'attendre à trouver quel- ques représentations du palmier nain sur des monuments d'origine sicilienne. C'est à Sestini ({n'appartient l'iionneur d'avoir reconnu le premier la figure de cet arbre sur une curieuse monnaie d'argent de Camarina, dont (1) JEn., m, v. 705. (2) XIV, V. 199. (3) Hist. plant., II, 6, 11. — l'iine [Hist. nat., Xlil, 9) s'est borné à traduire le passage de Tliéophraste. (/i) Dioscovide (Mat. vied., I, lZj9) meiilionnc aussi le Chamœrops sous le nom de 7_*u.c.iîir.>.o; cf'.Iviç. SÉANCE DU 1/» MARS 1856. lZl9 nous avons reproduit le revers au bas de notre planche (1). Je renverrai au mémoire de ce savant numismatiste (2), après lequel Je u'aurais rien à écrire sur ce sujet, si je n'avais pas, sur de nouveaux monuments, reconnu d'autres représentations du Chamœrops qui nie paraissent tout à fait digues de l'attention de la Société. C'est d'abord une médaille d'argent de Ségeste, autre ville de la Sicile, où nous voyous, dans le champ du revers, la feuille en éventail du palmier nain, si facile à reconnaître. Cette pièce, qui fait partie de l'admirable col- lection de M. le duc de Luynes, est encore inédite; nous en devons une empreinte à la généreuse complaisance de son propriétaire, et nous en avons fait graver le revers au bas de notre planche (3). Le second monument que je crois devoir signaler à la Société est un vase peint de fabrique d'Agrigente, qui a déjà été plusieurs fois publié et que l'on trouvera encore repi'oduit dans V Élite des monuments cérmnogra- phiques [h] de mon père et de M. de Witte. Ses deux faces ligurent au som- met de notre planche. Nous y voyons d'un côté Triptolème assis dans son char traîné par des serpents, entre Proserpine tenant un flambeau et Cérès tenant à la main des épis de blé; Cérès verse à Triptolème le xyxewv, espèce de bière (5) qui jouait un grand rôle dans les mystères. Sur l'autre face sont représentés Celéus, le vieillard qui accueillit Triptolème dans l'At- tique, et ses deux filles. L'explication de ces diverses figures se trouve donnée tout au long, avec tous les développements nécessaires, dans le texte de Touvrage que nous venons de citer. Ce qui nous intéresse, ce sont les palmiers qui sur cliaciue face se trouvei'.t des deux côtés de la composi- tion. Ces palmiers, (iuoique représentés d'une façon un peu grossière, comme le sont [iresque toujours les plantes sur les vases peints, ne sont sûrement pas (1) Voici la description compl('le de celte médaille, dont un lumvol exemplaire est veiiii dernièrement onricliir la collection de M. ie duc de Liiynes : Bouclier rond avec, au cenlre, le casque appelé a«/o]«'s. ï} KAM AIîl, Palmier nain entre deux cnémides ou janibirds. n\ (2) Lettere numismatiche di contimiazione, t. [, p. I et sqq. (3) Cette médaille présente les mêmes lypiîs que les pièces publiées par Torre- muzza, yum. Sic, tab. !;XIII, n'" i-'i. Au droit, la tète de la célèbre statue de la Diane de Ségcste, enlevée une première fois par les Caitliaginois et une seconde par Verres (Cicer., in ]'err., act. IV, 33-36), et au revers un cliicn debout. {li) T. iri, pi. l,IX et LX. '5) l,c cijcéon, d'après VHymne homérique à Cérès (v. i>03-20/i), était l'ait avec de l'eau, du ^'ruau d'orge (àx^i) el des feuilles de mcutiie. Ce n'était pas une bouillie, comme on l'a cru assez généralement jusqu'ici, mais une boisson lermentée, ainsi fpie l'ont démontré mou père et M. de Witte {EL des mon. cér., I. IH, p. 108). Les Kgypiiens faisaient usage d'mie espèce de bière analogue. Hérodote (11, 77> 150 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. des dattiers (1), et nous devons y reconnaître des Chamœrops ayant un grand développement, comme il s'en rencontre quelquefois. Les feuilles, pour se rapprocher de la forme du dattier que l'artiste avait probablement plus dans la main, sont représentées de profd, et on ne les voit pas s'étaler en éventail comme sur la médaille de Camarina. Maintenant, quel rôle peut jouer la figure du palmier nain sur un vase relatif à Triptolème et au culte de Cérès ? Pour le comprendre, il faut com- parer les autres représentations relatives au même culte et au même ordre d'idées. Souvent, sur les vases analogues à celui que nous publions de nouveau aujourd'hui, nous voyons une opposition établie entre l'état des hommes qui ont reçu le bienfait de l'introduction du blé, symbole de la science des mystères, et celui des hommes qui ne l'ayant pas reçu sont encore dans la barbarie, c'est-à-dire des non-initiés. C'est ainsi qu'un vase à figures noires dont on trouvera les peintures reproduites dans V Elite des monuments céra- mograpldques (2) nous montre d'un côté Triptolème apportant aux hommes la culture du blé, et de l'autre les Amazones représentant les peuples barbares ; « les Amazones sont ainsi nommées, dit le Grand Etymolo- » gique, de à etpâCa, parce qu'elles ne faisaient pas leur nourriture de blé, » mais de serpents, de lézards, de tortues et d'autres animaux du même » genre, » ort pa^ou xai TjSotpTÏî où p£T£<7;)^ov, à).X vfZfji xa\ a\).o(; rtrj'i Grjptot; zTç,iifo-jzo, «7œûpa[?xat jfîXwvatç. Il semble que sur notre vase il y ait une oppo- sition semblable, mais comment le Chamœrops humi lis peut-il l'exprimer? Le grammairien Servius, en commentant le vers de Virgile que nous avons dit : « Ils se servent de vin fait avec de l'orge, leur pays n'ayant pas de vignes, n Il est qiieslion de cette boisson dans le Itiliicl funéraire égyptien {Todtenhuch der j-Egijptier, cliap. 5, col. 5) ; « Que je fortifie mon actimté avec les liqueurs de grain rouge. ■» (i) La représentation du dattier est comminic sur les monuments de l'antiquité. Sur les vases peints on la rencontre fréquemment, surtout sur ceux qui se rap- portent au culte d'Apollon [Élite des monuments céramographiques, t. Il, pi. I a, XL, XLl, XLII), à cause du palmier de Délos sous lequel Latone avait mis au monde ses deux enfants (tlomer. , Ihjmn. in ApolL, v. 17, sqq. , v. 117; Calli- niacli., Hyran. in Del., v. 206, sqq.; Homer. , Odyss.,Z, v. 162), Le lecteur n'a qu'à se reporter aux peintures de vases que nous venons de citer, il verra les diffé- rences essenlielies qui distinguent la représentation du Chamœrops sur notre vase, du type h.ibilncl du dattier sur les monuments de la même nature. l'armi ces peintures nous signalerons surtout celle de la planche I a de VElite des monuments céramographiques , où l'on voit deux palmiers, l'un mâle et l'autre femelle, faisant allusion aux deux enfants de Lalonc, Apollon et Diane. I.es anciens, comme on sait, avaient déjà rccoiuiu dans le dattier la dilférence dos se.xes et le phénomène de la fécondation. (2) T. III, pi. LXV et LXVi. SÉANCE DU 14 MARS 1856. 151 cité au commencement de cet arlicle, s'exprime ainsi : Setinus civitas est juxta Lilybœum, abimdans palmis quibus vescuntur. Le cœur du palmier nain, on me permettra ce mot peu scientifique, fournit en effet un aliment dont on fait encore usage en Sicile, en Ai^iérie, et dans tous les pays où croit cette plante. Voici ce que disent à ce sujet MM. Spix et de Martius, dans leur magnifique ouvrage sur l'histoire naturelle des palmiers (1) : Usus huJKS pdmœ varius. Tarionuin et caudicum pars ima, ad collum radicis siib terra recondita, quœ primo vere tenera esse solet atque sapore petiolos CynarœCardmculi wmulatur, coda comeditur; pariter et infima frondium basis, gemmœ in modurn convolnta atque exteriorum frondium vaginis tecta, ut aliarwn palmarum meditullium et gelatinosa medulla spadicum novel- lorwn intra frondes reconditorum edi possunt. Berberi e turionum subter- raneorum parte molli et amylacea farinam rudemprœparant. Cicéron, dans ses Verrines, décrivant la misère des matelots de la flotte deVerrès, nous les montre ainsi : Postqvam paullum provecta classis est, et Pachynum quinte die dcnique nppulsa est, nautœ, famé coacti, radiées palmarum agrestium, quorum erat in /lis locis, sicut in magna parte Siciiiœ, multitudo, collige- bant et his miseri perditique alebantur {1). Mais voici un autre passage bien plus curieux du même discours : Cicéron raconte comment les pirates ciliciens, après avoir battu et brûlé la flotte du préteur romain, étaient entrés dans le port même de Syracuse: liadices palmarum agrestium, quas in nostris navibus imenerant, jaciebant, ut omnes istius improbitatem, et ca- lamitatem Siciliœ passent cognoscere. Siculosne milites, aratorumne libéras, quorum patres taMum labore suo frumenti exarabant, ut populo romanu totique Italiœ suppeditare passent ; eosne, in insula Cereris natos, ubi pri- mum fruges inventée esse dicuntur, eo cibo esse usos, a quo majores eorwm cœteros quoque, frugibus inventis, removerunt ? Te prœtore Siculi milites palmarum stirpnbus, prœdones Siculo frumento utebantur (3). Ce passage de Cicéron ne peut plus nous laisser de doute sur le sens de la figure du C/mmcerops dans le monument ([ue nous avons sous les yeux. Le palmier nain y est représenté comme l'aliment dont les hommes se ser- vaient avant que Triptolème leur eût enseigné la culture des céréales. Nous avons aussi, sur ce monument fabriqué à Agrigoute, une trace de la tradition sicilienne que nous fait connaître le grand orateur romain. Nous sommes amenés par la a rattacher a la même tradition et au culte de Cérès, si important en Sicile, les représentations du Chamœrops que nous avons reconnues sur les monnaies de Camarina et de Ségeste. Les médailles de cette dernière ville nous offrent une opposition absolument analogue à celle (1) 1*. 2/iy. (2) In Verr., aci. Il, 5, oo. (3) Ibi(K,oS. 152 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. que nous avons reconnue sur le vase expliqué plus haut. Sur la pièce de M. le duc de I.uynes nous trouvons dans le champ la feuille du Chamœrops; une autre médaille absolument semblable, que nous avons fait graver égalmient au bas de notre planche, nous offre a la même place trois épis de blé (1). C'est donc l'opposition de l'aliment primitif des hommes barbares et du bléqui leur a été apporté avec la civilisation, non plus réunis sur le même monument, mais représentés chacun sur une médaille dans une émission simultanée. Les faits analogues ne sont pas rares dans la numismatique antique. Un vase peint, qu'on trouvera à la planche LXIX dans VElite des monu- ments céramographiques et dont nous reproduisons ici la peinture, appar- tient encore au même ordre didees et de traditioniv Nous y voyons le tau- reau dompté et soumis au joug pour labourer la terre d'après les instructions de Triptolème présent à cette scène et qui la dirige. Dans le champ de ce vase nous voyons encore la feuille en éventail du Chamœrops, dont la pré- sence après ce qui précède ne doit plus nous étonner et s'explique suffi- samment. A côté de cette scène est représenté un tronc d'arbre sur lequel est jeté le vêtement d'un des personnages. Cet arbre, qui parait eniière- ment dépouillé de feuilles et de branches, me parait représenter le Chamœ- rops qui a servi à la nouniture, alors (|ue le cœur ou \<\. cervelle (èyxîtpaXoç), comme disaient les anciens, a été enlevé ainsi que les feuilles (2). Les monuments que nous venons de faire passer sous les yeux de la Société peuvent être encore étudiés à y\n autre point de \ue, cette fois plus spécialement botanique ; c'est celui de la distribution géographique du Cha- (1) Les trois épis de blé se rencontrent fn^qnommenl sur les monnaies de Sé- geste (voy. Torremnzza, Nnm. Sicil., tab. [,X1I1, n" 1-3; Ouc de Luynes, Mé- dailles inédites, pi. VIF, n" ., Silyhum marianum Gsertn., Acanthus mollis. L. , naturalisés sur plusieurs points de l'Angleterre, d'après M. Waf son, sont des plantes d'or- nement étrangères aux Iles Britanniques, ainsi qu'aux parties voisines du continent, et cultivées primitivement dans les parterres. Arabis Turrita L., Lonicera Caprifolium L. et Senecio squalidtis !.. se sont d'abord montrés aux environs des Jardins botaniciues d'Oxford et de Cambridge, dont ils sont probablement sortis suivant M. Alphonse de Candolle (1). Anémone coronoria L., Onopordon virens DC, Jussiœa grandi (lora Michx., Bidens bipinnata I.., Xantkium spinosum l>. et //i/pericum crispum L., plantes communes et spontanées autour de Montpellier, ne sont pas mentionnées (1) Géographie botanique, p. 651, 6(i7, 669. 154 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. par Magnol dans sa Florc^ qui parut en 1686 ; si elles avaient existé à cette époque, elles ne lui auraient certainement pas échappé. Nous savons même que leJussiœa grandiflora a été naturalisé dans le Lez par le jardinier en chef IMillois, au commencement du siècle; et V Acorus C alamus , planté vers 18^9, dans le parc de Grammont, par le jardinier de M'"* de Bricogne, qui le tenait du Jardin des plantes, s'y est solidement étahli. L'importance du rôle des .Tardins botaniques comme centres de naturali- sation ne saurait donc être contestée. Mais si la plante a pu franchir les murs du jardin et se multiplier spontanément au dehors sans l'intervention de l'homme, cest que le climat et le sol de sa nouvelle patrie lui conve- naient autant que ceux de son pays natal. Avant de se répandre au dehors, elle a dû se naturaliser d'abord dans le jardin même où elle avait été semée. C'est ce ([ui arrive, en effet, et a dû arriver à la plupart des plantes intro- duites de cette manière. Je serais tenté d'appeler ce genre de naturalisation la naturalisation sur place, premier degré de la naturalisation à petite ou à grande distance. Pour le présent et surtout pour l'avenir, il serait, je crois, du plus haut intérêt que les Jardins botaniques publiassent la liste des plantes naturalisées actuellement dans leur enceinte; mais ces listes doivent être comparables. Il est donc nécessaire de bien s'entendre sur ce genre de naturalisation. Qu'une plante vivace s'étende à quelque distance en poussant des rejetons de ses racines, ou se propage par stolons \ que les graines d'une plante annuelle germent sur place sans les soins du jardinier, ce n'est point ce que j'appellerai une naturalisation. Mais lorsqu'une plante, bravant des hivers rigoureux et des étés brûlants, se répand dans les allées et les ban- quettes voisines, se reproduit obstinément en dépit des autres plantes qui les occupent ou du jardinier qui l'arrache ; à plus forte raison, lorsqu'elle se montre dans les parties éloignées du jardin, s'établit sur les murs, pousse sur les amas de terreau ou dans les parties incultes, joue, en un mot, le rôle d'une mauvaise herbe indigène, alors je la considère comme naturalisée dans le jardin. Plus celui-ci sera cultivé avec soin, et plus ces cas de natu- ralisation seront rares et difticiles : un Jardin botanique qui en présenterait des exemples trop nombreux, serait suspect aux yeux des horticulteurs soigneux. Toutefois ils savent tous que la plante naturalisée et aspirant, pour ainsi dire, à l'indigénat, persiste souvent malgré tous leurs efforts. Je donne ici la liste des plantes qui sont actuellement dans ce cas dans le Jardin de Montpellier. J'avertis néanmoins que quelques-unes ont déjà disparu, quand la culture de certaines parties a été changée ou améliorée ; mais la cause de leur disparition étant évidente, je lésai conservées sur cette liste. Elle n'est pas longue, parceque, dans le doute, j'ai préféré m'abstenir. Si quelqu'une de ces espèces devient à l'avenir spontanée dans les environs de Montpellier, il ne sera pas sans intérêt de constater qu'elle l'a été d'abord dans l'enceinte même du Jardin des plantes. SÉANCE DU 14 MARS 1856. 155 Liste des espèces exotiques naturalisées dans le Jardin des Plantes de Montpellier^ m 1855. BALSAMiNEiE Impatiens parviflora DC. Mongolie. Passiflores .... Passiflora cœrulea L. Brésil et Péioii. Leguminoss Sophora alopectiroides L. Tauride, Sibérie, Perse. — Alhagi Maurorum DG. Egypte, Syrie, Mésopotamie. — Hoffmannseggia Falcaria Cav. Montagnes du Chili, Pérou. COMPOSiT.f; Artemisia procera Willd. Europe orientale. — A. annwa Pallas. Sibérie orientale, lacBaïkal. Apocynaces .... Apocynum androsœmifolium L. Toute l'Amérique septen- trionale. AscLEPiADE.E .... AscUpias Cornuti Dne. Virginie. Sesame.e Martynia lutea Lindl. Brésil. BORRAGiNEiE EUisia Nxjctelea L. Virginie. Labiats Priva lœvis Juss. Amérique méridionale. SOLANACEiE Solanum carolinense L. Louisiane, Caroline, New-Jersey. — S. elœagnifolîum Cav. Mexique, Chili, Buenos-Ayres. — Physalis fusco-macAdata Dun. Buenos-Ayres. — Salpichroma rhomboideum Miers. Brésil méridional , Buenos-Ayres. — Jaborosa integrifolia Lara. Pérou. — Datnra quercifolia Humb. Bonpl. Mexique tempéré. — D. Tatula L. Venezuela, Mexique. — Cestrum Parqui L'her. Chili, Buenos-Ayres. ScrofulariacEjE . . Dodartia orientalis L. Caucase, Asie mineure. PORTULACE.E PoTtulaca grandifloi'a C^mb. Bvés'il. KOPHORBIACE.E . . . Ricinus communis L. Asie méridionale. — H. africanus Mill. Alger. Le nombre total des espèces naturalisées clans le Jardin des Pantes de Montpellier s'élève à 2^. J'aurais pu l'accroître de deux espèces si j'avais ajouté Jussiœa grandi flora et Phytolacca decandra; mais ces plantes se trouvant sauvages dans la campagne, je les considère comme dues à des naturalisations antérieures et acquises à la flore du pays. Je me suis également abstenu de mentionner des plantes de l'Europe occidentale, étran- gères à la flore du Languedoc, et qui se sont multipliées spontanément dans le Jardin. Je me suis borné aux espèces exotiques appartenant à l'Afrique, à l'Asie, a l'Amérique, ou à l'Kurope orientale, sur les confins de l'Asie. Si l'on considère ces 2^ espèces sous le point de vue de leur durée, on est frappé de la prédominance des espèces vivaces. Les plantes annuelles ne sont qu'au nombre de six, savoir: Artemisia annua. Impatiens parviflora, Martynia lutea, EUisia Nyctelea, Portulaca grandiflora et Ricinus com- munis. Les espèces vivaces sont trois fois plus nombreuses, La raison en est 456 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. facile à comprendre. Pour qu'une plante annuelle s'établisse définitiventient dans une localité, il faut que ses graines mûrissent tous les ans, conservent leur vitalité pendant Fliiver et germent chaque printemps. Une saison excep- tionnelle, hiver, printemps, été ou automne, peut tuer les graines, arrêter leur germination, empêcher la floraison delà plante, troubler la fécondation ou ne pas favoriser la maturation du fruit et la dissémination des graines; que l'une ou l'autre de ces circonstances arrive une seule fois, et la plante disparait sans retour. Aussi tous les horticulteurs savent-ils combien il est difficile de conserver certaines espèces annuelles dans les jardins. Rien de semblable n'a lieu pour les espèces vivaces; à mesure que la plante se propage de proche en proche, elle forme des colonies durables, qui deviennent à leur tour des centres de dissémination ; aucune des cir- constances météorologiques, si nombreuses et si variées, qui font disparaître la plante annuelle, n'atteint le végétal vivace ; il ne craint que le froid de l'hiver ou la sécheresse de l'été, et encore, si les racines survivent, il ne périt pas. Le raisonnement pouvait donc faire prévoir ce que l'expérience nous apprend, savoir : que la naturalisation des plantes vivaces est plus facile, plus certaine et partant plus commune que celle des plantes annuel- les. Aussi, sur 83 espèces introduites en Angleterre, il yen a 19 annuelles, 8 bisannuelles et 56 vivaces (1). La loi se vérifie en grand comme en petit. Si nous recherchons le lieu d'origine de nos 1h espèces, nous trouvons que la moitié vient de l'Amérique méridionale, et principalement du Brésil, du Chili, du Pérou, du ^lexique et de Buenos-Ayres; quatre seulement appartiennent à l'Amérique septentrionale, autant à l'Asie; deux sont origi- naires d'Afrique, et deux aussi de l'Europe orientale. Il est certainement curieux de voir que ce ne soient pas les pays les plus rapprocliés et les plus analogues pour le climat, tels que la Russie méridionale et l'Orient, qui four- nissent le plus de plantes disposées a se naturaliser. Il est singulier que ce soit la partie méridionale du Nouveau Monde, où l'ordre des .maisons n'est plus le même et où les climats sont forts ditïérents de celui de Montpellier. Le contingent des deux Amériques, en général, est précisément le double de celui de l'Asie et de l'Afrique. Dans l'Europe orientale, la Russie méri- dionale, dont le climat a beaucoup d'analogie avec celui de Montpellier, n'a fourni qu'une seule espèce, VArtemisia procera Willd. La proportion n'est pas la même pour les plantes naturalisées eu Angleterre: un huitième seule- ment vient des deux Anieriques, le reste est originaire de l'Ancien Monde. En étudiant les l'amilles naturelles qui ont fourni le plus d'espèces à notre naturalisation locale, on est frappé de la prédonùnance des Solanées. Sans doute les importants travaux de M. Dunal sur cette famille eut amené dans {i) Alpli- de Çandolle, Géographie botanique, p. 702. SÉANCE DU 14 MAI? S 1856. 157 l'Ecole botanique la culture d'un grand nombre d'espèces ; toutefois elles ne sont pas hors de proportion avec les autres familles, et les Solanées sont loin d'occuper le tiers du terrain, comme cela devrait être si le nombre des espèces naturalisées était simplement proportionné au nombre des espèces cultivées dans l'École. Or, sur les US banquettes qui la composent, les Solanées n'en occupent qu'une et demie ; ainsi donc, si elles ne se naturali- saient pas plus facilement que les plantes des autres familles, elles ne seraient représentées dans notre liste de 2li plantes que par une seule espèce. Au lieu d'une espèce, il y en a buit, c'est-à-dire le tiers du nombre total. Après les Solanées viennent les Légumineuses; puis les Composées et les Euphorbiacées sur la même ligne; enfui, les Balsaminées, Passiflorées, Apocynées, Asclépiadées, Sésamées, Borraginées, Labiées, Scrofularinées et Portulacées, qui n'ont chacune qu'un seul représentant. On ne saurait tirer aucune conséquence de cet ensemble de familles; la prédominance des Solanées semble seule indiquer, de la part de ces plantes, une plus grande facilité à se naturaliser sous le ciel du Languedoc, où un grand nombre d'espèces exotiques fleurissent et fructifient tous les ans à merveille. Sans importance dans son isolement, la petite note qui précède acquerrait une valeur réelle si les autres directeurs de jardins voulaient bien se livrer à un travail analogue; dans l'avenir, ces documents auraient de l'intérêt, en ce qu'ils feraient connaître le mode de naturalisation de certaines plantes étrangères qui apparaissent subitement dans un pays, sans que l'on sache comment ni quand elles y ont été introduites. A l'occasion de cette communication, M. de Schœnefeld rappelle que, dans les pépinières de Trianon, plusieurs espèces se sont natura- lisées. Il cite le Mentha Requienii, VOxalis corniculata, VArenaria balearica, et surtout le Veronica 'peregrina^ que, depuis fort long- temps, on y arrache chaque année comme une mauvaise herbe sans pouvoir le détruire (1). M. Eugène Fournier ajoute que \ Impatiens parviflora s'est natu- ralisé au jardin de la Faculté de médecine de Paris. M. Derouet dit qu'au jardin botanique de Tours, le Thalia deal- hata et X Aponogcton distachyus se sont naturalisés dans des bassins qui étaient naguère alimentés par l'eau tiède d'un puits artésien. Cette eau a été détournée pour un autre usage, de sorte qu'aujour- d'hui ces bassins ne contiennent que de l'eau à la tempéiature ordi- naire, et néanmoins les plantes se sont maintenues. (1) Ces plantes appartiennent à la flore d'Europe. Leur introduction ne peut donc être entièrement assimilée aux naturalisations menlionn(?es par M. Marlins. [Note de M. de Schœnefeld.) 458 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. 31. Cosson mentionne la persistance de quelques plantes du jardin botanique de Versailles, qui ont survécu à la destruction de ce jardin, sur l'emplacement duquel a été construite, il y a seize ans, la gare du chemin de fer de la rive gauche. Plusieurs Chénopodées {VAtri- plex nitens par exemple) s'y sont maintenues pendant bien des an- nées et le Carduus pycnocephalus , s'y trouvait encore l'an dernier. MM. J. Gay et Germain de Saint-Pierre citent encore quelques naturalisations, au jardin des plantes de Paris, en particulier le Si- symbrium Lœselii qui a couvert longtemps une butte laissée sans culture. M. Cosson assimile à ces faits la présence sur certains points des environs de Paris des Salvla Sclareu, Dlantlms Caryophyllus^ Sily- bimi markmum, Hyssopus officinaUs^ etc. M. le Président donne lecture d'une communication adressée à la Société par un de ses membres, qui désire garder l'anonyme. Cette communication a pour objet la critique de l'emploi de la préposition chez appliquée aux plantes, qui se rencontre fréquemment dans les écrits de quelques botanistes. Suivant l'auteur de la communica- tion on ne pourrait, sans violer les règles de la langue française, se servir de la préposition chez (qui vient de casa et signifie proprement dans la maison de) que lorsqu'il s'agit de l'homme et, par extension, des animaux. SEANCE DU 28 MARS 1856. PRÉSIDENCE DE M. A. PASSY. M. Duchartre, secrétaire, donne lecture du procès-verbal de la séance du \.h mars, dont la rédaction est adoptée. Par suite des présentations faites dans la dernière séance, M. le Président proclame l'admission de : 3IM. Char(>y (Alcide), agent-voyer de la ville d'Aumale (Algérie), pré- senté par 3IM. Gogot etDemoget; Garreau (Louis), interne en médecine, à Thôpital de la Charité, à Paris, présenté par 3IM. Léon Soubciran et Le Fort; RosNY (Léon de), rue Lacépède, 15, à Paris, présenté par 3IM. Fr. Lenormant et de Schœnefeld; SÉANCE DU 28 MARS 1856. 150 M. Gl'éniot (Alexandre), licencié es sciences naturelles, rue Férou, 11, à Paris, présenté par MM. Viaud-Grandniarais et Dezanneau. M. le Président annonce en outre deux nouvelles présentations. Dons faits à la Société: 1° De la part de M. G. Billot, de Haguenau : Annotations à la Flore de France et d'Allemagne. 2o De la part de M„ E. Micluilet, de Dole : Herbier de la flore du Jura. Notes et observations sur le premier fasci- cule. 3° De la part de M. P. -H. Lepage : Quelques faits pour servir à l'histoire chimique et physique du marron d'Inde. h" En échange du Bulletin de la Société : Journal de la Société impériale et centrale d'horticulture de Paris, numéro de février 1856. L'Institut., mars 1856, deux numéros. M. le Président annonce que le Conseil a examiné une proposition de MM. Puel et de Schœnefeld, et décidé qu'elle serait, conformé- ment à Tart. Zi7 du règlement, soumise à l'approbation de la Société. Cette proposition est ainsi conçue : La Société tiendra cette année une session extraordinaire, qui aura pour objet l'exploration d'une partie des montagnes de l'Auvergne. Cette session, dont la durée sera d'environ une semaine, s'ouvrira à Clermont-Ferrand le lundi 21 juillet prochain. — En conséquence, la séance ordinaire annoncée pour le 25 juillet sera supprimée. La Société adopte cette proposition à l'unanimité. M. Ducliartre, secrétaire, donne lecture des communications sui- vantes adressées à la Société : SUR UN NOUVE.\U VERBM>CA')I HYBRIDE, par M, II. DE LARAiVIBERCiL'E. (Castres, 20 février 185G.) Beaucoup de cas d'hybridation ont été déjà observés et décrits dans le genre Verbuscum, mais personne n'en a encore mentionné, je crois, entre 160 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. le V. Thapsus et le V. Boerhaavii. C'est une hybride bien caractérisée entre ces deux espèces que je viens aujourd'hui signaler à la Société : Vekbascum Thapso-Boerhaavii, de l.arambg. La taille de ce Verbascum est de 10 à 15 décimètres; il est droit, roide, peu ou point rameux; sa fleur grande, jaune, avec une tache pourpre à la gorge, et ses longues étamines à poils violets, le rapprochent du V. Boer- haavù', dont il a, en outre, les fleurs en glomérules espacés à la base de l'épi. Ce dernier est fort lony et fort grêle (5 à 7 décimètres au moins, la moitié de la hauteur totale de la plante). Ses capsules, comme ses fleurs, sont un peu plus petites que celles du V. Boerhaavii, et les lobes du calice sont presque aussi longs que la capsule. Ses feuilles supérieures et moyennes, sessiles, lancéolées-aiguës ou acuminées en pointe, sont toutes plus ou moins décurrentes sur la tige, et quelquefois t7'ès fortement décurrentes; les infé- rieures sont oblongues-elliptiqucs, pointues, assez longuement pétiolées et légèrement dentées ou crénelées. Cette plante a le port et l'inflorescence du V. Boerhaavii, mais ses feuilles décurrentes et letomentum jaunâtie ({ui recouvre toute la plante, sont du V. Thapsus. Ses rapports avec l'un et l'autre de ces deux types sont très sensibles. J'ai récollé cette belle hybride dans le Sidobre, à la côte de Labayouste, près Brassac, département du Tarn, le 15 août 1855, parnii une immense quantité de V. Thapsus et de V. Boerhaavii. Dans le même champ, croissaient également des V. floccosumen quantité, et j'ai aussi pris quelques hybrides, chez lesquelles il était facile de recon- naître, à divers degrés, la manifestation du V. Thapjsus et du V. floccosum, et se rapportant plus ou moins aux diverses espèces hybrides décrites par MM. Grenier et Godron. NOTE SUR LE BOURGEONNEMENT ET SUR LES ARTICULATIONS DES FOUGÈRES, par mu. VIEILLARD et PAINCUET. (Papéiti, Taïti, 31 mai 4855.) On a déjà constaté que les Fouj^ères entrent pour un cinquième dans la végétation générale de Taïti, cet aperçu n'est point exagéré. Les espèces herbacées surtout abondent, et les Fougères arborescentes ne sont représentées que par deux ou trois genres {Alsophila et Cyathea). Ces deux genres, si élégants par leur port, ne se rencontrent jamais a une altitude moindre de 500 à 600 mètres et toujours sur les versants humides et ombragés, où elles forment des massifs magniiiques. Beaucoup d'individus atteignent 8 et 10 mètres de hauteur. Indépendamment de l'intérêt que ces genres nous ont offert au point de vue de la flore du pays, ils nous ont fourni l'occasion de constater un SÉANCK DU 28 MARS 1856, l6l phénomène organographiqiie fort remarquable ; nous voulons parler de la ramification ou bourgeonnement latéral dustipe. Ce phénomène, qui doit être fort rare ailleurs, puisqu'il a échappé aux botanistes qui ont visité les pays intertropicaux, est très commun sous ce climat. Nous l'avons observé sur des milliers d'individus. Voici en quoi il consiste : à un degré de végétation « plus ou moins avance (variable, du reste, suivant les genres), à la place de la fronde il se développe un bourgeon écailleux qui tient au stipe par un support étranglé et très court. Ce bourgeon s'accroît bientôt en longueur et en épaisseur, et présente lui-même une série de frondes. Ces bourgeons sont toujours placés au sommet du stipe, et un même individu nous en a présenté cinq à différents états. Le plus inférieur de ces bourgeons avait 35 centimètres de longueur et était garni de cinq frondes. Le fait est ici bien différent de ce qu'on a observé sur l'individu d'Also- phila Pen'ottetkma que possède le Muséum. En effet, dans le cas présent, ce n'est point une bifurcation du stipe que l'on observe, mais bien un véri- table bourgeonnement latéral par l'effet de la transformation de la fronde en rameau, comme le prouve l'étranglement qui le fixe à la tige, étran- glement qui n'est autre chose que le pétiole, ainsi que nous l'ont démontré les coupes que nous avons faites. Une autre espèce d'Alsophilu, semi-indusiée, nous a présenté un phéno- mène inverse. Cette plante est véritablement stolonifère ; de nombreux bourgeons se développent sur la partie du stipe recouverte par la terre ou par la mousse, et produisent ainsi des touffes de Fougères en arbre. Aussi lorsqu'on veut arracher un pied d'une certaine hauteur, on éprouve une difficulté insurmontable, et il est impossible de l'avoir intact. Ces bourgeons se rencontrent toujours sur les cicatrices des feuilles. A l'appui de cette note, nous envoyons au Muséum des Fougères avec leurs turions. Articulations dans les Fougères. — Presl, dans le discours préliminaire de sa Pteridographie, dit formellement que les Fougères n'offrent jamais d'articulations; cependant il se condamne lui-même, car il fait remarquer que, dans le groupe des Aspidiées, ['indusium est caduc. INon-seulement Vindusiwn est caduc, mais qui n'a pas vu, dans les her- biers, les frondes de Nephrodium se désarticuler, au grand regret des amateurs? Dans les Polypodiacées, les Niphobolus et la section des Phyinatodes présentent des articulations très prononcées. Le genre Marattia offre ce caractère d'une manière plus saillante. Pen- dant la dessiccation, toutes les pinnules se détachent, absolument comme dans la famille des Légumineuses. T. m. • 11 les SOCIÈtÉ BOTANIÛÙE DE FRANCE. M. de Schœnefeld donne lecture de la notice suivante qui lui a été adressée pour être communiquée à la Société : DE LA NATURE ET DU MODE DE FORMATION DES RACINES TUBÉREUSES DES ORCHIDÉES, par M. T. CARUEL. (Florence, 8 mars 1856.) La nature et le mode de formatiou des racines tubéreuses de nos Orchi- dées indigènes furent pour moi, il y a trois ans, l'objet d'études suivies, dont le résultat me parut assez satisfaisant pour mériter d'être publié ; et j'étais, en effet, sui' le point de le faire, quand un heureux hasard m'ayant procuré la connaissance de l'excellent ouvrage de IM. Irmisch sur le même sujet [Zur Morphologie der Knollen und Zwiebelgewœchse), je vis que mes idées concordaient de tout point avec les siennes, et que, par conséquent, ma publication, qui aurait été postérieure de quatre années à son ouvrage, n'avait plus aucune raison d'être. Je croyais donc, à vrai dire, la discus- sion close sur ce sujet, quand le travail de M. Fabre, publié l'an dernier dans les Annales des sciences naturelles, et la communication plus récente encore faite par M. Germain de Saint- Pierre à la Société, m'ont montré qu'il n'en était rien, et que les observations que j'avais faites pou- vaient encore offrir quelque intérêt et ne seraient peut-être pas inutiles pour éclaircir une question dont l'extrême difficulté explique seule la divergence d'opinions à Son égard. Je viens donc les présentera la Société, entachant de les résumer aussi brièvement que possible. Les renflements tuberculeux qui se présentent à la base de la tige de la plupart de nos Orchidées indigènes sont, comme chacun sait, le produit de bourgeons d'une nature particulière qui se développent à l'aisselle des gaines ou feuilles inférieures de la tige de chaque année. Pour en suivre le déve- loppement et en éclaircir la nature, prenons pour objet d'étude une de nos espèces d'Orchidées les plus communes et les plus faciles à examiner, YOrchis Mario, par exemple. Si l'on examine cette plante vers la fin de l'automne, alors que sa jeune tige, ayant commencé à végéter, donne ses premières feuilles, on trouvera à l'aisselle de la deuxième gaine le jeune bourgeon sous la forme d'un corps arrondi par le bas, surmonté d'une eminence conique. Cette éminence conique est constituée par la première feuille du bourgeol), réduite à l'état de <>aine ; elle est adossée à la tige, et ouverte du côte opposé ou extérieur; elle enveloppe toutes les autres feuilles du bourgeon, qui s'eraboitent l'une dans l'autre dans son sein. Celles-ci sont destinées à rester dans un état rudimentaire pendant toute la première année de leur existence, ainsi que l'axe extrêmement court qui les soutient. Toute cette partie du bourgeon ne se développera en entier SÉANCE DU 28 MARS 1856. 163 qu'au bout de ce temps, pour produire la tige florifère de i'aunée à venir. Il n'en est pas de même de la première feuille du bourgeon et de l'entre- nœud qu'elle surmonte. Ceux-ci doivent, sans s'arrêter, passer immédiate- hient par toutes les phases de leur évolution, et atteindre en peu de temps leur entier développement. Ce sont eux que nous devons étudier, et surtout l'entre-nœud, car c'est lui qui doit produire le renflement tuberculeux du bourgeon et le pédicule qui le soutient. Comme je viens de le dire, ce premier entre-nœud se développe rapide- ment. D'abord il grossit bien plus qu'il ne s'allonge; mais il ne grossit pas également dans tous les sens : ce grossissement est beaucoup plus fort du côté extérieur que du côté intérieur qui regarde la tige. Si on l'examine avec soin, en appelant le microscope à son aide, on voit bientôt que ce grossissement est dû a la présence d'une forte racine adventive, qui s'est formée au haut de l'entre-nœud et de son côté extérieur celle est courte et épaisse, et, par sa teinte jaune, tranche nettement sur les parties environ- nantes; partant du faisceau fibreux central de l'axe qui lui a donné nais- sance, elle s'allonge par son extrémité, qu'elle dirige vers le bas, en même temps qu'elle s'épnissit, et tend la couche cellulaire externe de l'entre- nœud, qui la recouvre de ce côté comme une membrane. Bientôt celle-ci ne peut plus suivre la racine dans son développement, elle se déchire pour lui livrer passage à travers l'ouverture. Dès lors, mise à nu, la racine poursuit sa croissance et sa marche descendante dans le sein de la terre; elle a atteint tout son développement à l'époque où la plante-mère com- mence à fleurii-, et constitue alors son second renflement tuberculeux. J'ai appelé sans hésitation racine adventive ce renflement tuberculeux; en effet, son origine et sa manière de ci'oître ne me semblent pas admettre de doute sous ce rappoit. Si l'on veut une confirmation de cette manière de voir, que l'on détourne un instant son attention de l'observation du phé- nomène qui nous a occupé jusqu'à présent, pour la reporter sur les racines adventives ordinaires qui naissent sur la tige des Orchidées, et l'on verra qu'elles se développent de la même manière que la racine ilu bourgeon. Elles naissent également du sommet des entre-nœuds, juste au-dessous de l'insertion des feuilles; elles ont de même leur base sur le faisceau fibreux de l'axe, et se dirigent au dehors en perçant la couche cellulaire qui les recouvre. Ici seulement se présente une légère différence : celte couche qui recouvre les racines ne se déchire pas pour leur livrer passage ; elle les accompagne, au contraire, quelque temps après leur sortie de la tige, et ce n'est qu'en s'atténuant par degrés, et en se confondant avec le tissu de la racine qu'elle cesse d'exister. La cause de cette différence doit sans doute se chercher dans ce fait, que les racines de la tige s'allongent sans grossir beaucoup, et sont environnées d'un tissu cellulaire beaucoup plus considé- IC^l SOCIÉTÉ llUTA.MQLi: DK KI'.ANCK. lable et plus rt-sistaut que dans le bourgeon, et, par coiise(|uent, ne par- vieunenl pas à le refouler aussi aisément que dans celui-ci. Une autre preuve décisive de la nature radicale de ce renflement tuber- culeux se tire de la forme palmée qu'il prend souvent, et des fonctions de vraie racine que remplissent alors ses divisions; fonctions que je ne sache pas être jamais confiées à des organes axiles. Les arguments de M. Fabre contre cette manière de voir, tirés de la pré- sence de vaisseaux spiraux dans le sein de ce renflement tuberculeux, de son développement précoce, de son volume, etc., me paraissent peu concluants. Ainsi, pour conclure : morphologiquement parlant, ce (|u'on a appelé le tubercule des Orchidées est une racine ; pbysiologiquement parlant, il est également une racine dans les premiers temps de son existence; plus tard, il abandonne cette fonction pour se transformer en dépôt de substance nu- tritive; dans les tubercules palmés, il parait réunir constamment les deux fonctions (voy. Irmisch, op. cit., p. 143 et suiv.). Mais cette racine tubéreuse n'adhère pas immédiatement à la tige-mère, elle en est séparée par un pédicule plus ou moins long : ce pédicule n'est autre chose que le premier entre-nœud du bourgeon axillaire, lequel s'allon- geait de son côté à mesure que la racine grandissait, en la suivant dans sa marche descendante. Ici se présente, à côté de la question relative à la nature et au mode de formation de la racine tubéreuse des Orchidées, une autre question non moins importante, celle qui a rapport a la nature du bourgeon qui produit cette racine. Que l'on considère, en effet, la structure et le développement de ce bourgeon, et l'on verra qu'ils sont analogues à ceux des ovules anatropes :1e pédicule correspond au raphé, son extrémité supérieure a la chalaze, la première feuille du bourgeon à un tégument simple, le reste du bourgeon au nucléus. JNous avons donc le fait de l'exis- tence de bourgeons foliaires anatropes. Que si l'on me demande ce qui, dans le pédicule, appartient à l'axe, et ce qui appartient à l'appendice, je répondrai : précisément ce qui, dans l'ovule anatrope, appartient à l'axe et à l'appendice. Du reste, l'analogie de ces bourgeons avec les ovules anatropes n'est pas chose nouvelle dans la science. Elle est indiquée en passant par M. Ii-misch {op. cit., p. /i), et elle avait déjà été constatée par M. Germain de Saint- Pierre (voy. le Bulletin de la Soc. pkilomatique, mars 1850). Les bourgeons anatropes ne sont pas limités aux seules Orchidées à racines tubéreuses. Ils se trouvent également dans d'autres monocotylé- dones. Les espèces du genre Gagea s'en montrent pourvues, et leur analogie avec les ovules anatropes y est rendue plus manifeste encore par l'absence de la racine qui occupe tant de place dans les bourgeons des Orchidées. A en juger par leur forme, les bulbes du Gynandriris Sisyrinchium doivent être semblables a ceux des Gagea. Plusieurs espèces de Tulipes en SÉANCE DL 28 MARS 1856. 165 produisent également, et chez le Tulipa sylvestris surtout, leur présence est normale; ce sont eux (|ui constituent les longs coulants si singuliers de celte plante. On dit que VErythronium Dens-canis en a aussi. Dans VApu- noi/eton distachyus, d'après M. Sehleiden [Grimdzûge, § 136) et M. Planehou {Ann. des se. nat., \%hk), la formation des tubercules est tout à fait sem- blable à celle des mêmes organes dans les Orchidées; il est vrai que les observations de ces deux auteurs ne s'accordent pas entre elles et ne sont pas tout à fait concluantes. Entin, d'après M. Irmisch [Beitrag zur JXatur- geschichte der einheimischen Valeriana-Arten), la formation des tubercules du Vcderiana tuberosa est analogue à celle des tubercules des Orchidées. Avant de terminer, je ferai observer (jue le pédicule du bourgeon ana- trope des Orchidées n'est pas toujours formé par un seul entre-nœud, comme dans rOrc/»'.-} i)/o?vo. Au lieu de rester stationnaires, les entre-noeuds qui suivent le premier peuvent se développer, un ou plusieurs, en même temps que lui, et alors deux cas peuvent se présenter: tantôt ce développement est eentrifage, comme dans la formation du réceptacle florifère concave du Figuier, ou dans celle du lorus concave des tleurs à ovaire infère; c'est- à-dire que l'axe du bourgeon se creuse, son sommet organique restant le point le plus bas et ses parties latérales se relevant tout autour, de manière que, dans l'intérieur du pédicule du bourgeon, on trouve les feuilles des entre-nœuds successifs étagées a différentes hauteurs sur ses parois. Tantôt, au contraire, ce développement est centripète. On peut voir, dans l'ouvrage de M. Irmisch, tous les détails relatifs a ces deux modes de déve- loppement. Dans l'un et l'autre cas ci-dessus mentionnés, il m'est impossible de préciser lequel des entre-nœuds du bourgeon produit la racine tubt ?use. M. Germain de Saint-Pierre présente, au sujet de cette communi- cation, les observations suivantes : La communication dont il vient de nous être donne lecture ne me parait pas renfermer de faits ou de déductions qui présentent des diffé- rences essentielles avec les observations que j'ai publiées et les conclu- sions auxquelles je suis arrivé dès le principe, et sur lesquelles j'ai eu plusieurs fois occasion d'insister (1). Je regarde donc comme inutile de re- (1) Dès le mois de mars 1850. je m'exprimais dans les ternies snivanls, relati- vement aux analogies de forme et de sirnctiue que j'avais remarquées eiilre le faux-bulbe des Oplirydées et un ovulf rétléclii ;« Ce cayeu... nous présente une » analogie frappante avec un ovuie réfléchi ; on y trouve un raphé représenlé p.u- » le mérithalle soudé \\ la face interne de la feuille extérieure, qui joue le rôle de » primine, et une chalaze au point où naît la deuxième feuille du bouriîcon, qui yj serait analopfue h la strondine. Mais ici s'arrête TanaloLn'e avec Tijvule, car le 166 SOCIÉTÉ BOlAiNlQUE DE FRANCE. veiiii-, a cette occasion, sur la structure des ophrydo-bulbes, que je crois avoir assez complètement exposée ; j'ajoiiterni seulement quelques mots re- lativement a l'expression de racine adventive emploj'ée par l'auteur de l'ar- ticle précédent. J'ai dit que la production radiciforme qui existe à la base du bourgeon pédicellé des Ophrydées est une véritable racine; M. Caruel insiste sui' ce point que c'est une racine adventive. Je répondrai, à ce sujet, que si je n'ai pas dit que cette racine est adventive, c'est que toutes les racines des Orchidées, comme celles de la plupart des monocolylées à souche vivace, ne peuvent être, après la première année de la plante, que des racines adventives, tant les racines à fibres cylindriques, que les racines de structure plus comple\e, qui naissent à la base de certains bourgeons pédicellés. Chez ces plantes, en effet, la racine primordiale, et souvent même la base de la tige, se détruisant complètement dès la première année, toutes les racines qui naissent plus tard se développent sur la continuation de la tige ou du rhizome, et constituent par conséquent des racines adventives, quels que soient leur nombre, leur disposition, leur forme et leur mode de structure. M. Geniiain de Saint-Pierre fait ensuite à la Société la commu- nication suivante : APPAREILS AXO-FOLIAIRES. STRUCTURE DU BULBE DE VERYTHRONIUM DENS-CANIS , par M. E. CiERI!aAII\I DE SAIIVI -PIERRE. La structure du bulbe de V Erythronium Dens-canis ne me parait pas avoir été, jusqu'à ce jour, l'objet d'une étude attentive (1) ; il est cependant » bourgeon qui continuera à se développer ne peut représenter l'embryon, puisque 1) la radicule correspond ici à la chaiaze et non au micropyle représenté par l'ou- « verture de la caviié de l'éperon, ouverture par laquelle se fait jour la pointe du » bourgeon lors de la germination du bulbe, devenu libre par la destruction de la » partie libre de l'éperon. » [Soc. philom., 1850, p. 17.) Le 11 mai 1855, dans un article intitulé Analogie des bulbilles pédicellés de certains Allium avec les ovules réfléchis, j'ajoutais : .. A cette époque le bnibille... 1) est porté par un funicule plus ou moins long, et présente un raphé dans toute » sa longueur. Ce raphé se termine en une chaiaze à l'extrémité opposée au » hile. C'est au niveau de cette chaiaze que sont insérées les tuniques suivantes )> du bnibille; la première tunique insérée à cette chaiaze correspond à la secon- » dine d'un ovule; la seconde lunique, renfermée dans la précédenle et inséiée au » même niveau, est cliainue et conslilue en quelque sorte le nucleusdu bulbille. » (Bull. Soc. Bot., t. H, p. 360.) Voir aussi un article intitulé : Interprétation morphologique du raphé et de la chaiaze, et déterminalion des bases organiques de l'ovule {Extr. Compt. rend. Acad. Se, t. XLl, '2 juillet 1855, — et Bull. Soc. Bot., t. Il, p. Zi62). (\) M Irmisdi (Zur Morph, der MonokotyL, p. 62) regrette de n'avoir pq SÉANCE DU 28 MARS 1856. 167 un bien petit nombre de plantes indi<:;èiies dont le mode de végétation soit plus spécial que celui de Y Erythronium^ et soit plus digne, par conséquent, de fixer l'attention des organograplies. Le bulbe de V Erythronium constitue l'un des types les plus complets de ces appareils de nature mixte, que j'ai désignes sous le nom d'appareils axilo- pu axo-foliaires, et qui sont, pour moi, l'objet de recherches dès longtemps poursuivies. Je n'avais encore qu'une idée très vague de la structure de ce bulbe, d'après les spécimens incomplets qui m'étaient parvenus, et je dési- rais depuis longtemps m'éclairer sur ce point, lorsque je me rendis (en 1869) vers la fin de mars, époque approximative de la floraison de la plante, aux environs de la petite ville d'Aubusson, où V Erythronium Dens-canis croît en abondance sur les bords de la Creuse, non loin d'une station de Latfirœa Clandestina et de Scillu Lilio-Hyacintlius. Je trouvai la plante en bouton, les feuilles étaient complètement développées; j'enlevai un certain nombre d'individus en conservant la terre qui entourait les bulbes, et les plantes transportées dans mon jardin continuèrent à végéter sous mes yeux. Les formes du bulbe de VErythronium sont tellement exceptionnelles, qu'il n'est pas facile d'en donner une idée exacte et précise sans avoir recours au dessin (2) ; je me bornerai à en signaler ici les dispositions les plus essen- examiner le bulbe de VErythronium que sur la plante sècho; il signale néanmoins Panalogie de structure que ce bulbe lui a paru présenter avec ceux des TuUpa et des Gagea. — il résulte de l'étude que j'ai pu f.iire du mode de véi;étalion de VErythronium, qu'il existe en effet une analogie très grande entre la structure du bulbe descendant des Tulipes et celle du bulbe de VErythronium,; les différences les plusessenliellesquej'ai remarquées consistent, pour VErythronium, dans la soudure des tuniques entre elles, et dans le maintien à l'élal vivant, pendant deux ou plu- sieurs années, des talons ou clialazes bulbifères, et consistent, pour le bulbe des- cendant des Tulipes, dans l'indépendance des tuniques et dans la dessiccation, sinon dans la destruction complète, chaque année, de la tunique et de la chalaze bulbifère de l'année précédente. — Voici la traduction liltérale du passage dans lequel M. Irmisch parle du bulbe de VErythronium : « Quant à la durée et à la composition, le bulbe de VErythronium Dens- n canis pourrait bien ne pas être très éloigné de celui des Tulipes. Malgré M tous mes efforts, il ne m'a pas été possible de me procurer des échantillons » vivants de cette plante, il ne s'y trouve (si je ne me suis pas trompé dans l'examen » d'une plante desséchée et comprimée) qu'un peiit nombie de feuilles engaî- » nantes (environ 3), dont les intérieures, entourant immédiatement la hampe tlori- i> fère, sont pUis basses que l'extérieure. La premicie feuille du jeune bulbe prin- » cipal est, au moment de la tloraison, assez grande et charnue. Elle paraît se » souder par sa face postérieure à la base de la hampe llorifère, de la même manière >' que dans le Gagea, lutea. » (2) Les figures dans lesquelles j'ai représenté les diverses phases de la végétation 168 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. tielles, — Etat observé le 26 mars (commencement de la floraîson). La forme générale est subcylindrique ; une sorte de tunique externe charnue, tronquée à son extrémité supérieure, par la destruction des parties aériennes de l'année précédente, domie passage au petit nombre de feuilles qui entourent la tige florifère ; cette même tunique est récemment déchirée à sa base en plusieurs lambeaux épais et charnus, et cette rupture donne passage à un corps ovoïde de couleur blanche que l'on reconnait pour un bulbe de formation récente, et qui s'accroit dans le sens descendant. Le lambeau de la tunique auquel le jeune bulbe parait adhérent, et qui correspond a la base de la tunique, présente des libres radicales qui servent actuellement à la végétation de la plante. Vers le milieu de la longueur de la même tunique externe, on re- marque une sorte de talon charnu, tronqué par la destruction d'une partie supérieure, et présentant à sa base des débris de libres radicales actuelle- ment desséchées. Si l'on pratique une coupe longitudinale du bulbe, à cette même époque, on y reconnaît des productions appartenant à trois phases distinctes de végétation : 1° le talon à face supérieure tronquée et à fibres ra- dicales desséchées, qui parait antérieur à la production de la tunique externe à fibres radicales vivantes, bien que ce talon soit situé vers la partie moyenne de la hauteur de cette tunique ; 2° la tunique externe, qui, d'après l'examen de sa partie supérieuredessécliéeet tronquée, parait constituée non-seulement par une tunique, ou par plusieurs tuniques soudées, mais encore par une partie axile qui fait partie de la masse commune, et qui parait être la base de la tige florifère de l'année précédente; une sorte de raphé ou cordon fibro- vasculaire s'étend, dans l'épaisseur de la masse charnue, entre le talon ancien îi fibres radicales desséchées et le talon nouveau à fibres radicales vivantes, qui donne insertion au jeune bulbe. Cette enveloppe externe charnue et tubuleuse, que nous avons désignée, avant de l'avoir décrite et pour pou- voir être compris, sous le nom de tunique externe, est donc un appareil très complexe ; 3° au niveau du talon vivant qui constitue la base de ce que nous continuerons d'appeler la tunique externe, est inséré le nouveau bulbe, qui, pendant sa croissance dans le sens descendant, s'est fait jour à travers les parois de la tunique externe, en la déchirant en plusieurs lambeaux. Ce jeune bulbe est terminé latéralement par le faisceau de feuilles foliacées et par la tige florifère qui se sont fait jour à la partie supérieure du bulbe en suivant le canal de la tunique externe ju.squ"à son ouverture tronquée. — Le jeune bulbe est alors de forme ovoïde-conique, il parait se composer : 1° d'une tunique externe qui fait corps latéralement avec la base du faisceau de feuilles foliacées et de la tige florifère ; cette tunique externe, très com- de VErythronium Dens-oanis font partie d'une livraisou actuellement sous presse de mes Archives de Biologie végétale. Les dessins originaux ont été mis sous les yeu^ de la Société, SÉANCE DU 28 MARS 1856. 169 plexe, est l'analogue de celle que nous avons étudiée précédemment à un état plus avancé; 2" d'un bourgeon renfermé dans la tunique précédente, et qui sera florifère l'année suivante. — Nous avons donc en même temps sous les yeux les traces de la lige florifère de l'année précédente (au sommet de la tunique externe), la tige florifère actuelle, et le bourgeon qui produira celle de l'aunée suivante. Si l'on a suivi avec attention cette description, qui ne pouvait être moins compliquée que l'appareil décrit ne l'est lui-même, ou aura reconnu que la partie du bulbe que nous avons décrite sous le nom de tunique externe est un organe des plus complexes et qui tient à la fois de la nature foliaire et delà nature axile. Cette fausse tunique ou masse ebarnue de forme tubu- leuse, et qui paraît naître d'une base que nous avons décrite sous le nom de talon, sembleen effet constituée par la fusion de plusieurs bases de feuilles et d'un axe florifère, et la base de cet appareil en forme de tunique constitue un nouveau talon dont la cavité donne naissance à un nouvel appareil ou nouveau bulbe. Etat du bulbe observé le i" juin de la même minée (époque de la matu- rité du fruit). A cette époque, tout l'appareil que nous avons désigné dans l'état précédent sous le nom de tunique externe, est détruit, y compris l'an- cien talon porté a la partie moyenne de cette tunique. Il ne reste de la tunique externe que sa base (ou talon), terminée par le faisceau des fibres radicales. Mais, il résulte de l'accroissement du nouveau bulbe, tant dans le sens descendant que dans le sens ascendant, que cette base (ou talon) se trouve actuellement située vers sa partie moyenne. Cette base de la tunique détruite est la reproduction de l'ancien talon à fibres radicales desséchées que nous avons vu figurer, comme point d'origine, sur les parties latérales de la tunique externe dans l'état précédent. Le nouveau bulbe est alors con- stitué par une nouvelle tunique externe ebarnue, de forme ovoïdeoblongue, et dont la cavité est remplie par le bourgeon des jeunes feuilles qui se déve- lopperont, au printemps suivant, en feuilles foliacées. La nouvelle tunique externe se termine, à son sommet, par les parties foliaires et caulinaires déjà desséchées, et qui seront bientôt détruites. Nous avons dit que cette nouvelle tunique présente latéralement le talon qui lui a donné naissance, et dont les fibres radicales se dessèchent; de ce talon à la base du nouveau bulbe s'étend le cordon fibro-vasculaire ou raphé. La base de ce nouveau bulbe ne présente point encore de fibres radicales. Etat du bulbe observé le 20 décembre de la même année (entrée en végé- tation du bourgeon florifère). Du mois de juin au mois de novembre, le bulbe reste à peu près statiounaire. Vers le mois de décembre, il commence a entrer dans une nouve'le phase de végétation ; le bourgeon central, destiné à produire les feuilles foliacées et la tige florifère, commence à s'allonger. Ce bourgeon est alors cylindrique, à sornmetaigu, et se fait Jour a» sommet de 170 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. la tunique externe; en même temps, des fibres railicales sont émises de sa base, ces racines traversent la tunique externe comme un corps étranger, et font irruption au dehors. Etat du hulhe observé le \." février de l'année suivante (les feuilles folia- cées sont développées, le bouton de la fleisr ne paraît point encore à l'exté- rieur). Cet état ne diffère du précédent que par les modifications apportées dans la forme du bourgeon florifère actuellement transformé en feuilles fo- liacées ; la base du bourgeon n'est plus cylindrique comme dans l'état pré- cédent, elle est ovoïde par suite du développement latéral du bulbe de l'année suivante, qui se manifeste parce renflement dès cette époque antérieure à la floraison. — Enfin de cette dernière phase nous passons a la période de la flo- raison par laquelle nous avons commencé cette élude. J'ai omis précédemment avec intention, pour ne pas charger la descrip- tion, un phénomène assez fréquent, mais qui ne m'a paru se manifester que dans certaines conditions, et non dans tousles cas, ni dans tous les terrains. Chez un certain nombre d'individus, les talons successifs ne se détruisent pas, ils se conservent, non pas desséchés, mais charnus et vivants, pendant un nombre d'années indéterminé et constituent, parleur superposition, une sorte de lambeau charnu, en forme de degrés ou de marchepied, qui s'élève comme une colonne latérale libre dans sa longueur et adhérente seulement à la base du bulbe ; des restes de racines desséchées se conservent généra- lement à la base des éperons, même les plus anciens. J'ai figuré un bulbe qui présente quatre talons ainsi superposés, et dont la base tend déjà à con- stituer un cinquième talon. I.e talon supérieur le plus ancien, encore charnu et vivant, a donc déjà cinq années d'existence ; on voit à sa dimension, plus petite que celle des suivants, que la plante était encore jeune lors de sa pro- duction. Cette série de talons superposés constitue une sorte de rhizome dont je ne connais pas d'analogues; ce rhizome, composé de la partie la plus axile des appareils axo-foliaires (désignés dans cette étude sous le nom de tunique externe) qui se sont succédé chaque année, est formé de la suc- cession des chalazes et des bases de raphés isoles par la destruction des parties latérales moins résistan'es qui sont plus particulièrement de nature foliaire. M. Ad. Brongriiart t'ait à la Société la communication suivante . NOTE SUR LA SYMÉTRIE FLORALE DES MUSACÉES, par M. AD. BR01%'G1\'IART. L'irrégularité de la fleur est un des caractères de la famille des Musacées, par lequel elle a des rapports plus ou moins directs avec les Scitaminées, les Cannées et les Orchidées, familles dans lesquelles la déviation du type régulier est portée beaucoup plus loin. La constitution de la fleur dans les Bananiers {Musa) et les Strelitzia a SÉANCE DU 28 MAP.S 1856. i^\ été très bien établie par M. R. Brown, dans sou travail sur les plantes du Congo, où il montre que ces genres ne s'éloignent du type des nionocotvv lédones les plus complètes que par l'avortement d'une des six étamines, et la soudure de cinq des divisions du périanthe en une sorte de ligule ou de périanllie gamopétale fendu d'un côte, tandis qu'une des divisions internes (pétales) reste libre, prend une forme spéciale, et devient ce qu'on a appelé le label le dans ces tleurs. Mais cet éminent botaniste, en indiquant cette organisation dans les genres Musa, Strelitzia, et dans le genre Urania ou Havenala, dans lequel les six étamines sont fertiles, ne cite pas le genre Heliconia. M. Hooker, en décrivant V Heliconia brasiliemis [Exot. flor., 190), donne une très bonne description de la fleur de ce genre; il indique le iabelle comme provenant de la sixième etamine transformée, et il cite James Smith comme ayant eu la même opinion. On ne peut pas savoir s'il attri- buait la même origine au Iabelle des autres Musacées ou s'il admettait une différence à cet égard entre les Heliconia et les Musa et Strelitzia. Ayant eu occasion d'étudier récemment la structure de la fleur d'une espèce vivante ù' Heliconia [Heliconia acuminata, Ricb. Mus., page 26, tab. XI et XII) et de comparer cette structure a celle des Musa et ùel Stre- litzia, j'ai pu m'assurer de l'exactitude des deux opinions, en apparence différentes, de MM. R. Brown et Hooker, et reconnaître ainsi que, dans une même famille, très naturelle cept-ndant, un organe décrit sous le même nom avait deux origines très différentes, et que l'ensemble de la symétrie florale était fortement; modifié. Dans les Musa, les fleurs, plus ou moins nombreuses suivant les espèces, placées à l'aisselle de chacune des grandes bractées de l'inflorescence, sont dépourvues de bractées propres, et toutes disposées, on pourrait dire orientées, de la même manière, relativement a l'axe et à la bractée com- mune qui les accompagne, c'est-à-dire que leur périanthe, divisé en deux sortes de lèvres inégales, a toujours la plus grande dirigée du côté extérieur ou bractéal, et la plus petite, ou ce qu'on a nommé le Iabelle, du côté de l'axe; la grande division est formée de cinq parties soudées, plus ou moins distinctes au sommet, suivant les espèces; trois sont plus extérieures et correspondent aux sépales des fleurs de monocotylédones ordinaires, deux interposées entre celles-ci appartiennent à deux des pétales, enfin le troi- sième pétale, tout à fait libre et d'une forme différente, constitue le Iabelle. Ce Iabelle correspond par conse(|uent, par son origine et par sa position dans l'inflorescence, à celui des Orchidées. Ces fleurs n'ont que cinq étamines a anthères parfaites dans les fleurs mâles, imparfaitement développées dans les fleurs femelles. La sixième étamine, nécessaire pour compléter la symétrie florale, est celle qui devrait ptre opposée au la|3e|le; il peu reste aucuue trace. 172 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. Les trois carpelles correspondent aux trois sépales, comme cela a lieu généralement dans les monocotylédones trioarpellées. La même organisation, sauf des différences diins la forme et le degré d'adliérence des organes, s'observe dans les StreUtzia. Dans les Heliconia, la position de la fleur parait rester la même, relati- vement a l'inflorescence, quoique je n'aie pas pu m'en assurer avec certi- tude, la floraison étant trop avancée lorsque je l'ai étudiée. Mais le mode de soudure et d'avoitement des organes de la fleur est tout à fait différent: le sépale médian et extérieur est complètement libre, et l'espèce de ligule ou de lèvre opposée est formée, comme dans les Musa, de cinq parties, mais de deux sépales réunissant les trois pétales, et non pas de deux pétales unis- sant les trois sépales. 11 en résulte que cette ligule ou division du périanthe, composée de cinq parties, correspond, dans les Musa, au côté extérieur de l'inflorescence et dans les Heliconia au côté intérieur. J'ajouterai que, dans les Heliconia^ l'union de ces parties est beaucoup plus légère et n'est souvent que tempo- raire ; les sépales et les pétales, unis au moment de l'épanouissement de la fleur, se séparent coipplétement plus tard dans la plupart des cas. Enfin, dans les Heliconia, outre les trois sépales et les trois pétales, il y a un septième organe pétaloïde plus petit que les parties du périanthe, plus interne, qu'on a désigné comme le labelle daus ces plantes, mais qui n'est autre chose qu'une des étamines opposées aux sépales transformée en une lame pétaloïde. Ce labelle, bien loin de correspondre à celui des Musa et des Slrelilzia, est placé du côté inverse de la fleur, devant le sépale libre ou extérieur, du côté externe de la fleur, tandis que celui des Musa repré- sente un vrai pétale placé du côté de l'axe. Quoique les étamines fertiles soient, dans les Heliconia, au nombre de cinq, comme dans \eiMusa et les StreUtzia, elles ne se correspondent pas, car l'étainine médiane fertile de ces dernières plantes est devenue le labelle des Heliconia, et, au contraire, l'étamine fertile médiane dans ce genre correspond à l'étamine avortée des deux autres genres. Quant au pistil, il conserve les mêmes rapports de symétrie dans les trois genres. On voit que la symétrie, que l'on peut appeler fondamentale dans ces plantes, reste bien la même dans tous les genres, et correspond à celle qui est commune à toutes les fleurs de monocotylédones complètes, c'est-à-dire cinq verticilles ternaires alternant entre eux, et dont le plus externe et le plus interne ont leur pièce médiane placée du côté de la bractée; mais le mode de soudure des parties entre elles et l'ordre des avortements est pro- fondément modifié, suivant que l'on considère le groupe des Musacées pro- prement dites, ou celui des Héliconiées. J'ajouterai que les ouvrages généraux récents dont j'ai connaissance, et SÉANCE DU 28 MARS 1856. 173 en particulier le Gênera plantarum d'Eiullicher, ne signalent aucune diffé- rence de cette natuie entre les divers genres de Musaeées. M. Léon Soubeiran présente à la Société des plantes de la Guade- loupe qui lui ont été envoyées par M. H. Capitaine, et donne lecture de l'extrait suivant de la lettre qui accompagnait cet envoi : Basse-Terre (Guadeloupe), là septembre 1855. Le Canéficier [Cassia Fistula) est un arlM-e très répandu à la Guade- loupe, sans que j'ose affirmer qu'il y soit indigène, car on ne le trouve que dans le voisinage des habitations. Son tronc peut acquérir 50 à 60 centi- mètres de diamètre. A la fin de mai, il se couvre de l)e!les fleurs jaunes disposées en longues grappes pendantes. Il a alors très peu de feuilles, les- quelles poussent après les fleurs. Le Ben [Moringa pterygosperma, Gaertn.) est également très commun. Il ne devient jamais très gros. Son écorce fraîche a une saveur piquante sem- blable à celle des fruits de la Capucine. Nous avons ici V Indigo fera tinctoria, qui croît parfont, surtout dans les lieux secs ; mais lorsqu'on trouve les plantes dans des terrains gras, les feuilles sont beaucoup plus nombreuses et plus grandes. J'ai trouvé une autre espèce a fruits presque droits, mais je suis encore indécis de savoir si c'est réellement une espèce distincte ou une variété de Vind. tinctoria. On ne tire ici aucun parti de cette plante. Sa culture pourrait être avanta- geuse, surtout si l'on avait recours au procédé moderne pour l'extraction de l'indigo. Le Cam^pêche {ffœmatoxylon compecidanum) vient dans les lieux les plus arides : il se plaît sur les mornes et dans les expositions les plus chaudes. Les fleurs, qui sont très nombreuses, exhalent une odeur de miel fort agréable. Le Bursera gumnufera est un très grand et très bel arbre qui croit en société dans les montagnes de la Guadeloupe, à une certaine liauteur que je n'ai pas encore déterminée. Il coule naturellement de son tronc un sue résineux qui se concrète en une résine blanche coiDme la neige. Cette résine est molle quand elle est fraîche; en vieillissant, elle dévient cassante et jaunâtre. Elle me paraît avoir beaucoup d'analogie, pour l'odeur, avec la résine Elémi. Elle sert à préparer des flambeaux que l'on désigne dans le pays sous le nom de gommes ; ils ont un manche, et leur partie résineuse est enveloppée avec les feuilles d'une espèce de Pol/ios; ils servent à éclairer les ouvriers qui travaillent le soir dans les sucreries, et souvent aussi quand on veut aller la nuit dans le.< bois ou à la pêche. Le Neurolœna lobala R.Br. , est une Composée excessivement araère 17Û SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. que l'on emploie ici comme fébrifuge sous le nom vulgaire d'Aérée à /j/ç'Me. U Exostemma floribundum R. et Sch., ou Quinquina Piton {bois tabac) est un des plus beaux ornements de nos montagnes, à cause de l'abondance de ses fleurs. Le tronc de cet arbre devient assez gros. On a parlé, il y a quelque temps, des bons effets de V Hydrocotijle asia- tica L. (1), dans le traitement de la lèpre. Nous avons cherché la plante ici, et nous avons trouvé dans les lieux humides une espèce très voisine, que je crois être V Hydrocotyle repanda Pers.; on l'a employée dans le pays contre cette maladie, et jusqu'ici, on n'a encore eu à signaler aucune guérison radicale obtenue par cette plante. Quelquefois, cependant, elle a amélioré l'état des malades. L'hotoma longiflora Presl., est une Lobéliacée qui pousse dans les terres humides. A en juger par son odeur nauséeuse et alliacée quand on l'écrase, et par sa saveur piquante, elle doit avoir des propriétés énergiques. Son suc laiteux est caustique. Le Persea gratissima Gcuvln. [Laurus Persea, L.), est notre Avocatier. Le Jatroplia Curcas ou Médicinier de barrières^ est un arbrisseau très commun partout. Les nègres l'emploient souvent pour clore leurs jardins, a cause de la facilité avec laquelle il reprend de bouture. Malgré cette cir- constance, je l'ai oublié dans mon envoi, mais vous trouverez plusieurs échantillons de Jatropha gossypifolia ou Médicinier bénit, qu'on appelle aussi Médicinier sauvage. Je vous adresserai aussi deux flacons de Dictame ou Arrow-root, extrait par moi-même des rhizomes du Mai'anta arundinacea L., ainsi qu'une autre fécule tirée des tubercules d'une plante que je crois être une Zin- gibéraeée, et que l'on appelle ici Topinambour. A propos de ces deux corps, faites-moi savoir, je vous prie, si l'on a dans les serres le Maranta arundinacea, ainsi que le Canna coccinea, espèce qui ne diffère du C. indica que par son rhizome plus gros et rempli d'une fécule qu'on appelle ici Tolomane, et qui est regardée par les gens du pays comme étant plus délicate que le Dictame (le rhizome du Canna indica ne contient pas de fécule). Si ces deux plantes manquent dans les serres, je erois, à cause de leurs rhizomes charnus et féculents, que je pourrai faci- lement vous les envoyer; et je profiterai de la même occasion pour vous faire parvenir notre Topinambour, dont vous aurez à faire la détermina- lion exacte. (1) De Hydrocotyle' asiaticah, par M. J. Lépine, dans le Moniteur officiel des établissements français de l'Inde (numéros d'août 1853 à avril l85i). Voyez le Bulletin, t. II, p. 65. SÉANCE DU 28 MARS 1856. 175 je profiterai de la lettre de M. Capilaiiie, ajoute M. L. Soubeiran, pour mettre sous les yeux de la Société les échantillons parfaitement préparés des espèces sur lesquelles il donne quelques détails, et de quelques autres plantes qui ne présentent pas un moins grand intérêt. Les semences de Ben ailé [Moringa pterygosperma Gœrtn.), très oléaf^i- Deuses et très amèrcs, pourraient fournir facilement, à la Guadeloupe, une huile qui, très probablement, présenterait les mêmes propriétés que celle extraite depuis longtemps déjà des giaines du Moringa optera Gœrtn. On sait que sa fluidité la faisait rechercher des horlogeis pour adoucir le frottement des rouages, et que sa double qualité d'être inodore et de rancir difficilement la fait employer encore aujourd'hui eu grande quantité dans le commerce de la parfumerie. L'Indigofera tinctoria L., inexploité encore à la Guadeloupe est comme on le sait, au contraire, l'objet de cultures considérables dans d'autres contrées. Pour faire la récolte de la plante au moment convenable alors que sa feuille est suffisamment chargée de principes tinctoriaux, on attend le moment où, pliée en deux, la feuille se casse net au pli. A ces plantes désignées dans la lettre de M. Capitaine, se trouvaient jointes, dans son envoi, le Flamboyant et une espèce indéterminée de Sima- ruba, récoltée aux environs de la Pointe-à-Pitre. Remarquable par son bois d'une amertume excessive et le peu d'épaisseur de son écorce; cette plante à ce que présume M. Capitaine, pourrait bien être celle dont un médecin de la Martinique a beaucoup vante, l'année dernière, les propriétés fébri- fuges. Ce serait alors le Bittera febrifuga, dont on pouvait voir, l'an dernier, des échantillons dans les vitrines de la Martinique, au Palais de l'industrie. Le Flamboyant tsi une Légumineuse arborescente, importée de l'île de la Réunion. Malgré ce nom, sous lequel elle est parvenue à la Gua- deloupe, ce n'est pas le Coluillea racemosa Bojer, puisque le calice n'est pas bilabié, mais quinquepartit, à lobes oblongs, de 3 centimètres de lon- gueur sur 8 millimètres de largeur ; sa couleur est veit jaunâtre en dehors et rouge en dedans. A la Guadeloupe, où elle se reproduit très facilement de graines, elle fleurit en juin. Le nom vulgaire de Topinambour, donné par les habitants de la Guade- loupe à une Zingiberacée féculifcre, explique parfaitement l'observation faite en 1826 par M. l'ayen. Il reçut a cette époque, de M. Pelletier, un flacon venant de la Martinique, et portant l'étiquette de /^ecw/e^/e Topinam- bour. Au microscope, il vit des globules diaphanes, spheriques, ovoïdes et arrondis irrégulièrement, d'un diamètre beaucoup moindre que les grains de féculede pomme de terre. L'iode donnait la coloration bleue de la fécule; l'ébullition dans l'eau ne déterminait aucune odeur. En prenant des tuber- fcules de Topinambour [Heliantlius tuberosus L.) , cultivés en France , il n'y trouva que de l'inuliue, et se demanda si un même végétal pourrait 176 SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE. renfermer des principes différents sous une latitude différente (Payen, Note sur les Topinambours. Journ. de chim. méd., p. 238, 1826). L'observation de M. Capitaine vient expliquer cette apparente anomalie, et démontre l'utilité qu'il y aurait pour nous à connaître sûrement la concordance des noms vulgaires des divers pays avec les noms scientitiques. M. J. Gay comtTiunique à la Société quelques nouveaux faits ob- servés par lui dans les Asphodèles et se rattachant à ceux qu'il a déjà présentés dans la dernière séance. M. Cosson fait à la Société la communication suivante : NOTE SUR LE CÈDRE D'ALGÉRIE, par M. E. COSSO]^. Le Cèdre {Cedrus Libani Ban-el. ; Pinus Cedrus L.) qui dans la province de Constantine forme presque exclusivement la végétation forestière de la zone montagneuse supérieure, occupe une surface de plusieurs milliers d'hectares. 11 existe également sur d'autres points de l'Algérie: on le ren- contre dans la cliaine du Djurdjura, mais, dans ces montagnes plus abruptes, il n'y a que quelques pentes favorables à son développement ; une forêt de Cèdres d'une certaine étendue couvre la partie supérieure de la montagne d'Aïn-Telazit au-dessus de Blidab ; c'est surtout dans la magnifique forêt de Teniet-el-Haad que le Cèdre atteint les dimensions les plus considérables. — Cet arbre, qui, d'après les faits historiques, parait avoir couvert les sommités du Liban, n'y est plus représenté, au dire de tous les voyageurs, que par un petit nombre d'individus de grande dimension généralement mutilés et par quelques centaines déjeunes pieds; dans la chaîne du Taurus, il forme des massifs importants. Nous réunissons dans nos indications de géo- graphie botanique le Cèdre d'Algérie et le Cèdre du Liban, que nous con- sidérons comme appartenant à une même espèce. Le Cèdre d'Algérie [Cedrus Atluntica Manetti ; Pinus Atlantica Endl.) ne diffère, en effet, du Cèdre du Liban {Cedrus Libani Barrel., Loud. ; Pinus Cedrus L., Endl.) que par les feuilles ordinairement plus courtes. Quant à la forme et au volume des cônes, ils ne fournissent aucun caractère distinctif; pour nous, le Cèdre d'Algérie ne serait donc qu'une variété du Cèdre du i.iban, dont nous avons reçu des échantillons authentiques du Liban et du Taurus; notre manière de voir est confirmée par l'opinion de MAL Antoine et Kotscby, qui rapportent également comme variété au Cèdre du Liban le Cèdre d'Algérie; nous avons vu des échantillons'decelte variété recueillis dans le Taurus par MM. Kotscby et Balansa. — Le Cèdre d'Algérie se présente sous deux formes : l'une, la plus répandue, est caractérisée par des feuilles plus courtes, généralement arquées et presque conniventes, et smtout par leur teinte glauque-argenté SÉANCE DU 28 MARS 1856. 177 [Cedrus argenteaY . Reuou, Awn. forest., III, 2, pi. 2); l'autre est carac- térisée par les feuilles un peu plus longues, généralement droites, diver- gentes et vertes [Cedrus Libani \ . Renou, loc. cit., pi. 1). L'étude des Cèdres dans les diverses forêts de l'Algérie nous a amené à ne considérer les C. Libani et argentea Y. Renou, que comme des modifications ou sous- variétés dues à des circonstances locales: en effet, généralement les jeunes arbres et les individus abrités offrent des feuilles vertes et droites, tandis qu'elles sont au contraire glauques et conniventes chez les arbres adultes et exposés à l'influence des vents et de la chaleur ; nous devons ajouter que quelquefois nous avons trouvé les deux sortes de feuilles réunies sur un même pied. Sous l'influence des conditions locales que nous venons de si- gnaler, le Cèdre